Jeudi 18 Juillet, 2019

[OPINION] 10 raisons expliquant ce soulèvement contre Jovenel Moise

10 raisons expliquant ce soulèvement populaire contre Jovenel Moise/ Photo: Stanley Junior Mésalier, Secrétaire général Parti Indigène

10 raisons expliquant ce soulèvement populaire contre Jovenel Moise/ Photo: Stanley Junior Mésalier, Secrétaire général Parti Indigène

Ce texte a été soumis à la rédaction par Stanley Junior Mésalier

La légitimité d’un chef d’État dépend indubitablement de la voie des urnes et sa popularité dépend de son leadership et de la confiance qu’il peut insuffler. Jovenel Moise est un président légitime mais très impopulaire, avec ces 500 mille voix lors des dernières élections à son actif, il est surtout l’héritier du régime Tèt-kale de Michel Joseph Martelly chassé en fin de mandat du pouvoir et qui n’a pas pu organiser les élections présidentielles. Il a laissé derrière lui une vide politique ayant occasionné l’avènement du Sénateur Jocelème Privert à la présidence du pays. Mais ce dernier a quand même organisé les élections présidentielles et investit Jovenel Moise au pouvoir le 7 février 2017.

Le chef de l'Etat, dès son entrée au pouvoir engage le pays dans un ensemble de mesures mal calculé et irréfléchi, qui a conduit la population déjà méfiante à son égard à le dé-crédibiliser davantage. Dans ce texte, nous allons essayer de voir 10 raisons qui pourraient expliquer ce soulèvement populaire contre Jovenel Moise :

Raison 1. La caravane du changement

La caravane du changement est une mesure visant à répondre prestement aux problèmes les plus urgents de l’agriculture, si nous pouvons nous fier aux mots du président lui-même. Dans une note officielle du Palais National, nous pouvons lire: Le Président de la République, Son Excellence Monsieur Jovenel Moïse, accompagné du Premier Ministre, Dr Jack Guy Lafontant, du Président du Sénat de la République, l'Honorable Youri Latortue et de celui de la Chambre des Députés, l'honorable Cholzer Chancy, procèdent, ce lundi 1er Mai 2017, au lancement officiel de la Caravane du Changement dans la localité de Lagrange, 5ème section communale Bocozelle (Saint-Marc). Près de deux ans après, les problèmes demeurent, on entend plus parler de cette localité et nous ne savons pas non plus ce qu'il est advenu de ces travaux. La caravane du changement n’a pas apporté les résultats attendus dans les départements : de l’Artibonite, du sud, de l’Ouest pour ne citer que ceux-là. L’erreur encore c’est de concentrer une bonne partie des ressources de l’Etat dans ce projet et négliger le fonctionnement des autres institutions étatiques.

Raison 2. L’augmentation des taxes et impôts

Dans un article paru dans le quotidien Le nouvelliste,[1] une augmentation considérable de taxes est observée sur les services préliminaires. Pour illustration : les contraventions de police de la circulation routière des véhicules, les passeports, les cartes d’identification, l’impôt des petites et moyennes entreprises, etc. Pourtant, des manifestations se font retentir dans les usines de la sous-traitance pour la demande d’une augmentation raisonnable du salaire minimum, mais la réponse du gouvernement vis-à-vis des intéressés était catastrophique. Ainsi, la grogne commence à retentir spécialement au sein de la classe défavorisée, comme l’a si bien démontré le professeur Anthropo-sociologie Louis Dérynx Petit-Jean dans ses neufs raisons obligeant la démission du président.

Raison 3. L’augmentation des prix de l’essence à la pompe

Celui-ci peut être une histoire à raconter à nos enfants leur expliquant, qu’il était une fois lors d’un match de football opposant le Brésil et la Belgique, dans les périodes d’éliminations de quart-de-final de la coupe du monde 2018, le gouvernement haïtien a profité du manque d’attention du peuple, fan du football et supporteur du Brésil majoritairement, pour effectuer une augmentation des prix de l’essence à la pompe et du même coup re-fixer le prix du transport en commun. Mais le Brésil a perdu le match et le peuple surpris, s’est soulevé contre la décision, ce qui a occasionné des émeutes, casses, pillages et incendie... et une paralysie totale des activités commerciales et extrascolaires dans le pays pendant 3 jours. Les dates 6, 7, 8 juillet 2018 sont devenues historiques. La population ne savait peut-être même pas que le 8 juillet correspondait à la date d’entrée en vigueur de la première constitution haïtienne, celle de 1801, adoptée par le précurseur de la Patrie Toussaint Louverture.

