Jeudi 28 May, 2020

L’Haïtien Ywenson Registre, un athlète de poids !

Ywenson Registre durant une séance d'entraînement. Photos et vidéo de courtoisie.

Ywenson Registre durant une séance d'entraînement. Photos et vidéo de courtoisie.

Avec ou sans l'aide de l’Etat et sans l’usage de ses jambes fauchées par la typhoïde, ce lanceur de poids de 21 ans compte bien, malgré tout, atteindre le podium à Tokyo pour les Jeux Paralympiques prévus du 25 août au 06 septembre 2021.

Nommé représentant des athlètes haïtiens handicapés par le comité paralympique, Ywenson Registre est présélectionné au Shoot Put, pour la première fois, aux Jeux paralympiques de cette année. Pour le moment, ni avant ni après le report de ces Jeux reportés en 2021 : « Je ne bénéficie d’aucune mesure de soutien du gouvernement », précise-t-il.

Le jeune de 21 ans, Ywenson Registre, en carrure massive dans son fauteuil roulant avec ses deux pieds virés en sens opposé, a connu les étapes de sa vie très épiques et en parle sans crainte : « Je n’ai jamais peur de parler de moi, du contexte de mon handicap à celui qui veut. Mais, si on ne m’en pose aucune question, personne ne me verra en parler ».

 

Il est né le 13 août 1999 sans handicap de ses jambes et a grandi à Bellecourt, un quartier de Cité-Soleil. Il est tombé par une crise typhoïde 6 mois plus tard pour être devenu en situation du handicap 2 mois après. C'est ce que lui a raconté sa grand-mère. Avant cette mésaventure, il avait eu le temps de commencer à faire quelques pas. L'on dit même de lui qu'il avait été le premier des six enfants de ses parents à avoir marché le plus tôt.

Ayant dû fuir sa maison en raison d’affrontement violent déclenché depuis la soirée du 19 mars entre les gangs armés de tous les quartiers de Cité-Soleil, il est à présent sans abri fixe.

Les Jeux parapanaméricains, en septembre 2019, à Lima au Pérou, lui ayant servi d’épreuve de qualification, étaient sa 1ère participation à une compétition internationale. Le comité lui avait inscrit, par erreur, au Body Building de catégorie F-57 et il lui était « difficile [...] de gagner des athlètes qui s’entrainent habituellement dans leur sport véritable » alors que lui non. « Mais je m’étais débrouillé pour m’y adapter », dit-il.

 

Entrainement pour Tokyo 2021

Sélectionné cette fois-ci pour le jeu de lance de poids de catégorie F-37, il s’entraîne deux fois par semaine au Gym dadadou à Delmas 3 et au centre olympique à Canaan. L’athlète de poids, Ywenson Registre, précise clairement son objectif principal : « remporter au moins une médaille, car Tokyo sera une occasion de me faire attirer plus de projecteurs tant en Haïti qu’à l’étranger susceptibles de m’aider à la fois sur le plan éducatif, social et économique ». Actuellement, son entrainement lui permet de tenir facilement un poids entre 4kg et 5kg puis le lancer à 7 mètres. Avant la compétition, il espère passer les 22 mètres ouvrant la porte du podium.

Stanley Jean Baptiste est l’entraîneur d’Ywenson Registre et de ses pairs. Il l'entraîne de façon bénévole, mais très rarement. Parce qu’il ne trouve pas vraiment de moyens du comité susceptibles de lui motiver pour faire ce travail à une fréquence régulière. Registre s’entraîne donc seul la plupart du temps. Si son entraîneur résiste timidement au travail malgré le manque de traitement, il n’en est pas le cas pour son médecin que l’athlète ne voit presque du tout pas.

Le président du comité Jean Chevalier Sanon est le conseiller principal de Registre. Il est le dirigeant qui lui avait motivé de rejoindre l’équipe d’athlétisme. En classe de NS2 à l’Institution Mixte Unifiée de Cazeau, la scolarité de l’athlète est, pour une fois cette année, supportée partiellement par le président à hauteur d’un montant de 10 mille gourdes. Ywenson Registre dit reconnaitre la volonté du président de lui aider en tout, mais les moyens manquent grandement au comité qu’il dirige.

 

L’athlète exprime que son véritable souci est de « trouver les moyens pour vivre et payer un loyer de cinquante mille gourdes, en dehors de la Cité, afin d’avoir un équilibre psychologique pour mieux se préparer ». Un accompagnement de l’État haïtien, du Secrétariat d’État à l’Intégration des Personnes Handicapées, du comité national paralympique et des secteurs privés lui seraient utiles, exprime-t-il.

Jean Philippe Moïse

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