Mardi 24 Novembre, 2020

Lionel Messi, icône et fardeau du FC Barcelone

Lionel Messi avec le Barça, lors du dernier clasico contre le Real Madrid disputé au stade Santiago Bernabeu, le 1er mars 2020 GABRIEL BOUYS AFP/Archives

Lionel Messi avec le Barça, lors du dernier clasico contre le Real Madrid disputé au stade Santiago Bernabeu, le 1er mars 2020 GABRIEL BOUYS AFP/Archives

Buteur insatiable, capitaine aux 34 trophées et aux multiples records, sextuple Ballon d'Or, Lionel Messi incarne depuis plus de 15 ans une seule et même équipe, le FC Barcelone.

A tel point que le joueur a parfois pu paraître plus grand que l'institution, avec laquelle il a finalement choisi d'honorer sa dernière année de contrat après dix jours de bras de fer.

Arrivé à 13 ans au centre de formation catalan, la "Puce" est une fierté locale autant qu'un symbole planétaire. C'est dire si l'annonce de sa volonté d'abandonner son club de toujours a secoué le Barça et la Catalogne, qui imaginaient Messi finir sa carrière au Camp Nou.

"Le mariage de Messi avec le Barça a apporté beaucoup aux deux (au club et au joueur), beaucoup de joie aux supporters", reconnaissait alors le directeur sportif barcelonais Ramon Planes. "Il faut avoir un respect énorme pour ce qu'est Messi et pour son histoire."

Vendredi, Messi est donc revenu sur sa décision, refusant d'aller au bras de fer avec l'institution.

En 121 ans d'existence du club blaugrana, seul peut-être Johan Cruyff, autre Ballon d'Or, a cumulé une telle aura mondiale et un enracinement catalan.

Mais avant de revenir à Barcelone comme technicien à succès, le Néerlandais n'avait pas achevé sa carrière de joueur sous le maillot bleu et grenat, dans un club ultramédiatisé qui tolère mal le vieillissement de ses stars.

A 33 ans, Messi n'a peut-être plus l'activité de jeune chien fou qui lui faisait passer les défenseurs en revue comme des plots sur tous les terrains d'Espagne et d'Europe.

Le petit attaquant reste néanmoins une machine à dribbles, à buts et à records, et attire les touristes du monde entier dans la ville.

- 'Plus qu'un joueur' -

Il est, de loin, le meilleur buteur de l'histoire du Barça (634 buts en 731 matches), le meilleur buteur de l'histoire de la Liga, le meilleur marqueur sur une année civile (91 en 2012) ou encore le joueur ayant remporté le plus de trophées avec Barcelone, 34 en tout, dont quatre Ligues des champions (2006, 2009, 2011, 2015).

Le lutin a aussi collectionné six Ballons d'Or, mieux que Cristiano Ronaldo (5), Cruyff, Michel Platini, Marco Van Basten (3).

Il ne lui manque que la consécration d'un titre majeur avec la sélection argentine: le champion olympique 2008 a atteint les finales du Mondial-2014 et de la Copa America en 2007, 2015 et 2016.

C'est dire si à Barcelone, depuis les débuts professionnels de "Leo" en 2004, on s'est souvent reposé entièrement sur le petit prodige arrivé en 2000 de Rosario.

Et au fil des années, le FC Barcelone, qui se réclame "plus qu'un club", s'est heurté au poids de cet attaquant devenu "plus qu'un joueur". Un mal qui a un nom en Catalogne: la "Messi-dépendance".

"La Messi-dépendance ne me donne pas trop d'urticaire. Dans n'importe quelle équipe, Messi influerait sur le style de jeu", ironisait Ernesto Valverde, alors entraîneur du Barça, en 2018.

- Poids dans le vestiaire -

Par la force des choses, ce joueur aux prises de paroles rares et à l'expression convenue a aussi pris de plus en plus de poids dans le vestiaire, devenant capitaine en 2018, puis influent dans les arcanes du club.

En février, Messi avait ainsi exhorté Eric Abidal, alors directeur sportif du club, à "assumer ses décisions" et à "donner des noms", après que le Français avait fait porter la responsabilité du licenciement de Valverde aux joueurs.

Des sorties publiques qui collent mal avec l'image lisse du petit Argentin connu pour son goût immodéré du beau jeu, sa timidité touchante et son sourire enfantin. Des traits qui lui ont valu image beaucoup moins "bling-bling" que celle de son grand rival Cristiano Ronaldo.

Quand la planète football a découvert Messi, elle s'était émue du destin de ce gamin qui, selon l'histoire consacrée, avait des problèmes de croissance et qui avait quitté Rosario à 13 ans pour trouver à Barcelone un club qui finance son traitement médical.

Cette image positive n'a pas changé, malgré sa condamnation à 21 mois de prison (qu'il n'a pas eu à purger) et 2,1 millions d'euros d'amende prononcée par la Cour suprême espagnole en 2017 pour fraude fiscale, quelques semaines avant son mariage avec Antonella, son amie d'enfance, mère de ses trois garçons (Thiago, Mateo et Ciro).

Vivant à Castelldefels, dans une banlieue huppée de Barcelone, Messi semblait avoir trouvé un équilibre familial et professionnel en Catalogne. Mais la saison cauchemardesque vécue avec le Barça, ponctuée d'une humiliation européenne face au Bayern Munich (8-2), a semblé l'avoir poussé sur la voie du départ. Jusqu'à cette volte-face vendredi.

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