Dimanche 22 Juillet, 2018

Macron annonce une loi contre les "fake news" en période électorale

Marqué par ses démêlés avec des médias russes, Emmanuel Macron veut s'attaquer aux "fake news" qui circulent sur internet en période électorale avec un texte de loi qui obligera les plateformes à faire preuve de davantage de transparence.

"Nous allons faire évoluer notre dispositif juridique pour protéger la vie démocratique de ces fausses nouvelles", a déclaré le chef de l'Etat lors de ses voeux à la presse, indiquant que "le contenu de ce texte sera détaillé dans les semaines qui viennent".

Dans une allusion à peine voilée aux médias russes RT et Sputnik, M. Macron a fustigé "cette propagande articulée avec des milliers de comptes sur les réseaux sociaux" qui, "en un instant, répandent partout dans le monde, dans toutes les langues, des bobards inventés pour salir un responsable politique, une personnalité, une figure publique, un journaliste".

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Pour contrer ce phénomène, "les plateformes se verront imposer des obligations de transparence accrue sur tous les contenus sponsorisés afin de rendre publique l'identité des annonceurs et de ceux qui les contrôlent, mais aussi de limiter les montants consacrés à ces contenus", a-t-il précisé.

"En cas de propagation d'une fausse nouvelle, il sera possible de saisir le juge à travers une nouvelle action en référé permettant, le cas échéant, de supprimer le contenu mis en cause, de déréférencer le site, de fermer le compte utilisateur concerné, voire de bloquer l'accès au site internet", a-t-il poursuivi.

Récemment, le chef de l'Etat a critiqué deux médias russes, RT et Sputnik, accusés de s'être comportés durant la campagne présidentielle "comme des organes d'influence (...) et de propagande mensongère".

Après un site internet ouvert en 2015, la chaîne russe d'info en continu RT, considérée par Washington comme un organe de propagande pro-Kremlin, s'est lancée en français fin 2017 suscitant une méfiance générale.

Pendant la campagne, M. Macron a été la cible de nombreuses rumeurs sur internet, dont l'une, la détention supposée d'un compte aux Bahamas, a été citée par la candidate du FN Marine Le Pen pendant le débat télévisé d'entre-deux-tours.

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Emmanuel Macron avait alors porté plainte contre X pour "faux, usage de faux et propagation de fausse nouvelle" et son entourage avait indiqué que la rumeur avait été massivement relayée par des comptes Twitter proches de Sputnik ou de RT.

La France ne sera pas le premier pays à légiférer contre les "fake news" : l'Allemagne a adopté cette année une loi permettant d'imposer de fortes amendes (jusqu'à 50 millions d'euros) aux réseaux sociaux s'ils ne retirent pas rapidement les fausses informations de leurs plateformes.

M. Macron a également annoncé que les pouvoirs du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) "seront accrus pour lutter contre toute tentative de déstabilisation par des services de télévision contrôlés ou influencés par des Etats étrangers".

"Cela permettra (...) de refuser de conclure des conventions avec de tels services", ou de "suspendre ou annuler" ces conventions "en prenant en compte tous les contenus édités par ces services, y compris sur internet", a ajouté M. Macron.

"Contrôle de la parole libre sur internet, judiciarisation supplémentaire de la société: la France est-elle toujours une démocratie si elle musèle ses citoyens ? Très inquiétant !", a réagi sur Twitter Marine Le Pen.

Son ancien bras droit Florian Philippot (Les Patriotes) juge lui aussi cette loi "inquiétante", estimant dans un communiqué que "toute société démocratique a besoin de contre-pouvoirs citoyens".

Le chef de l'Etat a par ailleurs profité de ses voeux à la presse pour confirmer le calendrier de la réforme de l'audiovisuel public, un grand chantier qui suscite des inquiétudes à France Télévisions et à Radio France.

Des "propositions partagées, chiffrées et structurées" seront présentées fin mars et serviront de base à un débat "que nous voulons large avec l'ensemble des professionnels", puis un projet de loi sera soumis au Conseil des ministres "d'ici la fin de l'année", a-t-il détaillé.

Plus largement, le président a souligné la nécessité pour les médias de "réinventer" leurs modèles économiques. Selon lui, "la France et l'Europe devront tirer toutes les conséquences de la décision prise par les Etats-Unis de mettre fin à la neutralité d'internet".