Mercredi 19 Février, 2020

« Port-au-Prince, aller-retour », une retrouvaille Importante dans la vie de Georgia Makhlouf

Le Centre PEN Haïti a reçu dans ses locaux le 13 janvier 2020, l’écrivaine et critique littéraire franco-libanaise Georgia Makhlouf autour de son roman "Port-au-Prince, aller-retour". Cette rencontre titrée « Conversation #7 » a été pour les participants un moment d’échange et de plaisir comme savent nous le faire vivre les rencontres littéraires.

Par Mariah C. Shéba Baptiste

Entourée de Kettly Mars, écrivaine haïtienne et directrice du Centre Pen, et de Michel Soukar, historien haïtien, l'auteure Georgia Makhlouf n’a pas caché son plaisir de partager avec le public les conditions d’écriture de son roman. Un petit bijou qui vient s’ajouter dans la liste des oeuvres de la littérature haïtienne. Un livre qui se veut historique et dans lequel Makhlouf retrace la vie de ses grands-parents paternels syro-libanais immigrés en Haïti à la fin du 19ème siècle.

L’échange se déroule ce lundi en grande partie sur la question des Syro-libanais émigrés en Haïti et qui sont devenus aujourd’hui grâce à leur commerce, un pilier de la bourgeoisie haïtienne. En effet, vers les années 1880–1890, des immigrés arabes, en grande partie des Syriens et des Libanais, arrivèrent en Haïti. Ils étaient pour la plupart entrain de fuir l’empire ottoman, aux ambitions expansionnistes qui faisait rage au Moyen Orient. En ce sens, l’Haïti de l’époque représentait pour eux une occasion nouvelle de se reconstruire. Un tout nouveau départ. Les grands-parents paternels de l’écrivaine, dont son grand père Vincent Makhlouf, un Syro-libanais et qui est aussi un personnage du livre « La dernière nuit de Cincinnatus Leconte » de Michel Soukar, n’en firent pas exception.

Ce sujet passionne plus d’un. Le public n’a pas hésité à interagir. Ils n’ont pas non plus oublié cette version de l’histoire d’Haïti où les lois contre les Syro- libanais ont été signées sous la présidence de Cincinnatus Leconte. Pour le reste, Michel Soukar a souligné que ces Arabes étaient des durs travailleurs qui ont su concurrencer les Allemands et les mulâtres de l’époque sur le marché du bétail, notamment. Ils étaient aussi pour la plupart pourchassés par le président de l’époque, ce qui sera la raison de leur soutien à la dictature quelques années plus tard.

Dans la foulée, l'auteure de « Port au Prince, aller-retour », a raconté sa rencontre avec Michel Soukar lors de sa première venue en Haïti en 2015. D’après elle, celle-ci a été le point culminant du démarrage de ce livre. Une rencontre à la fois émouvante et enrichissante sur son origine. « Quand je lui ai dit le prénom de mon grand-père, j’ai été émue quand il m’a répondu que c’est un personnage de son livre. Un grand père, figurez-vous, que je n’ai pas connu », s’émeut-elle à dire. D’après elle, celle trouvaille a eu un grand rôle dans la construction de son oeuvre. 

Cet ouvrage se veut une retrouvaille affairée d’originalité à un passé que Georgia Makhlouf ignorait. C’est aussi un petit miroir transit où les deux peuples qui se se côtoient pendant des siècles peuvent se regarder. Il faut aussi ajouter que l'écrivaine franco-libanaise d’expression française a reçu le prix Senghor en 2014 pour Les absents et est actuellement en Haïti pour présenter et discuter autour de « Port-au-Prince, aller-retour ». Elle a fait la vente-signature le samedi 11 janvier 2020 à la Librairie La Pléïade.

Indubitablement, Georgia Makhlouf est une écrivaine passionnée des traditions haïtiennes. « Le goût d’Haïti », son tout dernier roman qui vient de paraitre chez Mercure de France en est la preuve. Sur sa page Facebook on peut même lire ce petit mot « Heureuse d’être en Haïti au moment où paraît mon livre. Et de le partager en avant-première avec mes amis haïtiens. Ce livre se veut un hommage à la bouillonnante créativité de ce peuple.»

Mariah C. Shéba Baptiste

 

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