Malou Beauvoir, retour à ses sources haïtiennes

Il faut des oreilles pour écouter ce bruit de jazz lumineux, sobre et saupoudré de paillettes africaines.

Il faut des oreilles pour goûter à la beauté d’une nappe sonore versatile, qui baignait, jadis, dans la pop mais qui, aujourd’hui, explore toutes les possibilités de sa tessiture. Sur le site YouTube, j’ai déniché ce grain de voix envoutante dans une version arrangée de Papa Dambalah, dieu du panthéon vodou,  hymne où Malou souffle  l’esprit de l’intelligence. On connait bien la version de la célèbre Toto Bissainthe, icône du chant sacré.

Malou Beauvoir veut suivre les traces de Martha Jean Claude, comme Toto, veut revenir à ses racines, mais voyage en concert avec Cyndi Lauper, Aretha Franklin, tire de l’oubli « You don’t know but love is », confirme avec « Is this love », disque sorti en janvier 2016, ses qualités de compositrices. Le titre éponyme est une ballade : poreuse, enveloppante, douce, coulante, lente.  Malou Beauvoir, née aux États-Unis de parents haïtiens, élevée à New-York, a fait ses premiers pas dans le jazz : de sa rencontre heureuse avec le pianiste Jean chaudron naîtra son premier opus « An Evening at the swan », sorti en 2011 sous le label Transmundia. Certes, elle évolue dans le jazz mais confie avoir été « beaucoup plus entourée par la musique haïtienne ».

Quelques temps plus tard, elle revient à ses sources haïtiennes. Celle qui défonce les barrières entre la soul, le funk ou le hip hop place sa musique sous le signe du métissage, saupoudre son jazz de paillettes africaines, baigne sa sonorité de lumières folkloriques, l’épice d’ingrédients créoles. D’ailleurs, son prochain disque sur lequel il invite James, veut croiser soul, jazz et musique haïtienne.

Pour elle, le jazz est voyage, la musique, métissage. Elle confie à Katia Touré de Jazz Magazine: « Le jazz, la soul et la musique vaudou haïtienne symbolisent mon métissage, celui entre Haïti et les États-Unis. Pour moi, le jazz est un voyage, une exploration ». Pour la seconde édition de Jazz Magazine Festival (succès récolté par les organisateurs), Malou Beauvoir était sur scène avec James Germain. « […], sous la frappe et les friselis tout en noblesse du percussionniste Bago Balthazar, c’est le tandem tendu comme une amarre entre le contrebassiste Carel Cleril et Camilia Ben Naceur (connue des fans de Billy Cobham) qui donna de la cohérence à ce récital tout en dispersion. La pianiste réussit la performance de le faire, sans tirer la couverture à elle, constamment au service de la musique, mais tout en offrant, tant dans l’accompagnement que dans les solos, un piano généreux, hors d’haleine, aux décalages rythmiques et harmoniques jubilatoires qui contribuèrent au beau succès public de cette deuxième partie », rapporte Franck Bergerot qui a salué ce tandem.

Avec James Germain, Malou Beauvoir sera, samedi 8 mars sur la scène Barbancourt de  l’Université Quisqueya, pour la onzième édition du Festival International de Jazz de Port-au-Prince qui se tient du 4 au 11 mars dans la capitale haïtienne. 

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