Dimanche 17 Novembre, 2019

Pour ce ministre, le démantèlement de l’Armée a été inconstitutionnel

« L’une des taches de l’Armée c’est de prêter main forte à la police sous requête de l’Exécutif », se souvient Hervé Denis. / Estailove St-Val/LoopHaïti

« L’une des taches de l’Armée c’est de prêter main forte à la police sous requête de l’Exécutif », se souvient Hervé Denis. / Estailove St-Val/LoopHaïti

Au printemps 1995, ce qui restait de vestiges des Forces Armées d’Haïti (FAd’H) allait être disparu pour faciliter la mise en place de la Police nationale d’Haïti (PNH). La mise en bière de l’Armée d’Haïti fut pénible pour une cohorte d’officiers qui n’ont jamais ménagé leur intention de reprendre un jour les honneurs dignes à leur rang.

Deux décennies plus tard, l’eau n’a pas encore suffisamment coulé sous les ponts afin de pouvoir ranger au placard les mauvais souvenirs légués par cette démobilisation. Ceci, malgré la remobilisation des FAd’H 18 novembre 2018. Récemment, dans une entrevue à Loop Haïti, l’actuel ministre de la Défense, Hervé Denis a fustigé cet acte jugé "inconstitutionnel".

 

"L’armée a été fermée de manière inconstitutionnelle", précise-t-il, dans un petit cours d’histoire militaire sur la nécessité, trouve-t-il, de reposer le problème de cette institution aujourd’hui dans un contexte plus moderne et le faire de manière rationnelle.

Créé en 2014, le ministère de la Défense avait pour mission principale le rétablissement de l’Armée d’Haïti. En 2015, l’ancien président Michel Martelly a posé les jalons de l'institution militaire à la suite d’une demande auprès de la Junte interaméricaine de défense (JID) pour l’élaboration du Livre blanc de la Défense et de la Sécurité nationale pour le développement économique et social durable, le premier de la 5e génération, mais le deuxième dans les Caraïbes.

Hervé Denis souligne que ce document offre des pistes considérables pour l’avancement de la nouvelle force de défense et de sécurité nationale sur la voie de la modernisation. « Avant, les livres blancs s’étaient adonnés à la guerre, maintenant l’armée vise le développement, les catastrophes naturelles, la contrebande, la cybercriminalité ». Donc, une armée au service du développement, ajoute-t-il.

Janvier 2018, l’homme d’Etat s’est retourné à la Junte, organe décentralisé de l’OEA, pour expliquer que le pays s’apprête à franchir la prochaine étape du Livre blanc. « J’ai réagi en homme politique conscient de mes devoirs », dit-il, non sans fierté d’avoir apporté son grain de sel en 2015 à l’édification d’un pareil ouvrage stratégique à la survie sécuritaire de la nation.  

Du haut de ses 73 ans, titulaire depuis mars 2017 du ministère de la Défense, Hervé Denis a débuté sa carrière dans la fonction publique en 1969 comme auditeur à la Cour Supérieure des Comptes. Aujourd’hui encore, avec de plus grandes responsabilités républicaines, il n’agit pas sans le sentiment du devoir patriotique. « Je suis là tout simplement en tant qu'homme d’Etat pour prendre les responsabilités de l’Etat », affirme-t-il, pour tamponner un parcours riche en statut diplomatique.  

Pour le commun des mortels, la délimitation de l’intervention de l’Armée d’Haïti par rapport à la PNH est une tache rude. A présent, semble-t-il, lui seul peut chasser avec dextérité l’ombre qui s’abat sur ce dossier.

« Un travail de collaboration existera entre les deux forces du pays », argue-t-il, avant de préciser que la police se chargera de la protection côtière et l’Armée de la zone frontalière maritime ou des zones économiques.

« L’une des taches de l’Armée c’est de prêter main forte à la police sous requête de l’Exécutif », se souvient Hervé Denis.

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