Dimanche 27 May, 2018

Maduro, l'air tranquille au milieu du chaos vénézuélien

 Sur les vidéos qu'il diffuse sur internet, Nicolas Maduro roule au volant de son 4x4 comme il conduit le Venezuela au milieu du chaos: l'air tranquille, la blague facile et l'oeil malicieux.

Sous son air bonhomme et son imposante moustache brune, cet ancien chauffeur d'autobus de 55 ans, moqué et critiqué à ses débuts, tient fermement depuis 2013 le rênes de ce qui fut un riche pays pétrolier.

"Il a été sous-estimé. Certains ont écrit sa nécrologie politique depuis qu'il est devenu président", juge Michael Shifter, président du groupe de réflexion Dialogue interaméricain, à Washington.

Manifestations, quasi-faillite, impopularité: pourtant, rien ne semble faire vaciller le pouvoir de cet homme d'1 mètre 95 qui ne bénéficie pas du charisme et de l'éloquence de son mentor Hugo Chavez.

C'est "un grand équilibriste qui a réussi à maintenir la répartition du pouvoir" au sein du chavisme, gagnant "en autorité pour imposer sa candidature", juge l'analyste Félix Seijas, directeur de l'institut d'opinion Delphos, qui estime qu'il possède une certaine audace politique.

Officiellement investi vendredi par le PSUV, le parti au pouvoir, pour une élection où la voie lui semble dégagée, il devrait rester au pouvoir, en cas de victoire, jusqu'en 2025.

"Nico ! Un petit café ?". Quand il ne sillonne pas Caracas, il apparaît sur sa chaîne YouTube, une tasse à la main, apportée par son épouse Cilia Flores au petit matin, pour appeler les Vénézuéliens à voter aux municipales du 10 décembre.

"Son autorité vient de Chavez. (Mais) à présent, nous avons un Maduro différent, qui se sait plus fort et est plus agressif", confie à l'AFP Félix Seijas.

Apparitions quotidiennes, discours fleuves et rhétorique anti-impérialiste, il colle à l'image de son modèle, qui gouverna le Venezuela de 1999 à 2013.

"Tu as abusé de son nom et de son image, tu essayes de lui ressembler, (mais) tu ne peux pas", lui a lancé Rafael Ramirez, un proche de Chavez qu'il a écarté en décembre du poste d'ambassadeur à l'ONU à New York pour corruption présumée et est considéré par certains proches du pouvoir comme un possible rival. Ce dernier est depuis en fuite.

Mais Maduro construit aussi son image. Il se qualifie lui-même de "président ouvrier", conduit son 4x4, se moque de son accent en anglais, danse la salsa et le reggaeton, et est omniprésent sur les réseaux sociaux.

"Il a un style simple. Il ne perd par son sens de l'humour même si le pays est en train de sombrer. C'est un bon orateur, mais ce n'est pas Chavez", raconte à l'AFP un dirigeant du secteur privé qui l'a connu lorsqu'il était chef de la diplomatie.

"Maduro ce n'est pas Chavez", abondent certains chavistes qui estiment que le projet du leader socialiste s'effondre entre les mains de Nicolas Maduro.

Ministre des Affaires étrangères de son mentor, Nicolas Maduro a été nommé vice-président par Hugo Chavez dans la foulée de sa victoire à la présidentielle du 7 octobre 2012. Il était devenu président par intérim à la disparition du titulaire.

Auparavant, cet ancien dirigeant du syndicat du métro de Caracas avait brièvement été président de l'Assemblée nationale (2005-2006). En 1998, il avait décroché son premier mandat de député, sous la bannière du Mouvement 5e République, fondé par Hugo Chavez, arrivé au pouvoir la même année.

Les destins des deux hommes s'étaient déjà croisés au sein du Mouvement révolutionnaire bolivarien 200 (MBR-200), également créé par Hugo Chavez, à la tête duquel il avait mené son coup d'Etat manqué contre le président Carlos Andres Perez en 1992.

Elevé dans le quartier de la classe moyenne de Los Chaguaramos, à Caracas, où il a milité dès le lycée, Nicolas Maduro, guitariste dans un groupe de rock dans son adolescence, a également suivi une année de sciences politiques à Cuba.

Il est marié à Cilia Flores, autre figure du chavisme, ancienne procureure générale de la République. Il a un fils, "Nicolasito", d'une précédente liaison.