Lundi 20 Août, 2018

« Pays de merde » : Et si on dénonçait aussi les racistes haïtiens ?

Donald Trump, président des Etats-Unis

Donald Trump, président des Etats-Unis

Pour le « génie très stable » aux rênes du plus puissant pays au monde, Haiti, El Salvador et les territoires africains seraient des antres scatologiques. Donc, logiquement habités par des non-humains inaptes à prétendre à l'hospitalité américaine, incapables de s'intégrer ou de rendre à l'Amérique sa magnificence, comme le suggère le communiqué de Raj Shah, secrétaire de presse adjoint de son administration.

Grande est la tentation de s'auto-flageller pour digérer ces inepties.

Après tout, suite à deux siècles d'indépendance, Haiti n'est-elle pas 22e place au classement des pays les plus pauvres du monde avec un indice de développement humain évalué à 0,493 sur 1, soit 163e place sur 188 pays ? N'avons-nous pas le taux de mortalité infantile le plus élevé des Caraïbes, impuissants devant la résurgence de maladies jadis disparues comme la diphtérie qui aurait déjà fait en un an une cinquantaine de morts ?

58,000 haïtiens sous TPS aux États-Unis devront potentiellement naviguer à rebours de l'espoir l’année prochaine comme des centaines d’autres régulièrement déportés des pays de la région. Depuis juillet 2015, la République Dominicaine en a expulsé 230,000 !

Néanmoins, il ne faut guère s'engager dans le cambouis social et économique pour expliquer l’acharnement raciste de Donald Trump : il s’agirait d’une occasion manquée de poser ici en Haiti les jalons d’un débat toujours évacué, celui de l’appauvrissement du plus grand nombre, de la fortune corrompue, arrogante, des questions de classe et surtout l’épineuse question du racisme.

Parce qu'en plus d'être simplistes et complaisantes, les légitimations économiques occultent la nature même de la présidence de Donald Trump, sa vision deshumanisante du monde et son appel constant à une forme de pureté américaine, dans un pays où, il y a moins d’un siècle, être noir était une tare, l'affreuse promesse d’une existence jalonnée d’humiliations racistes en privé souvent mais surtout en public.

Certes, l’on craint plus ces temps-ci les étiquettes que la substance, les noms que les comportements. Mais les faits demeurent entêtants.

L’aventure politique de Donald Trump carburée au dénigrement des minorités prendra son envol quand publiquement, il mettra en doute l’origine du premier président noir des Etats-Unis, Barack Obama. Sa croisade dont l’unique but était de distiller la haine, cracher sur l’autre « différent », délégitimer le commandant en chef « parce que noir » portera fruit : Obama rendra public son acte de naissance et l'histrion, par une combinaison de facteurs, dont la xénophobie, le racisme latent et le sexisme, s'installera dans le fauteuil présidentiel comme "premier président blanc" des États-Unis pour reprendre Ta-Nehesi Coates.

Il ne faut d'ailleurs point remonter bien loin pour dénicher chez ce parangon de la bêtise, fier ennemi de toute pensée complexe, un enchainement de déclarations et d’attitudes discriminantes qui ne laissent place à aucun doute sur son identité « raciste ». De sa position timorée l’année dernière sur les néonazis de Charlottesville au rang desquels il est seul à distinguer des « gens de bien » passant par des sentences du genre « la paresse est un trait naturel chez les noirs » ou plus loin, ses démêlés avec la justice dans les années 1970 pour son refus de louer ses appartements aux noirs.

Haiti aurait affiché les performances économiques du Bostwana, du Maroc ou de l’Afrique du Sud (des pays d’Afrique), Donald Trump n'y verrait qu’une bande de sauvages noirs, vivant dans des huttes et infectés du SIDA. La meilleure façon de s’indigner revient donc à questionner les relais de son abjecte idéologie qui malheureusement innerve la société haïtienne, de démasquer dans l’espace public les discours aux relents racistes et de travailler à l’érection d’une société égalitaire où les jours heureux ne sont plus distribués selon la clarté du teint épidermique, où le talent insistant, et non l’origine sociale, détermine la prospérité.