Dimanche 26 May, 2019

Pagaille au Sénat, la séance de ratification avortée à nouveau

Pagaille au Sénat, la séance de ratification Lapin avortée à nouveau

Pagaille au Sénat, la séance de ratification Lapin avortée à nouveau

Micros arrachés, chaises et pupitre renversées, affrontements physiques... la séance de ratification de la déclaration de politique générale du Premier ministre Jean Michel Lapin s'est tournée à la pagaille le mardi 14 mai 2019 au Sénat de la République. Si des sénateurs proches de l'exécutif voulaient, coûte-que-coûte, permettre au PM nommé de présenter l'énoncé de sa politique générale, les 4 sénateurs de l'opposition quant à eux, s'y sont opposés catégoriquement. Les pros et anti gouvernementaux en sont même venus aux mains. 

Deux heures de l’après-midi. La séance avait pourtant bien démarré. Dès le début, les sénateurs de l’opposition évoquaient d’abord la loi de 2006 fixant à 18 le nombre des ministères composant le gouvernement, puis la loi sur la fonction publique qui n’autorise pas à une personnalité d’occuper deux postes ministériels au sein d'un même gouvernement.

Les opposants se renferment dans leurs arguments et exigent le renvoi des membres du cabinet, en attendant une liste complète. « Le gouvernement doit être composé de 18 ministres au total. Dans le cas contraire, la séance ne se poursuivra pas ! », avait averti le sénateur Antonio Chéramy. Son collègue, Ricard Pierre, croit, lui, que ce cabinet ne répond pas aux exigences constitutionnelles ainsi qu’aux autres dispositions légales.

Arguments rejetés par les sénateurs proches du pouvoir, qui veulent à tout prix passer à un autre point de l'ordre du jour. Dans ses interventions, le sénateur Kédlaire Augustin souligne qu’à aucun moment, les textes de loi évoqués par les collègues de l’opposition, n’interdise le cumul d’emplois ou de fonctions.

Le sénateur Joseph Lambert lui aussi argumente et s’aligne sur cette position. L’élu du Sud-Est, proche de l’exécutif, brandit pour sa part l’article 34 du décret-loi de 2005 adopté sous le gouvernement Gérard Latortue qui autorisait le fusionnement, voire le regroupement des ministères. A 7 heures du soir, le président du bureau, Carl Murat Cantave observe une première suspension, transformée par la suite en pause-dîner.

Au retour, les 4 sénateurs de l’opposition, appuyés par leur collègue Youri Latortue reviennent à la charge, soulignant que ce décret-loi (de 2005) a été abrogé avec le vote de la loi de 2006, adoptée sous la présidence de Martelly. Les heures passent. Le débat s’agite. En plus des désaccords lié au nombre de ministres constituant le cabinet, les sénateurs Antonio Chéramy et Ricard Pierre ont exigé la présence physique de tous les ministres. Les parlementaires pénètrent la salle de séance avec chacun en main un mégaphone et empêchant ainsi, par le son des sirènes, toute prise de parole.

Dépassé, le président du bureau, Carl Murat Cantave, observe une seconde suspension, pour tenter de ramener le calme. Revenu dans la salle de séance, l’élu de l’Artibonite décide de trancher et invite le premier secrétaire à passer au prochain point de l’ordre du jour. Une décision contestée par les sénateurs de l’opposition, qui poursuivent leur concert de sirènes.

A la place de la présentation du rapport de la commission chargée d’étudier les pièces du Premier ministre nommé, le bureau invite Jean Michel Lapin à gravir la tribune pour présenter sa déclaration de politique générale. Garcia Delva et Joseph Lambert, deux sénateurs pro-gouvernementaux l’accompagnent jusqu’au pupitre.

Les sénateurs de l’opposition s’énervent à nouveau, et s’opposent catégoriquement à toute présentation. Antonio Chéramy passe à l’action, arrache le micro, renverse le lutrin et renverse également la balustrade. Entretemps, Ricard Pierre est bousculé par son collègue Joseph Lambert, qui essayait de protéger le PM nommé face à la fureur des opposants. Chaises éparpillés, disputes, cacophonie, des agents de sécurité qui protègent des officiels… la situation était très tendue à l'intérieur de la salle des sages ce soir du 14 mai.

Face à cette pagaille, le président du Sénat, Carl Murat Cantave, a invité les membres du cabinet ministériel à rentrer chez eux, en attendant une nouvelle date. 9 heures du soir. La séance est pratiquement avortée. Pour une deuxième fois, M. Lapin n’a pas pu présenter la déclaration de sa politique générale.

En signe de soutien, des partisans et sympathisants de certains parlementaires de l’opposition ont même improvisé une petite manifestation sur la cour du Parlement. Les ministres ont filé à l’anglaise, des sénateurs ainsi que certains employés ont dû vider les lieux en catastrophe.

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