Mercredi 5 Août, 2020

Mais qui était Nemours Jean-Baptiste, l’inventeur du compas direct ?

Hier mercredi 26 juillet ramenait les 62 ans du compas direct, musique de danse populaire haïtienne et rappelait l’invention de ce rythme par le saxophoniste Nemours Jean-Baptiste, fondateur du groupe Ensemble Aux Calebasses en 1955. Retour sur le parcours d’une légende à qui la postérité doit une grande dette.

Nemours Jean-Baptiste fonde, à Port-au-Prince, l’orchestre « Aux Calebasses » qui changera quelques temps plus tard de structure, de format orchestra pour aboutir à sa proposition du rythme compas direct, musique de danse urbaine. Il ne faut pas oublier, que d'autres musiciens de la scène s'étaient aussi établis en province, principalement au Cap-Haïtien. L'influence était latine. C'était le style Tipico Cibaeño et Isa El Saieh.

L'ensemble Aux Calebasses (big band avec un nombre assez important de musiciens), dirigé par le maestro Nemours, gagne la scène, marque le début du compas direct. On compte à ses côtés des musiciens importants: Ti Charles, Richard Duroseau (15 ans), Raymond Gaspard, Wébert Sicot, saxophoniste.

Structure de l'orchestre: ligne vent assez imposant gratifiant l'harmonie, percussions et congas (invention Nemours) et basse. L’histoire retient « Ti carole », musique en mineur, comme le succès de Nemours.  Né à Port-au-Prince le 2 février 1914, Nemours Jean-Baptiste a vécu une enfance plutôt difficile. Il fera seulement les trois premières classes primaires à l'école Jean-Marie Guilloux surnommée alors le Théâtre. Musicien, il a débuté dans la musique comme guitariste au Trio d'Anilus Cadet qui animait souvent des émissions à la Radio HH2S. Ce fut le maestro de l'orchestre Panorama des Cayes, Destinoble Barrateau qui l'initia au saxophone lors d'un séjour aux Cayes où Nemours, avec son banjo pour tout bagage, était allé en quête du pain quotidien.

Plus tard, il sera à l'école de Sicot qui lui apprendra la maîtrise du saxophone. En 1958, trois ans après avoir donné naissance au compas, il rebaptise son groupe L'Ensemble Aux Calebasses qui devient Ensemble Compas Direct, qui lui-même ne tarde pas à devenir Ensemble Nemours Jean-Baptiste. Le nouvel Ensemble s'implante solidement et engage la polémique avec le Jazz des Jeunes. En 1961, « La coqueluche de Port-au-Prince », comme l'a surnommé le public port-au-princien, anime des soirées au Palladium d'Haïti. Et c'est au cours de cette année que prend naissance à Port-au-Prince un nouveau groupe musical: « L'Ensemble Weber Sicot », cadence rampas, après avoir quitté l'ensemble de Nemours avec lequel il a élaboré le rythme aujourd'hui sexagénaire.

En 1962, la participation remarquée de cadence rampas aux festivités carnavalesques fait grandir sa popularité et insuffle un sang neuf au carnaval haïtien. A tel point que l'année suivante, l'Ensemble Nemours Jean-Baptiste décide de lui emboîter le pas. Commence alors une longue période de polémique entre les deux groupes qui atteint son point culminant en 1964 avec le match musical et de football entre les deux formations qui s'est déroulé le 8 avril sous la direction de Raoul Guillaume et s'achève, tandis que souffle très fort le vent des mini-jazz, par la disparition des deux super ensembles (départ pour les États-Unis) de la scène: Sicot (1968), Nemours (1969).

On connaît la suite. Nemours Jean-Baptiste qui s'est éteint dans sa 71e année est le père créateur d'un rythme aujourd'hui international. Joué en Haïti, aux États-Unis, aux Antilles, il est admis dans l'Hexagone aux Champs-Elysées. C'est peut-être la suprême consécration pour le compas. Les générations de plus de 55 ans se souviendront longtemps encore de la musique entraînante de l'Ensemble Nemours Jean-Baptiste, de ses savoureuses compositions surtout trop nombreuses pour être citées ici. Ils se souviendront: que ce soit dans les cocktails dansant à Kenscoff, à Radio Port-au-Prince, à Mahotière au Club Camaraderie, au Casino International, à Cabane Créole ou au Palmiste Night club; que ce soit dans les ciné-festivals du Rex, de Lido, de Magic Ciné, de Rivoli, de Cabanon; que ce fut dans les soirées dansantes Aux Calebasses Night Club, au Paladium d'Haïti, à Cabane Choucoune: que ce soit sur les ondes où étaient diffusées les émissions: 63 rue des Casernes, Eddy Publicité, Tessier Publicité: que ce soit enfin dans l'ambiance survoltée rouge et blanc, en pleine rue, des carnavals des années 60. Le maestro Nemours Jean Baptiste est mort dans la tristesse et le chagrin, retiendra-t-on.

Devenu aveugle, il a vécu les dernières années de son existence dans le noir. Il décédera le 18 mai 1985, jour de l'inhumation à New York du chanteur lead de DP Express Antoine Rossini Jean Baptiste (Ti Manno), autre figure de légende décédée le 13 mai dans un Hôpital à New York. En léguant le compas direct, Nemours traça un chemin qui l'a amené dans la légende de la musique nationale par la grande porte. A l'instar d'un Occide Jeanty, le père de l'écriture orchestrale haïtienne, il a été à la source de l'authenticité, de l'originalité et de la renaissance des rythmes locaux. Parmi tous ces géants qui ont montré la voie, Nemours fut l'un des plus déterminants. Pour avoir inventé le style et une identification musicale ambiante du terroir, il demeure un innovateur hors pair, l'architecte du rythme le plus populaire d'Haïti.


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