Lundi 24 Septembre, 2018

PaP Jazz 2018 : Soirée de clôture inoubliable au Royal Decameron

Une vue partielle du public a la soiree de cloture du festival./Photo: Josue Azor

Une vue partielle du public a la soiree de cloture du festival./Photo: Josue Azor

Strings, Beethova Obas, Norman Brown et Michael Brun déployaient une palette de sons allant du flamenco au funk, de la bossa nova au troubadour,  du rock à l'electro. Récit d'une soirée inoubliable accueillie, samedi 27 janvier, par Royal Decameron. 

Il faut renoncer au climat insalubre et bruyant de la capitale, rouler, moins de deux heures, sur la route goudronnée de la Côte-des-Arcadins, humer l’odeur fétide de Source Puante, éviter les marchés embouteillés de Cabaret et d’Arcahaie pour atteindre le paradisiaque  Royal Decameron.  Un personnel courtois, impeccable dans leur chemise blanche ou bleue, mais parfois lent à offrir ses services, vous accueille et s’assure que tous les visiteurs (y compris les musiciens haïtiens-étrangers, les journalistes internationaux dont la venue est prise en charge par l’Association Touristique d’Haïti – ATH) ont retiré leurs bracelets jaunes.

Il est 6h30 du soir. L’équipe de la Fondation Haïti Jazz, de Canal + (client de Dream Masters fidèle au PaP Jazz depuis tantôt trois ans) et de Sonomix sont déjà sur place. Le son déjà testé par les musiciens de grande trempe à l’affiche, quatre artistes dont un DJ planétaire, planteront,dans deux heures, leurs pieds sur la scène Prestige pour faire voyager le public entre le flamenco, et le rock, la musique brésilienne et l’électro.

Casser la monotonie

Offrir aux festivaliers une clôture au Royal Decameron découle de la volonté de marier culture et tourisme. « Culture et tourisme font bon ménage en ce 12e PaP Jazz, car pour la première fois, 5 tours opérateurs (dont 3 de la diaspora) ont misé sur l’évènement et créé des forfaits touristiques », soutient l’équipe permanente du Festival composée de Coralie Gardère, de Miléna Sandler et Joël Widmaier.

Mais outre cette fenêtre ouverte au tourisme, le festival se veut un évènement de qualité, gage de succès et de pérennité. C’est cette qualité qui fidélise les amies ambassades, les partenaires et acteurs locaux, ainsi que le secteur privé haïtien. « Cette qualité irréprochable  tant dans les spectacles produits que dans le line-up et le visuel du PaP Jazz s’améliore à chaque édition et elle embrasse la même optique du Resort et la vision positive de la Fondation : montrer la belle image d’Haïti », souffle Brice Dumanois, responsables des ventes.

Dans le forfait tout inclus qu’on offre aux clients, Kayaks, catamaran, dîner à la carte, snacks en journée, spectacles le soir. «   Le festival nous a, par ailleurs, permis d’enrichir le menu des activités que nous proposons aux visiteurs, de satisfaire notre clientèle en jouant la carte de l’innovation et en cassant la monotonie dans l’offre de nos produits et services », confie le Directeur Commercial Christian Fombrun, qui évalue pour Loop Haïti le taux d’occupation permanente des 400 chambres de la plage à 75%.

Strings, arôme flamenco

Devant un parterre de journalistes étrangers et un public un peu terne, Strings foule les planchers. L’humilité se lit sur son visage luisant : Jackie Ambroise, revenu de Kazakhstan, gratte aux côtés des musiciens  (Philippe Augustin : guitariste et membre fondateur du groupe,  John Bern Thomas : batteur, Gérald Kébreau : bassiste, Arus Joseph : percussionniste, Welmyr Jean-Pierre : pianiste) ses typiques notes de flamenco tropical mâtiné de troubadour qui irrigue son répertoire constitué de coffrets taillés, il y a plus de dix ans, pour un public en quête de frissons nouveaux : « Tropical Mood », « Flamenco tropical », « Island folies ».

Jackie Ambroise grate ses typiques notes de flamenco tropical mâtiné de troubadour à l'occasion de la soirée de cloture du festival. /Photo: Josué Azor

Mais Strings a surtout imprimé sa marque dans le paysage musical de l’île avec son disque « Meta Morphosis » à la fin des années 90. À cette époque, les mélomanes reprenaient le sensuel refrain du morceau connu « Ti douce ». Les mots en créole étaient sur le bout des lèvres d’une génération déjà imprégnée de musiques avant-gardistes et modernes. Né en 1959 d’un père flutiste, Jackie Ambroise, terrassé par une tumeur au cerveau, a dû quitter la scène pour subir une opération chirurgicale en février 2009. Août 2013, le guitariste revient avec ses nappes de sonorités nourries de folk, de reggae et de compas direct. Pour une deuxième fois, sur la scène du PaP Jazz, Strings déverse ses mélodies élégantes sur un public à demi-froid qui flatte son palais avec un fruité cocktail à base de rhum Barbancourt, du vin et de la bière Prestige.

