Dimanche 27 Septembre, 2020

Morales réélu en Bolivie: la contestation gagne la capitale

Des mineurs manifestent en soutien à Evo Morales, le 28 octobre 2019 à La Paz

Des mineurs manifestent en soutien à Evo Morales, le 28 octobre 2019 à La Paz

Huit jours après la réélection controversée d'Evo Morales, le mouvement de colère lancé par l'opposition bolivienne a gagné lundi la capitale, avec de nombreux blocages et des affrontements entre partisans et détracteurs du président.

Détonations résonnant entre les immeubles, barricades et circulation difficile: les opposants s'étaient donné rendez-vous à La Paz, répondant à l'appel de Carlos Mesa, rival libéral d'Evo Morales à l'élection présidentielle du 20 octobre.

Pour faire contre-pied, de nombreux travailleurs pro-Morales s'étaient également mobilisés, le président socialiste, réélu dès le premier tour pour un quatrième mandat, ayant exalté ses troupes dimanche à "défendre" le gouvernement et accusant l'opposition de préparer "un coup d'Etat".

Dès le matin, des riverains avaient monté des barricades pour entraver la circulation dans le sud de la capitale, à Achumani, sur l'une des artères principales, entraînant des échauffourées entre chauffeurs de bus des transports publics et manifestants de l'opposition, selon des médias boliviens.

Pro et anti se sont affrontés, portant souvent des casques, armés de bâtons, se lançant des pierres, selon les images des télévisions. La police répliquait par des jets de gaz lacrymogènes.

D'autres quartiers étaient bloqués par des palettes, parfois des gravats ou des meubles.

A l'entrée des stations du téléphérique, dont les dix lignes desservent différents quartiers de La Paz, d'immenses files d'attente se formaient, a constaté un journaliste de l'AFP.

Dans le centre, où siège la majorité des institutions et des administrations, les hôtels, entreprises et bâtiments avaient installé des grilles pour protéger leur devanture.

Des milliers de mineurs acquis à la cause du président y ont déferlé, faisant détoner de petits explosifs et provoquant des mouvements de foule, a constaté une journaliste de l'AFP.

Leur cortège, dans lequel on apercevait de nombreux drapeaux andins, le whipala, ainsi que des Boliviennes en jupes traditionnelles amérindiennes, coiffées du "bombin", sorte de chapeau melon, était sifflé par les employés d'entreprises qui sortaient de leurs bureaux et invectivaient depuis le trottoir les manifestants dans une ambiance tendue.

"Nous, nous venons de la campagne. Mais on veut qu'on respecte notre vote, qu'on respecte la démocratie, sans violence. Mesa cherche à nous diviser, à semer la discorde entre frères", déclare à l'AFP Guillermina Cuno Huanca, une agricultrice de 46 ans, venue de l'altiplano.

AFP / DANIEL WALKERMarche de Boliviens contre la réélection d'Evo Morales, à Santa Cruz le 27 octobre 2019

"Mesa, ordure ! Le peuple a la rage", clamaient les mineurs, parmi lesquels Marta Montero, une femme mineur de 54 ans, venue "manifester pour la démocratie et défendre son vote".

De l'autre côté de la rue, Sandra Orellana, une commerciale de 50 ans, déclare ne pas soutenir "cette démonstration organisée par le gouvernement". "Ils devraient respecter le vote, tout ça n'est qu'une fraude. Ces gens sont achetés, on les paye pour venir. Ici tout n'est que commerce. C'est honteux".

Les deux camps se sont retrouvés dans les rues de La Paz.

C'est d'ailleurs à La Paz qu'Evo Morales avait prévu de célébrer lundi sa victoire, mais le lieu a changé pour la ville voisine de El Alto.

- Confrontation -

AFP / DANIEL WALKERMarche de Boliviens contre la réélection d'Evo Morales, à Santa Cruz le 27 octobre 2019

Le maire de La Paz, l'opposant Luis Revilla, a affirmé lundi devant la presse qu'il "s'agit d'un blocage pacifique" et accusé les partisans d'Evo Morales de provoquer "la confrontation ou la violence, en installant des groupes venus pour en découdre en divers endroits du pays".

"Le gouvernement est entièrement responsable des actions violentes, lui qui a formé des militants aux confrontations, à la violence, pour obtenir des résultats que personne ne souhaite en ce moment", a écrit Carlos Mesa lundi sur sa page Facebook.

Ailleurs dans le pays, les manifestations se poursuivaient, à Santa Cruz, la capitale économique et bastion de l'opposition, et Potosi (sud-ouest), deux villes où la grève paralysait l'activité économique, ou encore à Cochabamba, dans le centre du pays.

Evo Morales, 60 ans, au pouvoir depuis 2006, a été réélu le 20 octobre avec plus de dix points d'avance sur Carlos Mesa, 66 ans, lui permettant de s'imposer au premier tour lors d'un scrutin controversé qui a suscité la colère de l'opposition et des doutes de la communauté internationale.

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