Dimanche 18 Août, 2019

« Michaëlle A Gédéon a vécu sa mort, notre système de santé l’a tuée »

L'ancien ministre de la Santé, Michaëlle Amédée Gédéon

L'ancien ministre de la Santé, Michaëlle Amédée Gédéon

Témoignage accablant du Dr Garnel Michel, contacté par la rédaction ce jeudi matin, autour du triste décès de Michaëlle Amédée Gédéon, ancienne ministre de santé et de la population en Haiti, victime d’un grave accident de la circulation sur la route nationale #2.

Dr Gédéon revenait de Pestel, au niveau de la Grand-Anse; l’accident a eu lieu mardi aux environs de 1h à Camp-Perrin, une ville des Cayes. La voiture de l’ex-ministre de la santé est entrée en collision avec une autre, explique Garnel Michel.

L’autre chauffeur n’a pas survécu et est mort sur le champ, a-t-il précisé. Cette collision a causé plusieurs blessés dont madame Gédéon qui a été transportée d’urgence à l’hôpital Ofatma des Cayes où elle devrait prendre les soins médicaux que son cas nécessitait.

« Michaëlle Gédéon est jusqu’ici bien vivante, consciente et lucide », et n’avait pas de graves blessures visibles selon les premières analyses, poursuit-il.

Les premiers diagnostics, selon ses précisions, révèlent par la suite qu’elle aurait « une rupture d’organes internes où son foie, sa rate ainsi que son colon aient été attaqués. Et le personnel médical a enregistré une perte importante de sang. Sa tension artérielle a chuté (6/9) et elle est tombée dans un état de choc hémorragique où la circulation sanguine est altérée. Ses signes vitaux se sont affaiblis ». Elle devrait subir une opération en urgence, remplacer d’abord tout le sang qu’elle a perdu, ce qui manquait aux salles d’opération des Cayes, pour ensuite entamer d’autres suites médicales, soutient-il.

Outre le fait que l’Ofatma, réputé plus grand hôpital des Cayes, ne pouvait pas répondre convenablement aux besoins médicaux de l’ancienne ministre, Dr. Garnel Michel indique qu’aucune structure hospitalière dans le Sud et sur toute la route nationale ne pouvait la prendre en charge. D’Aquin à Miragoâne, de Léogâne à Carrefour, en passant par Gressier, aucun hôpital ne pouvait assister l’ancienne Présidente de la Croix-Rouge haïtienne. Elle fut obligée de se rendre à Bernard Mevs par voie terrestre [Ayiti Ambulance a mis du temps à intervenir, NDLR], parcourant des kilomètres de route avant d’arriver là, 9 heures plus tard.

Son cas a dégénéré, déclaré le docteur Michel, elle est morte quelques heures après. « Une personne morte plusieurs heures après un terrible accident comme celui-ci a donné au système la chance de lui apporter une réponse convenable », avoue-t-il avant d’affirmer tristement: « Michaëlle Amédée Gédéon a vécu sa mort et avant de rendre l’âme, elle a eu la chance de tester ce système de santé haïtien qui l’a tuée ».

La mort tragique de l’ex-ministre suite à ce grave accident de la circulation prouve une fois de plus qu’on est tous (officiels ou ex-officiels de l’État, bourgeois, société civile) logés à la même enseigne. Que ces incidents malheureux n’épargnent personne ici. Les mauvaises conditions, les crises aigües et répétées de nos hôpitaux publics et l’état de notre système de santé devraient interpeller l’État, les secteurs concernés, la société en général.

24 juillet de l’an dernier, Jovenel Moïse a procédé, au Palais National en présence, entre autres personnalités politiques, de son Premier ministre démissionnaire Jack Guy Lafontant, à l’installation des membres d’une Commission nationale de réforme du système de santé et des soins hospitaliers. Cette commission avait pour mandat d’étudier et de recommander toutes mesures susceptibles de faciliter la réforme de la santé et des services hospitaliers dans le pays dans la perspective de l’amélioration du bien-être physique et mental de la population haïtienne. La commission présidentielle avait formulé tout un ensemble de propositions et de solutions à cet effet. On attend encore une réelle implication de l'Etat central en vue d'une nette amélioration de la situation sanitaire du pays.

Mais en attendant, ce qui est sûr, c’est que Michel Ange Gédéon, DG  de la PNH convoqué au sénat haïtien il y a quelques jours, avait promis que l’institution qu’il dirige prendra des mesures et des dispositions strictes en vue d’assurer la sécurité routière et de réduire les risques d’accident enregistrés sur les routes nationales et les voies publiques. Quel officiel ou ex-fonctionnaire de l’État sera la prochaine victime avant que l'Etat haitien prenne enfin ses responsabilités ?

 

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