Mercredi 15 Août, 2018

Les Etats-Unis toujours à la peine sur leur déficit commercial

Le déficit commercial américain a bondi à son plus haut niveau depuis sept ans pendant la première année de la présidence de Donald Trump, une mauvaise nouvelle pour le milliardaire qui vient s'ajouter au coup de tabac sur la Bourse.

Bien avant son arrivée à la Maison Blanche, le président américain avait fait de la lutte contre le déséquilibre des échanges commerciaux une priorité absolue pour mettre en oeuvre son credo "L'Amérique d'abord".

Mais en dépit d'un élan résolument protectionniste, le solde chroniquement déficitaire des échanges de biens et de services avec le reste du monde a atteint 566 milliards de dollars en 2017, soit une hausse de 12,1%.

Et, sans l'excédent des services, le déficit commercial atteint même 810 milliards (+7,6%). Il faut remonter à 2008 pour avoir un déficit plus important, selon les données du ministère du Commerce publiées mardi.

Pour les seuls biens, le déficit commercial politiquement sensible avec la Chine a aussi atteint l'an passé un niveau inédit à 375,2 milliards, ce qui pourrait conforter le président américain dans son intention de poursuivre ses représailles commerciales à l'encontre de Pékin.

Son administration a déjà signé, il y a tout juste deux semaines, des documents imposant des taxes sur les panneaux solaires chinois. Et elle prépare actuellement tout un arsenal de mesures protectionnistes pour les secteurs stratégiques de l'acier et de l'aluminium ainsi que pour protéger la propriété intellectuelle.

Pour autant, la Maison Blanche se heurte à l'appétit insatiable des Américains pour les biens d'équipements et les biens de consommation. Ceux-ci ont contribué au niveau record des importations de biens en provenance de 47 pays dont la Chine (505,6 milliards), le Mexique (314 milliards) et l'Italie (50 milliards).

Le président américain --qui a aussi dans son viseur le Mexique-- a lancé il y a six mois la renégociation du traité de libre-échange nord-américain (Aléna) avec le Mexique et le Canada, ses deux partenaires. Il menace constamment de sortir de cet accord en vigueur depuis 1994, à moins qu'une version modernisée ne soit jugée plus favorable aux entreprises et aux salariés américains.

Les données publiées mardi pourraient accentuer la pression sur les négociateurs américains pour obtenir des résultats dans les tractations sur l'Aléna au moment où Wall Street montre des signes de fébrilité.

Alors que Donald Trump se réjouissait quasiment quotidiennement des records sur les marchés, lundi, la Bourse de New York a été victime d'un mouvement de panique et le Dow Jones a clôturé en baisse de 4,6%.

Mardi, à l'issue d'une journée particulièrement chaotique, Wall Street a finalement terminé en nette hausse. L'indice vedette de la Bourse de New York, le Dow Jones Industrial Average, s'est octroyé 2,34% et le Nasdaq, à forte coloration technologique, s'est apprécié de 1,76%.

Donald Trump ne regrette-t-il pas de s'être réjoui trop vite de l'envolée de la Bourse et aurait-il dû être plus prudent au cours des mois écoulés?

Sa porte-parole Sarah Sanders a esquivé, insistant sur la bonne santé de l'économie. "L'économie est extraordinairement forte en ce moment", a-t-elle simplement souligné.

Point positif pour le commerce international: les Etats-Unis ont enregistré un niveau record de leurs exportations à destination de 29 pays dont le Mexique (243 milliards), la Chine (130,4 milliards) et le Royaume-Uni (56,3 milliards), tirées par une embellie de l'économie mondiale.

La faiblesse relative du dollar a en outre permis aux entreprises exportatrices américaines d'écouler leurs biens à des prix plus compétitifs sur le marché international.

Pour autant, à 566 milliards de dollars, le déficit commercial représente désormais 2,9% du produit intérieur brut (PIB) américain, contre 2,7% du PIB en 2016.

Le niveau et le rythme de hausse des importations pourraient contrarier l'objectif de l'administration Trump d'une croissance durablement supérieure à 3%.

Les économistes de Pantheon Macro estiment que la hausse du déficit commercial au dernier trimestre devrait conduire à une révision à la baisse de la croissance du PIB du dernier trimestre 2017, pour l'heure estimée à 2,6%.

Enfin, les analystes d'Oxford Economics s'attendent à ce que le déficit commercial se creuse encore en 2018. "La solide demande domestique va continuer de tirer les importations tandis que les exportations ne devraient pas évoluer au même rythme", estime Gregory Daco, le chef économiste dans une note.