Raison 4. La venue du mouvement PetroCaribeChallenge

En effet, le réalisateur Gilbert Mirambeau Junior a jeté l’ancre du mouvement PetroCaribeChallenge dans les médias sociaux en juillet 2018, en s’affichant les yeux bandés avec une pancarte à la main où est inscrit le message clé de l’année (kot kòb PetroCaribe a), action qui allait basculer le pays tout entier dans un mouvement social jamais observé depuis 1986. Quelques semaines plus tard, certains artistes musicaux de toutes tendances ont suivi le rythme, peu de temps après c’était le tour des étudiants, des écoliers et des chefs d’entreprises. Ce mouvement a finalement aboutit à un sit-in devant la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA) le vendredi 24 août 2018, où la présence des leaders politiques n’était pas la bienvenue. Plus tard, le mouvement a été tout de même accaparé par les partis politiques opposants le pouvoir, laissant croire que le procès PetroCaribe est irréalisable avec la présence du Président Jovenel Moise. Ce qui a engendré un grossissement du discours de certains des manifestants en réclamant le procès et du même coup le départ du chef de l’Etat.

Raison 5. La violence perpétrée lors des manifestations

Le dimanche 23 septembre 2018, un groupe de citoyens de toute catégorie d’âge, de sexe, de rang social s’est amassé à l’entrée principale de l’église Saint-Pierre de la rue Grégoire Pétion-ville pour demander compte sur les fonds PetroCaribe. Ils se font appeler ‘’PetroChallengers.’’ Dans la foule, des pancartes et des maillots sur lesquels on pouvait lire : ‘’Se pa Blag se tout bon, pou lajan PetroCaribe a nap mande’’. Au verso de certains maillots, est inscrit: ‘’ Pitit Tè a”.  Les protestataires chantaient tous ensemble cette mélodie : Saint-pierre oooo, nou pral fè yon wout oooo ann ale avè nou. 10hr30 AM, la manifestation est mise en route, direction Delmas. Arrivés à Delmas 31, nous avons reçu une visite inattendue de ‘’Garry Sound’’ un Sound truck ou véhicule sonore accompagné d’une foule de gens avec des maillots du Secteur démocratique, qui viennent grossir nos rangs pour le plaisir de notre groupe. Nous les avons accueillis avec des acclamations !

Puis, direction ruelle Nazon en passant Carrefour Aéroport. Une foule immense se défile sur le macadam, acclamé par des mots d’encouragements des passants qui campés sur le trottoir, nous saluant de la main. Arrivés à l'angle Pont-Morin et avenue Lamartinière, nous avions remarqué un escadron de police aligné sur la route menant à l’hôtel Marriott. Effectivement, certains manifestants non identifiés ont voulu à tout prix se diriger vers l’hôtel, en raison des dires de l’ex-président Michel Joseph Martelly: « lajan m te volè nan fon petrokaribe a se nan otèl Marriott ak Best western m te envesti’l. » Les policiers ont fait bonne garde, mais les manifestants n’ont pas voulu retourner sur leurs pas, certains ont commencé à lancer des pierres en direction des forces de l’ordre. Les policiers ont finalement réagi en lançant des gaz lacrymogènes. Pris de panique certains manifestants qui n’étaient pas au feu de l’action, ont cru à un boycottage de la part de la police nationale obéissant aux ordres de Jovenel Moise. Ils ont vite radicalisé le mouvement : barricade, pneus enflammés, l’avenue Jhon-brown lalue fut ce jour-là le théâtre d’affrontement manifestants et policiers, ces derniers ont utilisé de l’eau ‘’gratté’’ pour éteindre le feu des barricades.

Quelques semaines plus tard, le 17 octobre, le pont-rouge a été cette fois-ci le podium des affrontements manifestants et policiers, des officiels du gouvernement, des morts ont été enregistrés pendant cette journée. Un mois plus tard, soit le 18 novembre 2018, les manifestants ont essuyé des tirs venant des ‘’snipers’’ selon certain témoignage. Le pire dans tout ça, le directeur général de la police nationale lui-même a évoqué sur les ondes d’une station de radio de la capitale, qu’il y avait effectivement de faux policiers au sein de l’institution policière qui n’étaient pas sous son commandement. Toutes ces agitations installent chez le militant un sentiment de vengeance à l’égard des policiers. Cela pourrait expliquer pas sans raisons que certains policiers se font assassinés.

