Vendredi 20 Septembre, 2019

Pour combattre la violence, il faut « tenir les jeunes occupés »

Un groupe de jeunes détenus du centre de détention du comté de Cook suivent une séance de formation, le 10 avril 2019. Photo : Luckenson Jean Loop Haiti

Un groupe de jeunes détenus du centre de détention du comté de Cook suivent une séance de formation, le 10 avril 2019. Photo : Luckenson Jean Loop Haiti

Contre la délinquance juvénile et pour réduire la proportion de la violence dans les communautés, il faut garder les jeunes "occupés". C'est ce que croient, sans la moindre contradiction, Teny Gross, Froilan Gonzales et Christopher Harris. Membres de la grande chaîne de lutte contre la violence dans les communautés aux Etats-Unis d'Amérique, ils ont tous les trois accepté de recevoir Loop Haiti dans le cadre d'un séjour de travail sur la question, réalisé par la rédaction en terre américaine.

"Aller à l'école, pratiquer un sport, s'adonner à des loisirs sains, avoir un emploi" ou encore "sortir avec quelqu'un". Un jeune partagé entre autant d'activités et bénéficiant de l'accompagnement nécessaire (parentale ou étatique), n'aura plus ou presque le temps pour mettre son énergie au service d'activités malsaines et délinquantes, selon nos intervenants rencontrés pour des entrevues les 9 et 10 avril 2019, à Chicago.

Si la troisième ville des Etats-Unis, située dans l'Etat d'Illinois, est connue pour sa belle architecture, ses gratte-ciels, ses musées, elle est aussi réputée pour être l'une des plus violentes du pays. En 2018, les autorités y comptaient 1 114 fusillades et 254 meurtres en six mois (jusqu'à juillet) et la population s'était mise debout pour manifester contre ce fléau et les armes à feu.

 

 

Teny Gross dirige l'Institute for nonviolence Chicago, une institution qui, s'inspirant des enseignements du Dr Martin Luther King sur la non - violence, se donne pour mission de travailler au "démantèlement de la violence et l'instauration de la paix à Chicago". Dans le cadre d'une rencontre, le 9 avril, il nous a parlé des travaux menés par cette entité qu'il dirige et qui existe depuis trois ans. 

L'Institute for nonviolence de Chicago offre des "services aux personnes victimes de violence, des formations à la non-violence, la médiation de proximité et la gestion pacifique des conflits", a soutenu le directeur de l'institution. Du haut de ses longues années d'expérience, il en a profité pour mettre l'accent sur certains aspects "importants" qui, selon lui, sont susceptibles de contribuer à réduire la violence dans les zones à risque. Et le fait de diaboliser les jeunes évoluant dans un environnement violent et ayant un comportement dangereux, n'en est pas un.

 

"Ces gens ne doivent pas être pris pour des démons, ils doivent être aidés", croit-il. Il suggère en ce sens qu'il y ait plus d'investissement dans cette catégorie, "plus d'accompagnement". D'où l'existence, au sein de l'institut, d'une équipe de sensibilisation qui rencontre les jeunes des quartiers à risque où les fusillades, les meurtres sont monnaie courante. Ces agents pacificateurs dissuadent les jeunes, membres ou pas de groupes armés, de recourir aux représailles et leur proposent, par exemple, la médiation comme outil pour résoudre les conflits. Ils les accompagnent tout au long de leur chemin vers une transformation graduelle.

Froilan Gonzales, pour sa part, intervient, depuis plusieurs années, dans les centres de détention. Au sein de celui du comté de Cook, le spécialiste du comportement dirige le programme SAVE qui consiste à accompagner les jeunes détenus à travers des séances de sensibilisation, de formation et de réorientation. L'idée est de ramener les déviants à se préparer à être de meilleures personnes une fois relâchés, a-t-il fait savoir. 

10 avril. Midi. Un groupe de plus d'une dizaine de jeunes de la prison du comté de Cook participent à un atelier de discussion sur le trouble bipolaire. Loop Haiti est invité à y assister. L'occasion pour notre rédaction d'interviewer certains détenus sur le programme, les raisons qui les ont amenés à y participer, l'adhésion étant volontaire. "Je veux changer", ont fait savoir plusieurs d'entre eux, exprimant entre autres leur regret de ne pas avoir écouté les parents et d'avoir côtoyé pendant trop longtemps "les mauvaises personnes".

Mais une fois dehors, leur réalité ne risque pas d'être différente de celle d'avant si leur énergie n'est pas canalisée vers autres choses, s'ils ne sont pas suffisamment "occupés". Pour faire une différence, le programme SAVE s'assure que les anciens détenus restent en contacte avec des agences qui leur permet, comme ils le souhaitent, d'étudier, de travailler, entre autres.

Visite de Loop Haiti au centre détention du Comté de Cook, USA

 

"Gardez-les [jeunes, ndlr] occupés", conseille, à son tour, Christopher Harris. Cette recommandation, il dit le faire non seulement en tant qu'officier de police du bureau du Sheriff de Cook, mais aussi en tant que parent. Pour lui, un jeune avec agenda bien chargé n'aura pas le temps de gaspiller son temps. Il dormira, lors qu'il n'a plus rien d'autre à faire de la journée. Car il sait que le lendemain, il devra aller travailler ou aller en coures, a-t-il renchérit. 

Mais pour qu'il y ait autant d'activités, tout-le-monde doit jouer y mettre sa contribution: l'Etat, la société civile, les églises, tout-le-monde doit s'impliquer, ont fait savoir les membres du Bureau du Sheriff de la zone, lors d'une entrevue accordée à la rédaction, sur le rôle de ce corps dans la lutte de la violence. Ils croient que tous les jeunes à risque peuvent changer, évoluer s'ils ont le bon accompagnement.

 

Raoul Junior Lorfils

D'autres articles réalisés dans le cadre du séjour de Loop Haiti aux Etats-Unis suivront celui-ci.

 

Recevez gratuitement les dernières nouvelles d'Haïti et d'ailleurs directement sur votre téléphone en téléchargeant l'App de Loop News :