Vendredi 18 Septembre, 2020

Les quatre suspects du viol qui a révulsé l'Inde abattus par la police

Des étudiants offrent des friandises aux policiers et les félicitent après la mort des quatre suspects dans l'affaire du viol collectif à Shadnagar près d'Hyderabad, le 6 décembre 2019

Des étudiants offrent des friandises aux policiers et les félicitent après la mort des quatre suspects dans l'affaire du viol collectif à Shadnagar près d'Hyderabad, le 6 décembre 2019

L'affaire du viol collectif et du meurtre d'une vétérinaire qui avait révulsé l'Inde a connu vendredi un dramatique dénouement avec l'annonce de la mort des quatre suspects, tués par la police en marge de la reconstitution du crime.

Un haut responsable de la police de Hyderabad (sud) a affirmé que les quatre hommes avaient été abattus en tentant de s'enfuir lors de cette reconstitution dans la nuit de jeudi à vendredi.

S'ils ont suscité la consternation d'avocats, ces décès ont été accueillis par des célébrations de joie d'une partie de la population, la soeur de la vétérinaire assassinée faisant part quant à elle de sa satisfaction.

AFP / NOAH SEELAMLa foule s'est rassemblée et célèbre l'annonce de la mort des quatre hommes suspectés d'avoir tué une vétérinaire, le 6 décembre 2019 à Shadnagar

"Ils ont été tués dans des tirs croisés. Ils ont essayé de s'emparer de l'arme de leurs gardes mais ils ont été abattus", a déclaré à l'AFP Prakash Reddy, commissaire adjoint de la police de Hyderabad.

"Nous avons appelé une ambulance mais ils sont morts avant que l'aide médicale n'arrive."

Les quatre avaient été arrêtés la semaine dernière et inculpés pour le viol et le meurtre d'une vétérinaire de 27 ans dont le corps avait été brûlé.

Selon la police, la victime avait été enlevée le 27 novembre au soir au moment où elle reprenait son scooter. Les quatre hommes auraient crevé l'un des pneus de son deux-roues en son absence puis lui auraient proposé leur aide à son retour, en l'attirant sur une aire de camions.

AFP / Sajjad HUSSAINManifestation à New Delhi pour dénoncer les viols et la violence, le 3 décembre 2019, quelques jours après le viol collectif d'une vétérinaire à Hyderabad

La victime avait appelé sa soeur cadette pour lui expliquer qu'elle était en panne et qu'un groupe d'hommes lui avait proposé de réparer son scooter, se disant "effrayée", selon le témoignage de cette soeur à la police. La soeur a voulu ensuite la rappeler mais son téléphone était débranché.

- Des fleurs pour la police -

Selon la police, les restes carbonisés du cadavre de la victime ont été découverts le lendemain matin sous un pont. Le corps avait été placé dans une couverture puis arrosé d'essence avant d'être incendié.

Malgré l'arrestation rapide des quatre suspects, l'affaire a révulsé le pays où les violences sexuelles font régulièrement la Une depuis le viol collectif d'une étudiante à bord d'un autobus à New Delhi en 2012, qui avait suscité l'indignation internationale.

AFP / SAM PANTHAKYDes manifestants du parti du Congrès dénoncent les viols lors d'un rassemblement à Ahmedabad le 4 décembre 2019, quelques jours après le viol collectif et le meurtre d'une vétérinaire

Samedi, la police avait dispersé par la force des centaines de manifestants qui tentaient d'entrer dans le commissariat où étaient détenus les quatre suspects.

Au Parlement national, la députée Jaya Bachchan, ancienne actrice, avait estimé que les coupables devaient être "lynchés en public". Un de ses collègues avait réclamé la castration des violeurs.

Et l'annonce de la mort des quatre a été accueillie par des célébrations de joie à Hyderabad, où des centaines de personnes se sont rassemblés sur le lieu de ces décès, faisant exploser des pétards et jetant des pétales de fleurs sur les policiers.

"Je suis heureuse que les quatre accusés aient été tués", a déclaré vendredi à une chaîne de télévision locale la soeur de la vétérinaire tuée. "Cet incident aura valeur d'exemple. Je remercie la police et les médias pour leur soutien."

Mais des voix sont montées au créneau pour dénoncer la "violence arbitraire" d'une police indienne souvent accusée de meurtres extrajudiciaires quand il s'agit de couvrir des enquêtes bâclées ou de calmer l'opinion publique.

"C'est absolument inacceptable", a déclaré à l'AFP l'avocate et militante Vrinda Grover.

"La police doit rendre des comptes. Au lieu de mener une enquête et de rassembler des preuves, l'Etat commet des meurtres pour satisfaire le public et éviter de devoir rendre des comptes."

Selon les derniers chiffres officiels incluant plus de 10.000 victimes mineures, plus de 33.000 viols ont été déclarés dans le pays en 2017.

Dans le même temps, du fait de l'inefficacité du système judiciaire indien, les victimes doivent souvent attendre des années avant d'obtenir justice.

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