Samedi 16 Novembre, 2019

Moment de vérité pour l'accord de Brexit de Theresa May

La Première ministre britannique Theresa May, le 11 mars 2019 à Strasbourg

La Première ministre britannique Theresa May, le 11 mars 2019 à Strasbourg

C'est le moment de vérité au Royaume-Uni: à 17 jours de la date fixée pour le Brexit, les députés britanniques se prononcent mardi sur l'accord de divorce avec l'Union européenne, Theresa May espérant les convaincre avec des garanties décrochées à la dernière minute.

La Première ministre a annoncé lundi soir avoir obtenu des "changements légalement contraignants" à l'accord, à l'issue d'une rencontre à Strasbourg avec le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker.

Ces changements, réclamés par les députés, concernent le "filet de sécurité" (ou backstop) irlandais, un dispositif de dernier recours qui vise à éviter le retour d'une frontière physique entre les deux Irlande afin de préserver les accords de paix de 1998 et l'intégrité du marché unique européen.

Les "Brexiters" n'en veulent pas, craignant de rester indéfiniment "piégés" dans une union avec l'UE, car il implique un alignement étroit de tout le Royaume-Uni sur les règles commerciales européennes en attendant la conclusion d'une meilleure solution.

Parmi les garanties obtenues, "un instrument conjoint avec un poids juridique comparable à l'accord de retrait (sur le Brexit, ndlr) va garantir que l'Union européenne ne puisse pas agir avec l'intention de mettre en oeuvre le filet de sécurité indéfiniment", a déclaré Theresa May.

- "pas d'alternative" -

Mais ces assurances de dernière minute suffiront-elles à convaincre les eurosceptiques de son parti conservateur et du petit parti unioniste DUP, son allié au Parlement, qui avaient rejeté l'accord il y a deux mois?

La Première ministre les a suppliés de se "rassembler", de "soutenir l'accord de Brexit amélioré et de concrétiser le vote des Britanniques" en faveur d'une sortie de l'Union européenne.

Le Premier ministre irlandais Leo Varadkar a qualifié de "positif" le résultat de la réunion de lundi soir entre Theresa May et Jean-Claude Juncker, espérant que l'accord sera voté mardi.

De son côté, M. Juncker a prévenu: "C'est cet accord ou le Brexit pourrait ne pas avoir lieu du tout". "Il n'y a pas d'alternative", a insisté le Premier ministre néerlandais Mark Rutte sur Twitter.

AFP / Tolga AKMENLe leader du Labour, Jeremy Corbyn, quitte sa maison dans le nord de Londres le 11 mars 2019

Mais Jeremy Corbyn, le chef du Labour, premier parti d'opposition britannique, a appelé les élus à voter contre le texte, estimant qu'il "ne contient rien qui ressemble aux changements promis au parlement par Theresa May".

Des documents détaillant les "changements" annoncés ont été soumis lundi soir aux députés britanniques. Les regards sont maintenant tournés vers les eurosceptiques et vers le DUP, le petit parti unioniste nord-irlandais, fermement opposé au filet de sécurité.

"Nous allons examiner le texte ligne par ligne et nous faire notre propre opinion", s'est contenté de tweeter un porte-parole du DUP, dont les 10 députés sont indispensables à Theresa May pour avoir une majorité absolue au Parlement.

- Verdict mardi soir -

Le verdict de l'attorney général Geoffrey Cox, chargé de conseiller juridiquement le gouvernement britannique, est aussi attendu avec impatience, en milieu de journée.

Keir Starmer, chargé du Brexit au sein du Labour, a déclaré sur Twitter qu'il "serait surpris" que les changements apportés suffisent à modifier l'avis juridique de M. Cox, qui avait pointé en décembre le risque que le Royaume-Uni reste "indéfiniment" prisonnier du backstop.

L'eurosceptique Michael Gove, ministre de l'Environnement, a souligné sur la BBC mardi que les garanties obtenues par Mme May "réduisent les risques que le Royaume-Uni reste indéfiniment dans le backstop, elles ne les suppriment pas".

Theresa May ouvrira les débats au Parlement en début d'après-midi, le vote des députés sur d'éventuels amendements, puis sur le texte, étant attendu dans la soirée.

Si l'accord est rejeté, les députés voteront mercredi sur la possibilité de sortir de l'UE sans accord, un scénario redouté par les milieux économiques.

AFP / Sophie RAMISLe Parlement britannique

Si cette option est exclue, le Parlement votera à nouveau jeudi, cette fois sur une proposition de report "limité" du Brexit.

Les 27 devront toutefois donner leur accord à l'unanimité et les dirigeants européens ont prévenu que toute demande en ce sens devrait être dûment justifiée.

Cette semaine parlementaire chaotique illustre les divisions qui déchirent les partis politiques britanniques, et jusqu'au gouvernement de Mme May, à l'image d'une société fracturée depuis le référendum de juin 2016 qui a décidé de mettre fin à 46 ans d'un mariage houleux avec l'UE.

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