Lundi 15 Juillet, 2019

"Bat Tanbou" pour promouvoir le patrimoine culturel immatériel d'Haiti

Tanbou Asòtò réalisé par Junior Racine Mapou de Azor d'après une idée d'Erol Josué/ Crédit: Association culturelle Bote Kreyòl Ayiti

Tanbou Asòtò réalisé par Junior Racine Mapou de Azor d'après une idée d'Erol Josué/ Crédit: Association culturelle Bote Kreyòl Ayiti

L’Association culturelle Bote Kreyòl organise, du 10 au 23 août à Port-au-Prince, son premier festival « Bat tanbou pou n’ danse libète » dans le cadre de la célébration de la Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de l’esclavage. Marie Murielle Morne, Présidente et Jeanne Elsa Chéry, Vice-Présidente, répondent aux questions de Loop Haïti. 

LH: Comment est venue l’idée d’organiser ce festival et pourquoi aviez-vous retenu le thème « Bat tanbou pou n’ danse libète » ?

Marie Murielle Morne: L'Association culturelle B-KA, Bote Kreyòl Ayiti se propose de promouvoir le patrimoine culturel immatériel haïtien et de participer au processus de patrimonialisation de nos héritages culturels. Pour cela, nous avions décidé au départ de parler du tambour comme sujet de campagne. Ç'aurait été l'occasion de voir le tambour dans son intégralité, sous ses différentes coutures et ses aspects multiples. On a dû changer la campagne pour initier le festival de la mémoire collective en gardant le thème puisqu'elle est de toute évidence un aspect prépondérante dans le cadre de notre patrimoine immatériel. Ce qui était au départ un thème de campagne est devenu le thème du festival de la mémoire collective en Haïti. Par ailleurs, la cérémonie du Bois Caïman et le soulèvement général des esclaves s'étalant sur pratiquement deux semaines, sont deux évènements majeurs dont il ne faut jamais oublier le rôle et l'importance dans la naissance de cette République.

Marie Murielle Morne : Que signifie pour ABK  la date fatidique du 23 août, qui marque la célébration de la Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de l’abolition de l’esclavage ?

Jeanne-Elsa Chéry : L'association BKA compte par cette première édition emboîter le pas à un ensemble de célébrations, de performances artistiques et de restitution des histoires de peuple qui se feront un peu partout dans le monde, notamment sous l'instigation de l'Unesco. Cet événement majeur englobe justement deux dates importantes, non seulement pour Haïti mais pour d'autres peuples afro-descendants, à savoir les 14 et 23 août. Il sera l’occasion de susciter des réflexions en profondeur sur ce pan important de notre histoire et de lutte contre le racisme.

LH. : Haïti est le premier pays et la première République noire ayant mené une bataille ardue contre la traite, l’exploitation et l’esclavage. Premier peuple libre politiquement, mais l’on constate que sa mémoire a été maintes fois piétinée même par ceux qui devraient la faire perdurer. Pire, rares sont les musées, les sites mémoriels sérieux et les centres d’archivages qui retracent ce pan sombre de notre histoire. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

Marie Murielle Morne : Nous croyons qu'il y a un déni de notre histoire, notre identité qui fait que tout ce qui devrait constituer notre fierté est un sujet de honte.  Quand on entend, par exemple,  des faiseurs d'opinion mettre à mal la cérémonie du Bois Caïman sous prétexte qu'il est diabolique et qu'on doit s'en délaisser,  on comprend l'urgence et la nécessité pour le gouvernement de prendre en charge l'éducation nationale et  sa mise en œuvre. Comprend-on seulement la nécessité de garder la mémoire par tous les moyens en Haïti quand on a honte de notre histoire et quand on n’est pas guéri d'avoir été esclaves pendant quatre siècles ? La construction et le maintien des musées supposent une fierté à afficher et à raconter qui l'on est au monde. Une qualité qui nous manque cruellement en Haiti.

LH: Outre le festival, quelles autres manifestations prévoyez-vous d’organiser pour au moins sensibiliser la jeunesse haïtienne sur l’importance de notre mémoire historique ?

Marie Murielle Morne : Nous avons certainement d'autres activités prévues à cet effet: des formations, d'autres ateliers et conférences en dehors du festival de la mémoire collective, mais le public sera au courant le moment venu.

LH : Parlez-nous du menu du festival et quels sites accueilleront les activités. 

Marie Murielle Morne : Pour cette édition, nous avons programmé 4 ateliers,  3 conférences, 1 causerie, 2 sorties,  et une activité de clôture pour discuter en long et en large autour du thème et de la mémoire collective en Haïti. Les rendez-vous se tiennent au Yanvalou, à Café des Copains, à IERAH-ISRESS et au BNE. En déplacement,  ce sera le Musée du Parc historique de la Canne-à-Sucre et le Musée Ogier Fombrun à Montrouis, sur le site de Moulins sur mer.

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