Jeudi 22 Octobre, 2020

Les filles de l'ombre, face cachée de la prostitution à Camp-Perrin

La maison verte de "Chez Da" à Anbakan (Camp-Perrin)/ Photo : Websder Corneille/LoopHaïti

La maison verte de "Chez Da" à Anbakan (Camp-Perrin)/ Photo : Websder Corneille/LoopHaïti

À Camp-Perrin, la prostitution fait partie des sujets tabous auxquels la population consacre peu d’importance. Cet article présenté dans le cadre de notre polyptyque sur le département du Sud, révèle une face cachée du « plus vieux métier du monde » et comment il est appréhendé dans cette portion géographique.

La route nationale numéro 7 passe par Camp-Perrin. Autrefois en terre battue et dans un piteux état, les Camperrinois assistent aujourd’hui à la métamorphose de ce tronçon de route long de 3.5 km, goudronnés par l’administration actuelle. Les riverains parlent déjà d’un âge d’or de la commune. Une mine triste couvre leur visage à l'évocation de la couche de poussière que le vent avait pris l’habitude de faire soulever, par naturelle méchanceté.

De Port-au-Prince à Camp-Perrin, le trajet apparait moins fatigant vu l’ampleur de l’ambiance qui régnait à l’intérieur de la voiture. Toutefois, plus couteux en termes de dépense de sympathie en raison des nombreuses blagues du chauffeur-guide Valery Numa. Il faut avouer que tous les gags ne jouissaient pas du même assentiment de son public composé d’une femme et de trois garçons.

À destination de l’hôtel Le Recul, chacun a déjà trouvé prétexte pour déguerpir et vaquer à des habitudes anciennes. Ainsi, la question du mode opératoire des « péripatéticiennes » à Camp-Perrin a balayé la conversation. Certains –peu enclin à élaborer sur le sujet- n’y prêtaient pas trop attention, mais d’autres se concentraient déjà sur l’exploitation d’une pareille idée et l’envie.

De la veille au lendemain matin, de nouvelles pistes sont constituées. Un chauffeur de taxi a été engagé pour la circonstance en vue de sillonner les différentes artères de la ville. Avec pour objectif de découvrir le fonctionnement de la prostitution à Camp-Perrin, plusieurs jeunes garçons ont subi une brève interrogation.

Un premier a feint d’ignorer l’existence de cette pratique sa vie durant. Mais sous l’instance de l’interrogateur, il a fini par succomber en avouant qu’il n’existe pas de prostitués à Camp-Perrin. Arborant un air plus sérieux, il affirme qu’il n’a jamais rencontré une seule du haut de ses 23 ans de sédentaire.

Le chauffeur apparait aussi motivé que le journaliste. Il est content, semble-t-il, de se retrouver en compagnie d’un jeune chercheur de filles de joie, originaire d’un territoire lointain. L’espace d’un cillement, le voyageur et son ami d’occasion se sont retrouvés au niveau de la localité d'« Anbakan ». À l'entrée d'une hutte de terre, s’élève une bicoque en vert qui sert de motel pour accueillir des « gens pressés » et des « couples qui veulent échanger des faveurs sexuelles », répondait une dame qui n’avait pas pu se souvenir de son âge formel.

« Ici, les clients sont comme chez eux », ajoute-t-elle avec un sourire de béatitude. Elle s’en prend également à l’État qui lui fait payer aujourd’hui les yeux de sa tête, donc la somme de 1,500 gourde (monnaie haïtienne) au titre d’impôt locatif. « Je ne peux compter sur personne, je n’ai pas de Président d’Haïti », dit-elle avec émoi. « Pour y avoir accès, ils n’auront qu’à me glisser 150 à 250 gourdes ».

Comme le gentil bonhomme, elle a avancé que la prostitution n’a pas droit de cité à Camp-Perrin. Toutefois, elle ne nie pas l’existence de quelques call-girls dont des personnes qui jouent le rôle de proxénète, s’en occupent au quotidien.

Un troisième homme, cordonnier et cireur de chaussures de son état, effectuant son service juste avant le Petit Séminaire de Mazenod, emploie d’autres mots pour qualifier l’absence ou l’invisibilité des prostitués à Camp-Perrin.

« Elles existent, en fait ! », prévient-il d’entrée de jeu, mais « elles ne sont pas universelles ». Il explique que les travailleuses de nuit effectuent leur service en catimini, à l’insu de tout le monde. « On ne les croise pas à travers les rues », renforce-t-il « parce qu’elles seront pourchassées par les habitants de la communauté ».

De la non-universalité des prostitués, l’homme au képi bleu pense qu’à l’ouverture prochaine d’une boite de nuit dans la zone, elles seront forcées de se montrer croute que croute. Là encore, il garde certaines réserves sur l’intention inavouée du propriétaire à trainer des prostitués dominicaines dans la région d’« anwokan ».

Plus ou moins satisfaits de leur découverte, ils ont repris la route amenant à l’hôtel vers 4h45 de l’après-midi. La journée disparait paisiblement, mais l’esprit est taraudé par cette question : à quoi ressemble l’universalité d’une prostituée Camperrinoise ?

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