Jeudi 29 Octobre, 2020

L’importance de l’économie numérique en Haïti

Marc Alain Boucicault / Banj

Marc Alain Boucicault / Banj

Il faut accélérer l’économie numérique en Haïti pour créer de nouvelles opportunités locales.

Soyons réaliste : L’économie haïtienne patine depuis plus de trois (3) décennies. Les chiffres montrent une croissance réelle négative sur 30 ans. Entre inflation, croissance démographique et le taux de change, le cadre macroéconomique n’est pas réjouissant. Avec moins de $800/Hab, Haïti a le PIB per capita le plus faible des Amériques.

Si l'on regarde les principales composantes du PIB on voit ressortir deux éléments de réponse évidente : Notre croissance est propulsée par le commerce et l’agriculture. Le premier est l’une des activités économiques connue pour être la moins porteuse de richesses et qui crée le moins d’emploi. Le second souffre d’un double déficit : D’abord interne avec un manque de financement chronique mais surtout la détérioration des termes de l’échange qui affecte la compétitivité des produits agricoles à l’échelle internationale. Sans même rentrer dans les détails qui entravent la bonne marche de l’économie nationale on va se mettre d’accord que l’encrage même pose problème. Face à un tel constat, un autre vient s’installer : Celui de la montée fulgurante de l’économie numérique dans le monde. Quand nous parlons d’économie numérique nous voulons citer trois (3) types d’activités spécifiques :

- La production de matériels informatiques et d’infrastructures de télécommunication : Téléphones, ordinateurs, internet;

- La fourniture de services technologiques et l'utilisation de plateformes digitales : Cloud computing, IOT, AI, Blockchain;

- La production digitale : Applications et Systèmes.

L’ONU estime que l’économie numérique représente environ 15.5% du PIB mondial en 2019, soit près de 14,000 milliards de dollars de richesses créés en une année. Cette économie étant portée par la vitesse de l’Internet devrait passer à 25% dans 10 ans selon la Banque mondiale. En effet, toujours selon le rapport de l’ONU sur l’économie numérique, la vitesse disponible d’Internet est passée de 100 Gigaoctet par seconde en 2002 à 46,000 en 2017 et devrait atteindre 150,000 Gigaoctet par seconde en 2022 avec la venue de la 5G.

En seulement 20 ans les entreprises pétrolières et les industries alimentaires et pharmaceutiques qui étaient les plus riches du monde ont dû céder leurs places aux GAFAM (les géants du Web — Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) qui sont déjà quatre (4) fois plus riches que les premières en 2019.

Si autant d’argent est généré dans ce secteur, ne faut-il pas se positionner pour en profiter ? L’une des meilleures réponses est de se détacher de l’illusion de confort que procure le positionnement de consommateur sur ce marché. Des pays comme le Rwanda ont déjà réalisé qu’il faut changer de paradigme en allant vers l’augmentation de la qualité des ressources humaines et le captage d’investissements étrangers dans le numérique. Quelles sont donc les opportunités offertes par l’économie numérique à un pays comme Haïti ? Il y en a beaucoup mais j’aimerais mettre l’accent sur deux d’entre eux : La création de nouveaux emplois et des startups.

La création de nouveaux emplois mieux rémunérés avec des clients en Haïti et à l’étranger :

L’avènement des développeurs. Ces ouvriers de l’économie numérique sont capables de créer n’importe quel produit sur les plateformes digitales. Ils sont autant derrière les sites Web que vous utilisez que vos Apps et même les systèmes auxquels vous faites tellement confiance. Détrompez-vous, certains peuvent gagner bien plus qu’un médecin ou un avocat.

Avec internet on a vu l’arrivée des assistantes virtuelles qui permettent à des jeunes d’être des assistants sans jamais rencontrer leur patron mais qui sont capables de passer des commandes, gérer des agendas et faire des paiements en étant à des milliers de kilomètres de distance. C’est le présent du secrétariat.

