Jeudi 14 Novembre, 2019

L’ONU confirme la complicité de l’Etat dans le massacre de La Saline

« L’attaque de La Saline des 13 et 14 novembre représente à la fois un acte de violence sans précédent de par la gravité des actes perpétrés et du nombre élevé de victimes », indiquent les représentants de l’ONU en Haïti, soulignant que l’attaque a fait « au moins 26 morts, trois blessés, deux victimes de viol collectif. De plus, 12 personnes sont portées disparues ». Des chiffres accablants mais qui selon les enquêteurs ne sont pas « exhaustifs».

Le Service des droits de l’Homme de la MINUJUSTH a rendu public le rapport de son enquête réalisée autour du massacre perpétré dans le quartier de La Saline, les 13 et 14 novembre 2018. Selon les enquêteurs, des membres de cinq (5) gangs différents ont attaqué les résidents du quartier de La Saline, faisant ainsi au moins vingt-six (26) morts, trois (3) blessés, deux (2) victimes de viols collectifs. Les victimes sont âgées entre dix (10) mois à soixante (72) ans incluant trois (3) femmes et trois (3) enfants dont une (1) fille, écrit le SDH précisant que le nombre dont il fait état n’est pas exhaustif.

Les victimes des viols collectifs sont une jeune femme de 23 ans, et une mineure de 17 ans. Les assaillants ont, après avoir violé les jeunes et tué les résidents de la zone, pillé les biens d’au moins 53 victimes, selon le rapport de la Minujusth publié vendredi 21 juin 2019. Au nombre des victimes, il faut adjoindre douze (12) personnes qui sont portées disparues. Ces dernières sont, quant à elles, âgées de 18 à 35 ans.

« Le SDH de la MINUJUSTH dit avoir confirmé auprès de différentes sources que parmi les 26 personnes tuées, dix-neuf (19) l’ont été par balle dont trois (3) femmes, deux (2) garçons et une (1) fille, et sept (7)  à coups de haches ou de machettes. Les cadavres des victimes ont été mutilés, brûlés et abandonnés dans une décharge publique à la merci des animaux », lit-on dans ce document d’une vingtaine de pages publié par la MINUJUSTH et transmis à la rédaction de Loop Haiti. Les enquêteurs précisent que seuls les corps de 23 victimes dont trois (3) têtes ont été retrouvés. Toutefois, leur identité n’a pu être confirmée en raison de l’état des cadavres qui avaient été calcinés.

Le SDH pointe du doigt le délégué départemental de l’Ouest Richard Duplan et trois agents de la PNH, à savoir Jimmy Cherizier alias Barbecue, agent de l’Unité départementale de maintien de l’ordre (UDMO) et de Gregory Antoine alias Ti-Greg, agent de la police administrative qui ont été remarqués sur les lieux du massacre. « Richard Duplan se serait alors adressé aux membres de gangs en leur disant en pleine attaque: « Nou touye twòp moun, se pa misyon sa yo te bay nou » (Vous avez tué trop de gens, ce n’était pas ça votre mission) puis aurait quitté les lieux à bord de son véhicule ». La présence alléguée du délégué départemental et d’agents de la PNH suggère une possible implication de ces représentants de l’État dans les événements.

Comment cette attaque a-t-elle pu être perpétrée ?

Depuis plusieurs années, des gangs armés se disputaient le contrôle du marché de la Croix-des -Bossales situé à La saline. Avant les événements des 13 et 14 novembre, le gang « Projet la Saline » exerçait une domination sur le marché de Croix-des-Bossales. Aux fins de la perpétration du massacre, deux gangs du quartier (Chabon et Bwadòm) se sont associés à trois autres gangs extérieurs à La Saline (Tokyo, Delmas 6 et Pilate) pour le contrôle du marché de Croix-des-Bossales au profil du gang Chabon. Ils entrent ainsi en conflit avec les gangs Projet La Saline et Kafou Labatwa.

Les 13 et 14 novembre, ils ont mis à exécution leur projet. Vers 3h PM, des hommes armés dont certains vêtus en uniforme de la Brigade d’opération et d’intervention (BOID) et d’autres de jeans noirs et T-shirts noirs ou blancs affichant l’inscription « FINAL » ont attaqué les résidents du quartier de La saline. A l’arrivée de ces gangs, ceux du Projet La saline, croyant qu’il s’agissait d’une opération policière ont pris la fuite.  

Selon les témoignages recueillis par les enquêteurs, lors de l’attaque, les assaillants étaient accompagnés des individus indiquant en particulier les maisons des habitants considérés comme étant associés au gang du Projet La Saline. Des femmes accompagnaient également les gangs et elles pillaient les maisons ciblées. Ensuite, elles transportaient leur butin dans des brouettes. « Les assaillants ont alors sorti des résidents à l’extérieur de leurs maisons puis les ont tués dans la rue, par balle, à coups de hache et/ou de machette créant un climat de terreur dans le quartier. Des résidents tentant de fuir ont été capturés et exécutés ou blessés dans les rues. La majorité des victimes ont été tuées entre 16h et 18h, le 13 novembre. Les corps des victimes ont alors été transportés dans des brouettes vers des lieux inconnu, peut-on lire dans le rapport d’enquête de la Minujusth.

Le silence complice de la police nationale 

Le SDH se dit perplexe devant l’inaction suspecte de la Police Nationale d'Haïti. Alors que l’attaque de La Saline a duré au moins 14 heures, la PNH n’a fait aucune intervention pour secourir les membres de la population, proie des bandits armés. « Les membres de gangs ont pu attaquer les résidents sans être inquiétés d’une possible intervention de la PNH, malgré la présence à proximité de deux sous-commissariats de police (ceux de La Saline et de Portail Saint-Joseph), du siège du CIMO et de la Brigade d’Opération et d’Intervention (BOID), tous situés à moins d’un kilomètre de la zone affectée.

Le sous-commissariat de La Saline se trouve sur le boulevard faisant face au quartier et les agents de la PNH entendaient les cris des résidents, écrivent les enquêteurs rapportant les témoignages de certaines victimes selon lesquels, des véhicules de la PNH étaient positionnés à proximité ou patrouillaient les alentours du quartier de La Saline pendant au moins 2 heures au cours de l’attaque des gangs. Fort de ces constats, le SDH juge que l'attaque de La Saline était une opération bien planifiée, menée par des membres d'au moins cinq gangs différents contre des membres de deux groupes rivaux avec la complicité de l’Etat.

Au terme de son rapport, le SDH recommande entre autres au gouvernement haïtien de mener des enquêtes approfondies sur les actes de violence commis par les gangs et la complicité présumée de ses représentants et d’agents de la PNH et rendre les conclusions de ces enquêtes publiques. La MINUJUSTH exhorte le gouvernement à adopter des mesures appropriées afin de protéger la sécurité, le bien-être physique et psychologique et la dignité des victimes et des témoins qui portent plainte pour ces violences, avec un appui particulier pour les mineurs.

Recevez gratuitement les dernières nouvelles d'Haïti et d'ailleurs directement sur votre téléphone en téléchargeant l'App de Loop News :