Dimanche 26 May, 2019

Pagaille au Sénat: Antonio Chéramy ne regrette rien et est prêt à tout

Le sénateur Antonio Chéramy, mégaphone en main, perturbe, une fois de plus, la séance de ratification de la politique générale de Jean Michel Lapin/ Photo: Loop Haiti

Le sénateur Antonio Chéramy, mégaphone en main, perturbe, une fois de plus, la séance de ratification de la politique générale de Jean Michel Lapin/ Photo: Loop Haiti

Le Sénat haïtien a été dans la soirée du 14 mai 2019, en proie à des confrontations entre les quatre sénateurs de l'opposition et ceux dits proches du pouvoir. C'est la deuxième fois en moins d'une semaine que les pères conscrits se sont affrontés lors d'une séance de ratification de l'énoncé de politique générale du Premier ministre nommé Jean Michel Lapin durant laquelle ils devraient valider ou non l'entrée en fonction du nouveau gouvernement en lieu et place de l'actuel cabinet démissionnaire depuis près de deux mois. 

Antonio Chéramy est un sénateur de l'opposition et l'un des principaux instigateurs de l'avortement, à deux reprises, de la séance de ratification de la politique générale de Jean Michel Lapin, nommé par le président Jovenel Moïse suite au renvoi par la Chambre basse de l'ex-Premier ministre Jean-Henry Céant. Mégaphone en main, Chéramy, accompagné de ses trois collègues, a offert durant la soirée du 14 mai un spectacle qualifié d''hideux", par le président du Sénat. Mais Chéramy ne regrette rien. Absolument rien.

 

"Nous menons un combat pour le respect des droits du peuple haïtien", a-t-il dit lors d'un entretien accordé ce matin à notre rédaction. Il dénonce le fait que les acteurs s'empressent quand il faut organiser une séance pour permettre à une nouvelle équipe gouvernementale d'accéder au pouvoir mais qu'ils [les autorités, ndlr] soient aussi réticentes quand il faut qu'ils se penchent sur des choses plus importantes.

"Jusqu'ici, le pouvoir ne s'est pas penché véritablement sur les raisons des émeutes des 6 et 7 juillet 2018", soutient le sénateur. Il cite entre autres, "la misère, l'inflation, le chômage, la corruption, les assassinats dans les quartiers populaires, les arrestation politiques". Par exemple, fait-il remarquer, une hausse du salaire minimum a été voté à la Chambre des députés en mars dernier. Il n'y a jusqu'ici aucune démarche en vue de sa ratification au niveau de la Chambre haute du Parlement, dénonce-t-il.

En ce qui concerne la composition du cabinet ministériel de Jean Michel Lapin, avec 8 ministres reconduits, le chanteur illustre: "c'est comme si un joueur avait été sanctionné par un carton rouge à la première période d'un match, et à la deuxième mi-temps, son équipe exige que ce même joueur monte sur le terrain pour continuer le match". Et le pire, souligne-t-il, certains des ministres, sanctionnés pour mauvais rendement avec l'ancien gouvernement, reçoivent deux ministères en guise de "récompense".

Jean Roudy Aly, exemplifie Chéramy,, vivement critiqué pour sa gestion du dossier des sept étrangers lourdement armés arrêtés à Port-au-Prince en février 2019 puis transférés aux Etats-Unis d'Amérique, est nommé à la tête de deux ministères, celui de la justice et de la sécurité publique et celui de la défense. "Le peuple ne nous a pas votés pour défendre nos seuls intérêts", rappelle Chéramy, insistant que les ministres formant le cabinet de Lapin "n'ont pas la qualité pour être ministres", qu'il s'agisse de celle de la santé publique et de la population, celui de l'économie et des finances. 

 

"On est à un moment historique"

De nombreux internautes ont salué hier soir la "performance" des quatre sénateurs de l'opposition, Evalière Beauplan, Ricard Pierre, Antonio Cheramy et Nenel Cassy, lors de la deuxième tentative de ratifier la politique générale de Lapin. Mais pour d'autres, la manière de bloquer le processus pose problème. Des sénateurs ne devraient pas afficher un comportement pareil, selon eux. Des critiquent que le sénateur Chéramy assume, car, dit-il, "nous sommes à un carrefour historique" et qu'il faut qu'il y ait des gens prêts à reproduire l'acte héroïque des pères fondateurs de la nation haïtienne. 

"On est face à une* mafia. Les jeunes n'en peuvent plus. Ils laissent le pays. Les politiques ne respectent plus la loi. Et là où la loi ne peut être appliquée, c'est la force qu'on applique. C'est la meilleure méthode, la façon dont on agit au Sénat en ce moment", insiste le chanteur qui souligne qu'il est prêt à tout pour empêcher que les choses empirent dans le pays.

 

En attendant, il n'y a encore aucune date annoncée pour la reprise de cette séance. L'on ne sait pas non plus s'il va y avoir des changements au sein du cabinet après les deux tentatives de ratification de la politique générale de Jean Michel Lapin ratées au Sénat. 

Note: * Dans le 8e paragraphe de cet article, il était écrit, dans une récente version, "un mafia" au lieu d'"une mafia". La rédaction tient à informer ses lecteurs qu'il s'agissait d'une faute de frappe et non d'une erreur de la part du sénateur Antonio Chéramy, cité dans l'article.

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