Jeudi 1 Octobre, 2020

Haïti-sang: les donneurs universels O- ne sont que 3% de la population

Photo: AFP

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"Il s'agit d'un groupe sanguin extrêmement rare, partout dans le monde", nous a expliqué le Dr Ernst Noël, directeur du Centre national de transfusion sanguine (CNTS). Loop Haiti s'est entretenu avec le spécialiste après la mort par manque de sang, dimanche 20 octobre, d'une femme qui venait de mettre au monde ses premiers enfants.

Selon le responsable du Centre national de transfusion sanguine (CNTS), la carence de sang dans les banques de sang en Haïti est un problème sérieux. Cela ne concerne pas uniquement le groupe O-, fait-il remarquer. D'ailleurs, a laissé entendre le médecin, Haïti n'arrive même pas à produire la moitié de la quantité de sang nécessaire à la prise en charge des patients sur une période d'une année.

En effet, il faudrait, pour pouvoir assister tout-le-monde quand le besoin se fait sentir, produire entre 60 à 80 mille pochettes de sang par an. Cependant, "on n'arrive même pas à en produire 30 mille sur toute l'année", se lamente docteur Noël. Mais cette rareté générale est davantage accentuée dès que, en particulier, on parle du groupe sanguin O de rhésus négatif (O-). En ce sens, pour que les centres hospitaliers puissent continuer à sauver des vies, il est extrêmement important que les gens apprennent à faire don de leur sang. Et pas uniquement quand il y a urgence.

 

O-, environ 3 % de la population haïtienne

Samedi 19 octobre, Loop Haïti a vulgarisé un appel à l'aide pour une femme qui venait de mettre au monde ses deux premiers enfants. La patiente, admise à un hôpital de la capitale, avait besoin de sang en urgence. Le hic est qu'elle était de groupe O négatif et qu'il n'y avait plus de ce sang en stock, selon les autorités contactées. Malgré les démarches, des promesses de volontaires et le fait pour la mère d'avoir été prise en charge avec un plasma frais surgelé, la patiente a perdu la vie dans la matinée du 20 octobre. Un choc pour la famille et pour de nombreux internautes.

Ce cas de mortalité a remis sur la table des débats la question de la transfusion sanguine en général et la disponibilité du sang O négatif dans le pays en particulier. Ce groupe, même s'il n'est pas le plus rare du monde, reste le plus recherché en raison de son importance. On désigne souvent par "donneurs universels" les personnes O-. Leurs globules rouges n'ayant aucun antigène rejeté par les différents groupes sanguins, elles peuvent donner du sang à tous les autres groupes (Le Parisien). Mais le souci est qu'une personne de ce groupe ne peut recevoir du sang que de sa paire. Donc en cas d'urgence, l'absence de donneur et la non disponibilité de ce sang peuvent être fatales pour ces patients.

En Haïti, comme partout ailleurs, "il y a toujours un manque de sang du groupe O-", nous explique docteur Noêl du Centre national de transfusion sanguine (CNTS). Il souligne que cette réalité est due notamment au fait que seulement environ trois pour cent (3 %) de la population haïtienne appartient à ce groupe. En plus, dit-il, la majorité - soit plus de 80 % - des personnes O négatif provient du Grand Nord (Nord, Nord-Ouest, Nord-Est). Selon les études, plus on s'éloigne des départements du Grand Nord, moins on trouve de personnes avec du sang O avec rhésus négatif.

Pourquoi manque-t-il de sang en Haïti ?

De manière générale, on ne récolte pas assez de sang en Haïti pour pouvoir venir en aide aux personnes dans le besoin. L'un des facteurs expliquant cet état de fait est que les Haïtiens n'ont pas la culture du don de sang. Peu de gens s'adonnent à cet exercice. Il s'agit d'abord de ceux qui le font quand un membre de leur famille ou un proche est dans l'urgence. On les appelle les "donneurs familiaux" (75 % des donneurs en Haïti).

"Les gens attendent toujours quand un proche est dans le besoin aller donner du sang. Ce qui n'est pas une bonne chose", dit le médecin, car ce n'est pas le sang fraichement donné qu'on donne au patient. Il arrive que le malade se fait transfuser alors que le sang donné par son proche n'a même pas encore été testé, nous fait-il savoir. Ce qui veut dire que c'est en fait à partir du stock qu'on aide les patients.

Deuxième groupe de donneurs de sang: les volontaires. Ils représentent entre 20 à 25% des donneurs dans le pays. Ceux-là font partie généralement d'un groupe de donneurs volontaires et réguliers. Il existe à ce propos des associations comme le Club 25 de la Croix Rouge qui font la promotion en faveur de cette cause. Mais en période de crise comme celle que connait le pays depuis environ deux mois, le rythme de don diminue considérablement. Ce qui contribue en un sens à l'accentuation de la carence.

D'où l'importance, dit docteur Ernst, que les gens participent et contribuent, le plus souvent possible, aux efforts des entités compétentes en matière de collecte de sang. Pour y parvenir, reconnait-il, il faut une campagne citoyenne sur l'importance du don de sang dans le pays. Ce qui requiert des moyens mais surtout la contribution de tous: les médias, les écoles, les églises, les associations de jeunes entre autres ont leur rôle à jouer.

 

Raoul Junior Lorfils

 

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