Dimanche 5 Juillet, 2020

Menaces de mort contre une défenseure haïtienne des droits des femmes

Menace de mort contre une défenseure haïtienne des droits des femmes. Photo: ruminatrix/FlickR

Menace de mort contre une défenseure haïtienne des droits des femmes. Photo: ruminatrix/FlickR

L’organisation Amnesty International appelle à des « Actions Urgentes » en support à Sanièce Petitphat, une défenseure haïtienne des droits des femmes et des filles qui déclare avoir reçu des menaces de mort en raison de son travail en faveur de victimes de violences conjugales et sexuelles dans la communauté de Canaan, en Haïti.

Craignant pour sa vie et pour celle de ses proches, Petitphat est contrainte de rester enfermée pendant la journée et changer de logement la nuit, selon un rapport en date du 13 décembre 2017, disponible dans la section Amérique du site web d’Amnesty International.

« Demandez aux autorités de fournir une protection immédiate à Sanièce Petitphat et aux autres membres du Mouvement des Femmes Haïtienne en Action - MOFALAK » et à mettre en place d’autres moyens de sécurité à Canaan, banlieue de Port-au-Prince, notamment pour les plus menacés, dont les femmes et les filles », recommande Amnesty International aux intéressés par l’appel.

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L’affaire remonte à juillet 2016 quand Petiphat et ses deux filles ont été les cibles d’intimidations et de menaces de mort de la part d’un voisin.

Accusé de violences conjugales contre sa femme, ce voisin craignait que MOLEFAK, une organisation de promotion et de défense des droits des femmes et des filles, dirigée par Petit Phat, ne tire la sonnette d’alarme.

En octobre 2017, l’homme a été arrêté pour avoir attaqué à l’arme blanche et envoyé à l’hôpital un cousin de la coordonnatrice de MOLEFAK qui vit avec elle. L’agresseur a été libéré le même mois et ne jure que par le départ du quartier, de Petitphat et sa famille…

Dans son appel « Action urgente » lancé en faveur de la militante, Amnesty International invite les intéressés à amener les autorités haïtiennes à reconnaitre publiquement le travail des défenseur(e)s des droits humains et leur rappeler que ces derniers ont le droit de mener leurs activités sans avoir à subir de restrictions ou à craindre des représailles, conformément à la déclaration de l’ONU de 1998 sur les défenseurs des droits humains.

En outre, l'institution conseille aux intéressés d’inclure dans leur message devant être adressé au Ministre de la Justice et de la sécurité publique, au directeur de la police nationale d’Haiti et à la première Dame de la République, la sollicitation d’enquêtes « exhaustives et impartiales » sur les accusations de violences qui pèsent sur l’agresseur de Raymond Charité (cousin de Petitphat), sur les menaces de mort dont Petitphat et sa famille font l’objet et d’exiger que les résultats soient rendus publics et les coupables traduits en justice.

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Selon Médecins Sans Frontières (MSF), 77% des victimes de violences sexuelles liées au genre traitées entre 2015 et 2017 dans leur hopital à Port-au-Prince, sont des femmes et des filles de moins de 25 ans. Et plus de 53% d’entre elles avaient moins de 18 ans.

Cet état de fait, pourtant extrêmement inquiétant, est insuffisamment signalé en Haiti, fait remarquer le rapport d’Amnesty. L’impunité n’est pas innocente. Ancrée dans le système pénal haïtien, elle fait de plus en plus peur aux victimes et les force au silence.

D’où l’importance du travail des organisations de promotion et défense des droits humains, comme MOLEFAK qui soutient des femmes et les filles victimes de violences de plusieurs formes, notamment « physiques, psychologiques, verbales, économiques » et anime des projets de sensibilisation aux droits des femmes et des filles en Haiti.

Or le travail de ces organisations et acteurs dans le pays, devient de plus en plus difficile. Amnesty International dit avoir enregistré, ces dernières années, plusieurs cas d’agressions, de harcèlement, d’intimidation, de menaces contre des défenseurs de droits humains, y compris d’avocats en Haiti.

Pire, dans la plupart des cas, il n’y aucune enquête approfondie de la part des autorités, ni aucune mesure de protection adéquate n’est adoptée, ce, malgré les injonctions de la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH).

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Ce n’est pas la première fois que l’Amnesty International appelle à l’« action urgente » pour des militants haïtiens de droits humains. Et ce n’est pas la première fois non plus que Sanièce Petitphat figure sur la liste des personnes menacées de mort et nécessitant protection de la part des autorités.

En 2007, Dérilus Mérilus et Sanièce Petitphat faisaient l’objet de menaces de mort après avoir aidé, entant que membres du Comité des droits humains de Savanette, une victime de viol dans sa quête de justice, près de la frontière dominicaine.

Amnesty International est un mouvement mondial. Il regroupe plus de 7 millions de personnes qui prennent à cœur le combat contre l'injustice. Ils font campagne pour les droits humains et contre la violence de ces derniers.

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