Raison 6. Le massacre de ‘’Lasalin’’ par des bandits armés soi-disant proches de la Première dame

Le 13 novembre 2018, il n’y a pas eu que des morts à La Saline. Il y a eu aussi des cas de disparition forcée, de pillage, de vol, viol et déplacés internes. Cette phrase citée du journal Le nouvelliste[2] indique une série d’horreur que subisse les habitants de ce quartier pauvre de Port-au-Prince. Plus de 80 cas de mort et autres extorsions enregistrés, les déplacés ne peuvent plus retourner dans leur maison et depuis ce jour ils vivent sur les places publiques dont celle dénommée ‘’place d’Italie.’’ Les rumeurs touchant le délégué départemental de l’Ouest l’impliquant dans ce massacre n’ont jamais été démenties.

Raison 7. La hausse du taux du dollar par rapport à la gourde et l'augmentation des prix des produits de premières nécessités

En effet, le mois de décembre 2018 fut un mois de ravitaillement pour certaines institutions ayant été perturbées par les turbulences de l’année 2018, à cause des mauvaises décisions politiques prises par les dirigeants. Nous pouvons comparer cette situation à un Etat qui a été en guerre, où les infrastructures et les structures sociales ont été détruites. Ainsi, nous avons constaté une augmentation radicale des prix des produits de première nécessité et par la même occasion une augmentation vertigineuse du taux du dollar américain par rapport à la monnaie nationale (soit plus de 80 Gourdes pour un 1 dollar). Sans oublier le taux d’inflation qui est au plus haut niveau, près de 16%. Les petites bourses n’arrivent plus à joindre les deux bouts dans ces conditions, et avoir de la nourriture chez soi est devenue un luxe pour les habitants de certains quartiers défavorisés de la capitale. Face à cette situation, la masse se retrouve coincée entre la misère et la mort. Un jeune garçon dénommé Junior, fut le premier à pousser un cri d’alarme sur les réseaux sociaux contre la misère qui l’étouffe. Il a appelé les dirigeants, Jovenel Moise en particulier, à prendre conscience et à faire quelque chose pour ses paires. Mais, le pouvoir reste quand même indifférent, le cri du jeune homme n’a pas fait effet à ce qu’il parait ? Cette attitude est perçue comme mettre de l’huile sur le feu de la colère du peuple, pensent certains observateurs.

Raison 8. Le vote contre le président Nicolas Maduro et la reconnaissance de Juan Guaido comme président par intérim du Venezuela

Le vote d’Haïti contre Nicolas Maduro le 10 janvier 2019 a soulevé la conscience populaire contre le pouvoir en place. Le président Jovenel Moise a salué la réélection de Nicholas Maduro en mai 2018, ensuite le 27 novembre, il a rendu une visite officielle à son homologue. lit-on dans un article en ligne : Le Président de la République, Son Excellence Monsieur Jovenel Moïse, accompagné du Ministre des Affaires étrangères, M. Antonio Rodrigue, a été accueilli ce lundi 27 Novembre 2017 à Caracas, au Venezuela, par son homologue Nicolas Maduro dans le cadre d’une visite officielle dans ce pays frère. Le Président Jovenel Moïse profitera de son séjour dans la capitale vénézuélienne pour parapher plusieurs accords de coopération dans les domaines de l’agriculture, des infrastructures routières et de l’énergie.[3] Une grande partie de la population haïtienne dont le mouvement politique ‘’Rasin kan pèp la, ‘’ dénonce cette attitude qu'il qualifie de « trahison contre un pays frère »[4]. Le 25 janvier 2019, Haïti a officiellement reconnu le président autoproclamé du Venezuela Juan Guaido. Action que l‘opposition politique haïtienne compte utiliser si le président Jovenel Moise ne quitte pas le pouvoir, ils proclameront un président parallèle, selon leur porte parole. La vraie question : ce vote a-t-elle été "la bonne décision" pour le pouvoir en place?

