Lundi 18 Juin, 2018

Petro Caribe :« Il est du devoir des citoyens de demander des comptes»

Une marche contre la corruption dispersée à coups de bombe lacrymogène. Photo ; Estailove St-Val/LoopHaiti

Une marche contre la corruption dispersée à coups de bombe lacrymogène. Photo ; Estailove St-Val/LoopHaiti

Un bras de fer a été engagé entre les acteurs concernés au sujet de la gestion des fonds Petro Caribe depuis la publication du second rapport d’une commission sénatoriale, dirigée par le sénateur Evalière, le 10 novembre dernier. Mais la déclaration du président Jovenel Moïse à Paris est la dernière goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

En réaction, des organisations de droits humains ­- La Solidarité Fanm Ayisyèn – SOFA, l’Unité de Recherche et d'Action Médico-légale (URAMEL), le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH), la Commission Episcopale Nationale Justice et Paix (CE-JILAP), le Centre d’analyse et de recherche en droits de l’homme (CARDH), la Plateforme des Organisations Haïtiennes de Droits de l’Homme (POHDH), et le Centre de recherche et de formation économique et sociale pour le développement (CRESFED)-  « appellent à une mobilisation citoyenne pour faire échec à toute velléité de noyer les rapports sénatoriaux sur la dilapidation des fonds Petro Caribe. »

« Alors qu’il prétend être le porte étendard de la lutte contre la corruption, le Président de la République met tout en œuvre en vue d’affaiblir les institutions haïtiennes appelées à lutter contre ce fléau. En effet, après avoir vassalisé l’Unité de contrôle et de renseignements financiers (UCREF) et neutralisé d’autres institutions importantes, constituant de véritables outils contre la corruption et les infractions connexes, il lance ouvertement une offensive contre toute tentative visant à faire jaillir la lumière autour des faits relatés dans les rapports susmentionnés », dénoncent ces organisations.

La SOFA, l’URAMEL, le RNDDH, la CE-JILAP, le CARDH, la POHDH et le CRESFED se disent aussi scandalisés d’entendre le Président affirmer avoir renouvelé le mandat d’« une cinquantaine de juges soupçonnés de corruption ». Elles estiment que ces déclarations « décrédibilisent encore plus le pouvoir judiciaire, anéantissant ainsi les espoirs des citoyens et citoyennes de voir un jour se tarir cette vanne d’impunité. »

 

 

 

Les organisations de droits humains insiste sur le fait qu’ « il est du devoir des citoyens et citoyennes d’élever la voix pour demander des comptes sur l’utilisation du fonds Petro Caribe et exiger que les institutions travaillent en vue d’empêcher que le pays soit soumis aux caprices d’un homme ou de quelques hommes et femmes qui consolident la dynastie de la corruption, le présidentialisme et toutes les formes de la pensée unique. » Et à l’appareil judiciaire, elles rappellent « l’obligation qui lui incombe de sanctionner toute personne ayant commis une infraction. »

En conclusion, la SOFA, l’URAMEL, le RNDDH, la CE-JILAP, le CARDH, la POHDH et le CRESFED estiment que les rapports élaborés par les deux (2) commissions sénatoriales offrent aux autorités étatiques le prétexte idéal pour enfin entamer concrètement la lutte contre la corruption. « Il est donc de leur devoir de saisir cette opportunité et d’écrire autrement une tranche de l’histoire d’Haïti », tranchent-elles.