Mercredi 26 Juin, 2019

Les "Reggae Girlz" jamaïcaines à l'assaut de la Coupe du monde

Un entraînement des "Reggae Girlz" au St. George's College de Kingston, le 17 mai 2019

Un entraînement des "Reggae Girlz" au St. George's College de Kingston, le 17 mai 2019

Manque de moyens, de soutiens, d'infrastructures... Il n'y a pas un obstacle que la sélection féminine jamaicaine de football, inexistante il y a encore quelques années, n'ait eu à surmonter, avec l'aide de la fille de Bob Marley, pour se qualifier pour le graal du ballon rond: la Coupe du monde.

Avant de s'envoler pour le Mondial-2019 en France - une première pour une sélection féminine des Caraïbes - les "Reggae Girlz" ont offert à leur public une victoire de prestige, dans le Stade National de Kingston, le 19 mai face au Panama (3-1).

Le show organisé à l'occasion de ce match amical aux allures de grande fête populaire dominicale, à grands renforts de vuvuzelas et de concerts de ragga, n'a pas pu masquer les conditions de préparation de la 53e équipe du classement Fifa, la plus faible de la compétition, sur le papier.

Mais la panne de la sono du stade pendant l'hymne national ou l'absence de tableau d'affichage, fait rarissime dans un stade où évolue une sélection internationale, n'a pas semblé déranger plus que ça des joueuses, habituées à bien pire.

Jusqu'à l'avant-veille, elles n'étaient par exemple même pas payées par leur fédération.

"C'est un tournant, elles le méritent. Evidemment, il a fallu la Coupe du monde pour y arriver, mais c'est fait", a expliqué à l'AFP leur entraîneur, Hue Menzies, arrivé en retard à l'entraînement ce vendredi, car occupé à parapher à la fédération les contrats de ses joueuses, les premiers jamais accordés aux footballeuses internationales sur l'île.

AFP / Angela WeissL'attaquante jamaïcaine Khadija, auteure d'un doublé face au Panama (victoire 3-1) le 19 mai 2019

"On est allés au bras de fer", détaille-t-il.

Ses joueuses, toutes très jeunes, la plupart évoluant au niveau universitaire aux Etats-Unis et certaines n'ayant même pas de clubs, ont commencé l'entraînement sans lui, sur un terrain trop sec et rempli de mottes de terre d'un campus de Kingston.

Charge à elles de porter l'eau et les équipements à la sortie du bus, une habitude bien loin du standing qui les attend à la Coupe du monde.

- "Peu de ressources" -

En se qualifiant pour leur premier Mondial en France, les "Reggae Girlz" reproduisent un exploit réalisé en 1998 par l'équipe masculine de Jamaïque.

Mais elles n'ont aucun doute que leur parcours pour arriver dans l'Hexagone a été plus ardu.

AFP / Angela WeissLes "Reggae Girlz" durant l'hymne national jamaïcain au Stade National de Kingston le 19 mai 2019

"Bien sûr, nous nous sommes qualifiées avec très peu de ressources", abonde l'attaquante Khadija Shaw (22 ans), une des stars de l'équipe, dont il se murmure qu'elle intéresse des clubs français.

"Quand on voit où en était le programme féminin il y a quelques années, c'est génial", appuie-t-elle.

Il y a quelques années, le programme n'existait tout simplement plus.

Après l'échec de la qualification pour les jeux Olympiques en 2008, l'équipe est de facto dissoute par la fédération jamaïcaine, qui met fin à son financement. A force de ne plus jouer, elle chute au classement Fifa et finit même par en sortir en 2011.

Arrive alors en 2014 Cedella Marley, fille de Bob, mondialement reconnu pour son amour du football. La femme d'affaires, chanteuse et styliste, trouve des sponsors, organise des cagnottes et permet au programme féminin de repartir en devenant l'ambassadrice et tête de proue.

Dans le milieu du foot jamaïcain, son nom est prononcé avec déférence.

"Elles avaient besoin d'aide, ce sont des femmes, on leur disait qu'elles ne pouvaient pas faire ce sport qu'elles aiment. Donc on s'est impliqué, et nous voilà!", a-t-elle déclaré à l'AFP après avoir reçu une ovation du Stade National et enlacé ses "Reggae Girlz", qui arborent fièrement le logo de la fondation Bob Marley sur leur maillot.

- Girl power -

AFP / Angela WeissCedella Marley posant avec l'attaquante jamaïcaine Shakira Duncan après le match face au Panama, au Stade National de Kingston, le 19 mai 2019

"Elle a pris des risques pour nous, elle est là depuis le début", a remercié le coach Menzies.

Son investissement à lui, moins médiatique, a également permis de maintenir l'équipe à flot.

Il a utilisé son réseau universitaire, notamment aux Etats-Unis, pour trouver des points de chute à ses joueuses. "On a fait sortir les filles de la Jamaïque pour qu'elles puissent se développer. Ici elles n'avaient pas les ressources. On a transformé le négatif en positif", philosophe-t-il.

"On a fait ça pour autre chose que du sport. On voulait changer la manière dont on considère le foot féminin et le sport féminin en général".

"Il y a plein de progrès à faire partout dans le monde, pas juste en Jamaïque ou dans le monde", abonde Cedella Marley. "On peut faire tout ce que font les garçons!"

Premières intéressées, les "Reggae Girlz" ont conscience de donner l'exemple.

"Pour les gamines en Jamaïque et dans les Caraïbes c'est très important, nous sommes la première étape pour leur montrer qu'elles peuvent faire beaucoup de choses", analyse la capitaine Konya Plummer (21 ans).

Pour cette édition du Mondial, la Fifa a doublé la somme totale d'argent allouée aux équipes qualifiées, la faisant passer de 15 à 30 millions.

L'année dernière, pour la Coupe du monde masculine, ce total était de 400 millions.

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