Café chaud à la Gainsbourg

Lui, sa guitare déambule entre les mémoires des dieux brésiliens, de Ti Paris et du feu Manno Charlemagne. Beethovas Obas, natif de Carrefour, a ouvert, aux côtés du prolifique pianiste haïtien Réginald Policard, la première édition de ce festival. C’était à l’Institut Français : sa mémoire ne flanche pas. Le chanteur amène son CubaBra, style de musique qu’il fait naître des profondeurs de Cuba et du Brésil et dont il revendique la paternité. Il ouvre son set avec le morceau « Rasanble » où sont brassées les influences africaines, enchaîne avec « Nou pa moun », « Ase babye » « Si », « Plezi mizè », « Bon bagay » (musique inédite qui doit figurer sur son prochain album) et « Couleur café », titre du compositeur français Serge Gainsbourg. Quelques têtes qui entouraient Jackie Ambroise reviennent sur la scène : John Bern Thomas (batterie), Welmyr Jean-Pierre (piano).

La guitare de Beethovas déambule entre les mémoires des dieux brésiliens, de Ti Paris et du feu Manno Charlemagne. Le chanteur interprete en duo avec son frere Emmanuel divers titres retrouvés dans ses disques./Photo: Josué Azor.

« Un café antillais se boit chaud », confie Beethovas. « Il a voulu justement réchauffer le café de Gainsbourg en le parfumant d’odeur plus afro-cubaine», lâche sa femme née Dominique Joseph, ancienne présentatrice de l’émission Triangle Sud à Radio Télévision Belge Francophone (RTBF).

Dominique Obas commentait au début des années 90 les disques de Beethove. « Nous ne nous sommes pas encore connus, précise-t-elle, mais ce qui me fascinait dans ses musiques, c’est cette parole acide et amère posée sur une mélodie douce. Beethova avait mille raisons de ressentir de la haine après l’assassinat de son père peintre Charles Obas par les sbires de Duvalier père, raconte-t-elle. « Mais il a plutôt choisi l’amour tout en dénonçant ce qui ne va pas de la manière la plus crue et dure ».  Le dernier morceau joué pour la soirée est reconnaissable : pour ce titre, il a été élu, fin 80,  Meilleur Jeune Chanteur par le jury du Prix Découverte RFI. « Lage l’ », composition devenue incontournable dans sa discographie, envahissait les ondes et même les Antilles, témoigne Béatris Compère qui attend son cups de cocktail.  Le co-animateur (avec Stephan Edwige) des coulisses du PaP Jazz a la nostalgie de son Planteur martiniquais, fait à base de muscade, de rhum blanc, de goyaves et de vanilla, se laissant emporter par les fraiches melodies qui donnent encore un coup de jeunesse au thème

Norman Brown, l’enfant terrible du rock

C’est sur une apothéose signée Norman Brown que le 12e festival a rendu son dernier souffle. D’une incroyable dextérité, le rockeur adulé et connu de la planète tape dur sur les cordes de sa guitare où planent les ombres de Georges Benson, de Jimmy Hendrix, exposant divers thèmes (« It keeps coming back », « West coast », « Any love », « That’s the way love go », piochés dans ses disques comme dans ceux de ses maîtres du hard rock (tel est le cas de « Breezin » de Benson), oscillant entre smooth jazz et funk, entre pop et soul.

Le guitariste et rocker adulé enflammait la scène du Decameron avec ses accords incendiaires qui transpirent l'influence de Benson comme Hendrix./Photo: Josué Azor

Herman Jackson au piano, Rob McDonald à la basse,  L.J.Holyfield à la batterie et Travis Milner au Keyboard : Norman, c’est ce bruit d’un rock inventé. « Il est l’école de Benson rajeunie, multicolore, versatile », soutient Kéké Bélizaire, renversé par la fougue de ce petit écureuil vif, son énergie rock, ses accords plaqués d’un morceau à un autre, son dynamisme et la multitude de courants dans laquelle il trempe sa sonorité.

Kéké Bélizaire se dit renversé par la fougue de ce petit écureuil vif, son énergie rock, ses accords plaqués d’un morceau à l'autre, son dynamisme et la multitude de courants dans laquelle il trempe sa sonorité./Photos: Josué Azor

Michael Brun, l'odeur de l'électro

Norman Brown s’éclipse de la scène, rejoint les coulisses du festival au restaurant Casserole (zone Sud) pendant que Michael Brun, DJ au succès incontestable, tâte sa platine. Jusqu’à 2h du matin,  le jeune producer haïtien, né de père haïtien et de mère guyanaise, a fait danser un petit groupe de festivaliers, pieds nus enfoncés dans du sable fin au bord de la mer, au son d’une musique électronique qui conserve tous les ingrédients de sa technique mix : compas direct, techno, rn’b, afro, Maitre Gims, rara, pop. Les organisateurs mettent le cap sur la 13e qui se déroulera l’an prochain du 19 au 26 janvier.

Michael Brun, souffle électro du PaP Jazz, met de la fourmi dans les jambes, fait taper les pieds enfoncés dans du sable fin au son d'une musique électronique capable de marier compas et rn'b. techno et rara, rythmes afro et Maitre Gims./Photo: Josué Azor