Mercredi 26 Juin, 2019

Petrocaribe: l’argent mal utilisé doit être récupéré, selon la CSC/CA

L'audit final des fonds pétro caribe a été transmis, ce vendredi 31 mai, à l'assemblée des sénateurs.

L'audit final des fonds pétro caribe a été transmis, ce vendredi 31 mai, à l'assemblée des sénateurs.

La Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSC/CA) a publié, le 31 mai, l’audit final sur les fonds Petrocaribe. Les fonds de ce programme mal utilisés par les acteurs indexés dans le rapport d'audit doivent être récupérés, recommandent les juges de la Cour qui ont relevé une vaste opération de corruption dans la gestion de cet argent destiné à favoriser le développement dans le pays.

Ainsi, la Cour recommande la mise en place d’un mécanisme de récupération. Elle suggère une « réforme profonde sur l’encadrement de l’octroi et de la gestion des contrats pour la mise en œuvre des projets publics ». La CSC/CA réclame aussi la révision de l' « encadrement relatif à l’éthique et à la déontologie, envers les élus et les serviteurs de l’État, afin de favoriser une plus grande transparence dans la gestion des fonds Petrocaribe ».

Dans ce rapport, plusieurs anomalies ont été identifiées par la CSC/CA :  négligence des étapes-clés liées à une saine gestion de projets d’investissement; manque de documents pertinents dans la plupart des projets et contrats examinés; mauvaise définition des besoins dans le cas de certains projets; l’utilisation d’estimations incomplètes, analyse insuffisante des risques et l’ajout de travaux jugés non indispensables, etc.

Les autorités du pays, de plus en plus décrédibilisées en raison des actes flagrants de corruption, doivent s’engager dans des réformes structurantes, susceptibles de pallier aux causes des pratiques déviantes et ainsi changer les pratiques et la culture des organisations, ayant permis que de telles défaillances émergent, lit-on dans le document de 612 pages qui pointe du doigt d’anciens ministres, d’anciens directeurs généraux, des patrons des firmes de construction et même l'actuel président de la République, Jovenel Moïse.

Les juges ont découvert par exemple, qu'en 2014, pour le même chantier de réhabilitation de route, l'État a signé deux contrats avec deux entreprises aux noms distincts, Agritrans et Betexs, mais qui partagent notamment le même matricule fiscal et le même personnel technique. « Les deux entreprises ont réalisé distinctement les mêmes ouvrages aux mêmes dates », révèle le rapport de la Cour qui conclut qu'il s'agit « ni plus ni moins qu'un stratagème de détournement de fonds ».  

Avant son arrivée au pouvoir en 2017, Jovenel Moïse était à la tête de l'entreprise Agritrans, laquelle a reçu plus de 33 millions de gourdes (plus de 7 millions de dollars américains, au taux de l'époque) pour ce projet routier alors que son activité consistait à de la production bananière. « L'état de ce tronçon de route suscite des questionnements et démontre qu'il y a un décalage énorme entre les sommes dépensées et la réalité des travaux qui auraient été effectuées » relate le rapport des juges après leur visite de terrain.  

Cet audit final dont une première partie avait été rendu public le 31 janvier 2019, a été réalisé suite à une résolution voté par l’assemblée des sénateurs et couvre la période allant de septembre 2008 à septembre 2016 qui a vu se succéder trois présidents : René Préval, Michel Joseph Martelly et Jocelerme Privert.

Le rapport est aussi, il faut le rappeler, le résultat de la mobilisation des Petrochallengers qui réclament depuis près d'un an, que lumière soit faite sur l'utilisation de ce fonds.

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