Dimanche 13 Octobre, 2019

Les associations LGBT demandent aux médias d'informer sans discriminer

Veille des télés et radios, courrier au CSA, interpellations sur les réseaux sociaux: à l'occasion des débats sur la PMA, les associations LGBT demandent aux médias d"informer sans discriminer", craignant de revivre le climat de "violence" avant le mariage pour tous en 2013.

Quand remontent les souvenirs de la loi Taubira, le "traumatisme" est sur toutes les lèvres de la communauté LGBT, "débordée" par la très forte mobilisation des opposants au texte, notamment de la Manif pour tous dont les épais cortèges avaient rencontré un fort écho médiatique.

"Il y avait une très grande violence lexicale, notamment à l'égard des enfants, qui était insupportable et rien pour faire taire ces propos qui débordaient de haine", estime Véronique Godet, co-présidente de SOS Homophobie. "Cette fois, nous nous sommes préparés".

Fin août, une dizaine d'associations dont SOS Homophobie, l'Inter-LGBT et GayLib, ont écrit au Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) pour lui demander de rappeler aux télés et radios "leurs obligations à ne pas se rendre complices explicitement ou et implicitement, de toute manifestation à caractère sexiste ou LGBTphobe", de sanctionner tout "débordement" de cette nature et de "veiller à faire respecter une représentativité équilibrée".

Par rapport à 2013, "les associations sont beaucoup plus sensibles à la façon dont le débat est posé par les journalistes", se félicite la militante lesbienne Alice Coffin, co-fondatrice de l'association des journalistes LGBT (AJL).

L'AJL a notamment envoyé aux médias un kit baptisé "informer sans discriminer" dont le chapitre consacré à la PMA invite notamment les journalistes à "donner la parole aux premières concernées, à savoir les lesbiennes et femmes célibataires".

Avec l'arrivée du texte au Parlement fin septembre, "on passe en mode activiste", reconnaît la journaliste, qui assume "mettre de manière très explicite un peu de pression".

L'association scrute à la loupe les matinales radios et télés, les JT de 13H et 20H, ainsi que les émissions à grosse audience comme "Touche pas à mon poste!" sur C8 ou "Quotidien" sur TMC.

Dans le passé, plusieurs rédactions, qui accordent pourtant une large place aux sujets LGBT, ont déjà suscité des remous sur les réseaux sociaux, comme 20 Minutes ou Libération, qui avait consacré sa Une à la Manif pour tous il y a un an.

- "Poil à gratter" -

"Ils sont dans leur rôle militant, nous dans celui d'un média d'information. Il faut prendre de front tous les acteurs. Ceux qui ont lu nos articles ont reconnu la bonne foi de notre travail", répond Catherine Mallaval, journaliste à Libération.

"Il nous faut trouver un équilibre entre notre rôle de prévention et notre rôle de poil à gratter quand c'est nécessaire", souligne de son côté Daniel Ielli, cofondateur de "France.TV pour tou.te.s", l'association LGBT interne à France Télévisions.

Le recrutement par LCI de la présidente de la Manif pour tous, Ludovine de la Rochère, comme intervenante hebdomadaire à l'antenne a en particulier crispé les militants.

L'intéressée, rémunérée "à la pige", s'indigne elle d'une "atteinte à la liberté de la presse", affirmant se retrouver souvent "seule face à plusieurs" contradicteurs.

"On sent qu'il y a des journalistes qui veulent faire monter la mousse avec un mouvement qui pèse bien moins qu'en 2013", déplore Alexandre Urwicz, président de l'Association des familles homoparentales (ADFH).

"On voit quand même plus de politiques et d'experts cette année qu'en 2013 où il y avait beaucoup trop de place accordée à des opposants qui n'étaient que dans l'idéologie", nuance Nicolas Faget, porte-parole de l'Association des parents gays et lesbiens (APGL).

Selon la professeure en sciences de l'information Claire Blandin, "des choses bougent car il y a un souci médiatique", dit-elle en se félicitant d'une "banalisation des familles homoparentales" dans la presse.

Néanmoins, pour cette lesbienne qui a eu recours à la PMA à l'étranger, "la vigilance est justifiée", notamment parce que certaines femmes refusent encore de témoigner "pour ne pas s'exposer".

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