Dimanche 25 Octobre, 2020

Leslie Manigat, le président qui aurait changé le cours de l’histoire

Photo de couverture de "L'histoire comme passion. Mélanges offerts à Leslie Manigat", sous la direction de Cary Hector, ed. Université d'Etat d'Haïti, 2014.

Photo de couverture de "L'histoire comme passion. Mélanges offerts à Leslie Manigat", sous la direction de Cary Hector, ed. Université d'Etat d'Haïti, 2014.

17 janvier 1988, l’historien-politologue Leslie F. Manigat est élu président d’Haïti. Arrivé au pouvoir par la voie militarisée, après des élections qui ont accusé un taux de participation d’environ 5% d’électeurs, le nouveau président aura passé seulement 133 jours au pouvoir, du 7 février au 20 juin de la même année.

Juin 1988, un sérieux bras de fer oppose Manigat et les élites de l’Armée, dont son prédécesseur Henri Namphy à la suite d’un grand ménage effectué par le chef de l’Etat dans la hiérarchie militaire et de son alliance inquiétante avec le Colonel Jean-Claude Paul (dont la DEA réclamait la tête pour trafic de stupéfiants).

20 juin, un coup de force permet au général Henri Namphy de reprendre le pouvoir. Accusé de pratiques autoritaires, Manigat fut contraint de laisser le pays pour la République dominicaine. 

 

Aux élections de 2006, sous le gouvernement de Gérard Latortue (son ancien Ministre des affaires étrangères), Leslie F. Manigat est arrivé en deuxième position, précédé de son concurrent immédiat le feu président René Garcia Préval. Manigat considéra l’élection de l’homme fort de Marmelade comme une « prime à la violence et une décision illégale », faisant référence à la journée de l’hôtel Montana.

Ce « dernier grand combat » en tant qu’acteur et animateur politique marque une étape importante dans la vie de cet éminent intellectuel, ce « Sorbonnard duvaliériste » (cf. discours d’adieu comme Secrétaire Général du RDNP) considéré, par plus d’un, comme le dernier des titans d’une classe intellectuelle en voie de disparition.

Mort le 27 juin 2014 à Port-au-Prince, à 83 ans, des suites d’un cancer compliqué au cours des derniers jours par le virus du Chikungunya, Leslie Manigat a reçu tous les honneurs : funérailles officielles et trois jours de deuil national.

En janvier 1988, l’écrivain Jean-Claude Bajeux a critiqué le comportement mégalomane de l’homme Manigat, rapportant ces termes dans les colonnes du New York Times : « Si je prends le pouvoir, le peuple viendra à moi », disait Leslie F. Manigat. De ces formules déchirantes, nos élites politiques ont leur petit secret.

De la théorie à la praxis, Leslie Manigat a mené les combats qui étaient siens, ce qui l’a rendu « immortel » aux yeux de la République. Les thuriféraires n’ont jamais tari d’éloges sur son passage éphémère à la magistrature suprême qui laissait présager de « nouveaux jours » pour Haïti.

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