Lundi 23 Juillet, 2018

Macron, une nouvelle séance d'explication marquée par la Syrie

Emmanuel Macron va pouvoir dans la soirée répondre aux premières critiques sur cette intervention, qui n'a pas provoqué d'union sacrée.

Emmanuel Macron va pouvoir dans la soirée répondre aux premières critiques sur cette intervention, qui n'a pas provoqué d'union sacrée.

La Syrie a bouleversé le menu : Emmanuel Macron va pouvoir expliquer sa décision d'intervenir aux côtés de Washington et Londres, dimanche soir lors d'une nouvelle séquence médiatique sur BFMTV et Mediapart, près d'un an après son élection.

Ces deux heures d'interview fleuve, à partir de 20H35 sur BFMTV, la radio RMC et le site Mediapart, ont été programmées avant la décision de lancer des frappes, dans la nuit de vendredi à samedi, contre le régime de Bachar al-Assad.

C'est donc en chef de guerre que va s'exprimer le président, qui a mené sa première opération militaire d'envergure, considérant qu'une "ligne rouge" a été franchie avec l'attaque à l'arme chimique le 7 avril à Douma, imputée au régime syrien.

Les raids menés avec les États-Unis et le Royaume-Uni ont visé trois sites liés au programme d'armement chimique syrien près de Damas et dans le centre du pays. Ils ont ouvert un nouvel épisode de tensions avec la Russie, où Emmanuel Macron doit toujours se rendre fin mai.

À ce stade, aucune autre opération militaire occidentale n'est prévue, mais les États-Unis se sont dits "prêts à dégainer" à nouveau en cas de nouvelle attaque chimique. Le président russe Vladimir Poutine et son homologue iranien Hassan Rohani ont jugé dimanche que les frappes "endommageai(en)t sérieusement les perspectives d'un règlement politique en Syrie". M. Poutine a averti qu'une nouvelle opération militaire occidentale provoquerait "le chaos" dans les relations internationales.

Le Conseil de sécurité de l'ONU doit "maintenant reprendre, dans l'unité, l'initiative", avait estimé samedi le président français.

Emmanuel Macron va pouvoir dans la soirée répondre aux premières critiques sur cette intervention, qui n'a pas provoqué d'union sacrée.

Le président du parti Les Républicains (LR) Laurent Wauquiez a ainsi affirmé dans le Journal du Dimanche ne pas croire "à l'utilité de frappes punitives", jugeant que "la priorité" d'Emmanuel Macron "doit être de lutter contre les islamistes".

La présidente du FN Marine Le Pen a estimé que la France avait perdu "une occasion d'apparaître sur la scène internationale comme une puissance indépendante".

Pourfendant également un "alignement" sur les États-Unis, le dirigeant de La France Insoumise Jean-Luc Mélenchon a appelé à "rétropédaler" après des frappes "irresponsables".

LREM, le PS et l'UDI ont, en revanche, apporté leur soutien à l'opération. Manuel Valls, ex-Premier ministre, s'est dit "indigné" par l'opposition de M. Mélenchon et d'une partie de la droite à cette opération.

Un débat sans vote devant les assemblées se tiendra lundi à partir de 17H00, comme le prévoit la Constitution.

Les autres sujets d'actualité vont naturellement passer au second plan, en particulier les mouvements sociaux, qui ont entraîné un décrochage de l'exécutif dans les sondages.

Jusqu'à présent avare d'apparitions dans les médias, Emmanuel Macron mène une offensive médiatique pour marquer le premier anniversaire de son arrivée, selon la présidence.

Après le JT de TF1 jeudi midi, en forme de reconquête de la France populaire, il s'agit dimanche soir de s'adresser plutôt aux actifs et urbains, face aux offensifs Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel.

Le cadre prévu, le Théâtre national de Chaillot à Paris, tranche avec la salle d'école de jeudi à Berd'huis, petit village de l'Orne, d'où Emmanuel Macron a rejeté l'étiquette de "président des riches" que lui accolent ses opposants de droite comme de gauche.

Après la hausse de la CSG ou la limitation de la vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires, sujets sur lesquels Emmanuel Macron a affirmé entendre "les inquiétudes", d'autres thèmes pourraient être abordés, comme "la conception de la République, la politique économique", d'après des "marcheurs".

Ou encore le controversé projet de loi sur l'immigration et l'asile, débattu à partir de lundi à l'Assemblée et qui suscite des réticences jusque dans les rangs LREM. La situation à Notre-Dame-des-Landes, marquée par des heurts continus entre zadistes et forces de l'ordre, devrait être aussi abordée.

Le locataire de l'Elysée a déjà prévenu jeudi qu'il ne cèderait rien sur le fond des réformes engagées, notamment de la SNCF, qui ira "jusqu'au bout".

"Le fait qu'il vienne deux fois dans la même semaine, dans des médias à des horaires différents pour avoir une cible la plus large possible, c'est une opération de communication et de justification de sa politique, parce qu'il sent bien qu'il n'y a pas d'adhésion des citoyens autour de sa politique sociale", estime Philippe Martinez, dirigeant de la CGT.