Le digital a révolutionné le secteur Marketing en Haïti. Les entreprises priorisent de plus en plus les réseaux sociaux comme mode de communication. Les postes de gestionnaires de page sont de plus en plus demandés. Les digital marketer et les formateurs du digital ont eux aussi pris naissance. L’augmentation de la présence et visibilité sur les réseaux a aussi fait considérablement augmenter la demande pour les graphistes, les photographes et les vidéographes.

Le numérique a vu l’avènement des influencers : des personnalités qui ont créé un large réseau sur Facebook, Instagram ou YouTube en créant des contenus qu’ils monétisent soit directement avec des publicités sur ces plateformes, soit en devenant des ambassadeurs d’institutions en quête de visibilité. Un ambassadeur de marque en Haïti peut facilement gagner le salaire d’un directeur d’entreprise traditionnel.

Ces nouveaux emplois sont des sources de revenus à capter pour résorber le chômage et réalimenter le cercle vertueux de l'économie haïtienne !

La création de startups pour résoudre les multiples problèmes auxquels les Haïtiens font face au quotidien.

Les startups sont devenues une nouvelle tendance mondiale. Les entreprises traditionnelles, par manque de flexibilité, n’arrivent pas toujours à capter les opportunités découlant de la complexité de certains problèmes ou des nouveaux besoins créés par l’excédent de revenus disponible généré par la croissance. En Haïti, avec un marché de plus de 13 millions d’habitants et autant de problèmes à résoudre, la création de startups présentent deux (2) grandes opportunités :

- La création de nouveaux modèles d’affaires haïtiens disruptifs, rentables, avec un impact social et réplicable dans d’autres pays du monde. Ces startups ont la capacité d’augmenter le PIB et de détruire, s’il le faut, d’autres entreprises qui n’auront pas fait le choix d’innover. Les cimetières internationaux sont remplis de mauvais élèves qu’il ne faut pas suivre comme BlackBerry, Kodak, General Motors, Blockbuster, Toys R us et j’en passe.

- L’achat de produits technologiques « made in Haïti » par des compagnies internationales recherchant des solutions déjà testées pour faire grandir leur modèle d’affaires. Cela peut attirer énormément de devises étrangères vers Haïti.

Malheureusement, ces opportunités sont conditionnées par l’augmentation de la qualité de l’éducation, l’accès à l’internet, la définition de politiques numériques incluant l’enseignement du numérique dans les écoles, la création de fonds d’innovation pour les jeunes, la création et le support d’incubateurs et d’accélérateurs d’entreprises locaux, l’accès à des investisseurs mais surtout par l’adoption de nouvelles lois par le Parlement, capables de redéfinir le quotidien de l’entrepreneur haïtien en y ajoutant des facilités pour commencer et faire croitre ses idées tel le paiement en ligne, l’allègement des conditions pour créer une entreprise, les quotas pour inclure les PME dans les processus de passation de marché de l’État et l’accès aux infrastructures tant traditionnelles que numériques.

Il faut donc une vision ambitieuse de l’État cristallisée dans une structure avec un mandat axé sur la promotion du numérique comme outil privilégié pour la croissance. Cette structure devra bénéficier d’une attention spéciale du président et du Premier ministre car l’innovation est constamment en demande de décisions non conventionnelles.

Enfin, cela requiert que chaque Haïtien prenne conscience que le numérique peut créer des opportunités uniques à saisir en Haïti. La collaboration entre les acteurs est critique pour réussir à accélérer l’économie digitale. Les théories de Daniel Isenberg, sur les bienfaits de la construction d’un écosystème entrepreneurial fort, offrent une panoplie de méthodes à suivre.

A bon entendeur, salut !

Marc Alain BOUCICAULT, économiste

Ce texte a été initialement publié via la page Facebook de la Chambre franco-haïtienne de commerce et d'industrie.

 

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