Mardi 15 Octobre, 2019

Les Haïtiens continuent de faire la queue devant les pompes à essence

Les Haïtiens continuent de faire la queue devant les pompes à essence 
Crédit Photo/Alexandre Michel

Les Haïtiens continuent de faire la queue devant les pompes à essence Crédit Photo/Alexandre Michel

La pénurie d’essence, qui dure déjà depuis plus de trois semaines, engendre de multiples calamités pour le consommateur. En plus de devoir limiter ses déplacements et faire la queue durant des heures, il doit parfois graisser la patte des pompistes pour se ravitailler.

Le ravitaillement d’essence n’a rien à voir avec une liturgie, diriez-vous ? N’en soyez pas si sûr ! Sa voiture arrive à hauteur du pistolet à essence après deux longues heures d’attente. L’essaim de gallons jaunes et les motocyclettes aidant, le ravitaillement des automobiles est très lent. « Je veux trois mille gourdes de gazoline », annonce-t-il. La pompiste se retourne et le foudroie du regard « oh oh, di priyè a avan », lâche-t-elle en le toisant. Surpris et non habitué à ce code, le travailleur de presse regarde autour de lui. Un autre soldat des gallons jaunes lui dit en secouant la tête « se konsa wi papa ».

Non résolu à céder aux chantages de la pompiste, le journaliste proteste, crie à l’arnaque et souligne que cela devrait être une courtoisie de l’acheteur et non une rente. Entre-temps, sa résistance fait la joie de quelques soldats aux gallons jaunes qui eux passent à la caisse sans sourciller et se font ravitailler. La pompiste ferme et intransigeante ajoute « Leta fè kòlèt li, pastè fè kòlèt li, pè fè kòlèt li, epi mwen menm pou m pa ta fè kòlèt pa m nan la ?! E piyay !? »

Le brouhaha environnant et  l’empressement des autres acheteurs empêchent au journaliste de trouver des adhérents à sa cause. Une autre pompiste, visiblement superviseure, assiste à la scène sans dire un mot. Finalement devant l’insistance de l’automobiliste, vient en aide à sa complice et lui met la pression « Mesye gaz la prèske fini wi, pran li ou ale non ». Il résiste, l’automobiliste qui le suit vient encore renforcer la pression « mwen se yon nèg m peye pou kli veye ponp ki ap bay gaz pou mwen wi, ou menm ou jwenn gaz la wap jwe ».

Arrive un policier en civil, ce dernier passe à la caisse et repart avec son gallon jaune. Alors le travailleur de presse décide de les prendre à leur propre jeu. « M gen enpe gaz nan tank lan, fin plen li, wa pran monnen an » leur confie-t-il. Alors la pompiste s’exécute, elle fronce les sourcils et scrute le compteur. Le réservoir de la voiture du journaliste se rempli quand le compteur affiche deux mille huit-cents-vingt-cinq gourdes.

Fière d’avoir remporté la partie en gardant les cent-soixante-quinze gourdes restant, la pompiste esquisse un sourire et lui dit : « Pou ou gason pou ou di konsa !? Antouka map tann ou tounen chouchou ».

Le premier ministre démissionnaire, Jean Michel Lapin, intervenant sur les ondes de radio Magik 9 annonce l’arrivée,  le lundi 15 septembre, d’une cargaison de 500 mille barils de produits pétroliers. D’ici-là, les consommateurs devront faire la queue, guetter les distributions ou payer des guetteurs ou encore adresser la prière à ces saints et saintes du pistolet à essence.

Alexandre Michel

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