Raison 9. Le rapport de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif épingle Jovenel Moise

Le rapport PetroCaribe qui a été acheminé au sénat le 1er février 2019 par la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA) relève des infractions liées au blanchiment de capitaux et l’enrichissement illicite. En effet, le rapport épingle le président de la république qui n’était pas président à l’époque où li dirigeait l’entreprise qui a reçu des contrats sans appel d’offre. Ceci a confirmé les affirmations des partis politiques de l’opposition qu’il n’y aurait pas de procès PetroCaribe avec Jovenel Moise comme président de la République. Par la même occasion, les PetroChallengers ont modifié leur message en ‘’ba nou kob Petrocaribe a, nou pap dòmi’’ (rendons nous l’argent du PetroCaribe, on ne dort pas). Ce rapport est considéré comme la dernière goutte qui a renversé la vase.

Raison 10. La perte totale de confiance du peuple à l’égard du président Jovenel Moise

Le Président Jovenel Moise est devenu un ‘’Bluffer’’ si on peut utiliser les propos du chanteur BlayiOne (meringue carnavalesque 2019 ’’PREZIDAN PA PRIDAN’’). Depuis son parcours de candidat jusqu’à ces deux ans de mandat, il a proféré un ensemble de promesses qui ont laissé la population sur des inquiétudes. D’abord, il a promis de rehausser l’économie du pays par des investissements par le domaine de l’agriculture, d’où sa formule "Mete manje nan asyèt pèp la, mete lajan nan pòch pèp la), ce que la population dénonce, en constatant le contraire. Malgré les protestations, il n’a pas cessé de faire d’autres promesses, telle que: électrification totale du pays en entier dans 24 mois (kouran 24/24 nan 24 mwa), accès à l’internet gratuit pour les jeunes dans les espaces publiques (wifi sou chann-mas), l’exportation de bananes vers l’Allemagne avec la compagnie Agritrans, (la compagnie ne produit plus) pour ne citer que ceux-là. Ainsi, la population a perdu toute confiance en lui. Et, pour résultat, la grande majorité de la population le qualifie de menteur.

Durant le mois de février, pendant près de deux semaines, le pays a été en mode ‘’Lock’’: les supermarchés, les magasins, les transports, les écoles, les églises, enfin rien ne fonctionnait. A cause des manifestations violentes qui ont été organisées suite à l’appel à manifester le 7 février, de l’opposition politique et des PetroChallengers. Ultérieurement, ils ont organisé des conférences de presse sur le rapport de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administrative épinglant le président de la république Jovenel Moise. Par la suite, des manifestations se sont succédées, à Pot-au-Prince et dans d'autres endroits du pays. La grande majorité de la population a consenti de rester chez eux jusqu'à une éventuelle démission du président de la république, peut-être que c’était leur façon à eux de dire non au gouvernement et d’apporter leur soutien aux braves qui étaient dans les rues ?

L’affaire de la première Dame qui a séjourné en République Dominicaine sous un autre nom n’a pas fait long feu dans la presse haïtienne pendant que la presse Dominicaine, elle, intensifie les débats. Tout comme certains observateurs parlent d’un autre système politique, ils croient que ce système vielle de 213 ans est arrivé à son apogée et que les réponses sociaux économiques et politiques n’ont pas donné de résultats satisfaisants et que le fossé entre les classes s'agrandit davantage. La raison d’être de ce système politique, était de permettre aux pays d’être autonome, indépendant et fier, mais malheureusement cela nous a appauvrie davantage et nous place parmi les pays les plus pauvres de la planète.

Ce qu’on peut vraiment retenir de positif de cette agitation politique constante, est que la majorité de la population haïtienne est d’avis qu’il nous faut une autre classe politique, un changement radical du système et de venir avec du sang neuf dans la vie politique haïtienne. Comme le demande déjà des partis politiques, comme INDIGENE entre autres, qui encouragent le pouvoir aux jeunes, aux plus capables.

‘’Pour finir , on aimerait bien savoir dans quelle mesure la justice haïtienne de manière légale, a relâché ces (mercenaires) étrangers qui ont été appréhendés par la police haïtienne en flagrance pour détention d’armes illégales, roulant dans des véhicules sans plaques (ou multi-plaques), échappant aux contrôles douanières, sans aucune explication et sans être jugés ?’’

Nous remercions tous ceux qui ont donné d’une manière ou d’une autre leurs supports dans l'élaboration de cet article. Un remerciement spécial à  Valdy Stanley Belony, Pierre fils Saint-amour, Louis Derynx Petit jean.  

PS: Je vous encourage à faire un coup d’oeil sur le texte de Louis Derynx Petit-Jean pour plus de documentation.

Stanley Junior Mésalier

Secrétaire général Parti Indigène

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