Jeudi 18 Juillet, 2019

l'Eglise défroque le père Preynat, au cœur de l'affaire Barbarin

Des prêtres catholiques. AFP/Archives / GABRIEL BOUYS

Des prêtres catholiques. AFP/Archives / GABRIEL BOUYS

Le père Bernard Preynat, dont les abus sexuels sur de jeunes scouts ont par effet de ricochet déclenché l'affaire Barbarin, a été défroqué jeudi par un tribunal ecclésiastique, sanction la plus lourde que pouvait infliger l'Eglise à l'abbé de 74 ans.

"Le tribunal a décidé de lui appliquer la peine maximale prévue par le droit de l'Église dans un tel cas, à savoir le renvoi de l'état clérical", a indiqué la juridiction dans un communiqué.

"Ce procès est sans doute dans les deux derniers siècles le plus gros que l'Eglise a eu à gérer, eu égard au nombre de tierces parties et à la qualité même des faits", a souligné le père Bruno Gonçalves, président du tribunal, à l'antenne de RCF.

Bernard Preynat dispose désormais d'un mois pour interjeter un appel qui serait suspensif. Faute de quoi, il ne faudra plus l'appeler "père" mais l'Église fera en sorte qu'il ne se retrouve pas "dans une situation d'indigence", a souligné M. Gonçalves.

Pour François Devaux, cofondateur de l'association de victimes La Parole Libérée, l'Église a été "contrainte" de prendre la décision qu'elle aurait "toujours dû prendre pour Preynat comme pour beaucoup d'autres".

La Conférence des évêques de France a fait savoir qu'elle "tenait à ce que cet acte judiciaire de l'Église soit largement connu", sans pour autant le commenter.

A Lyon, l'évêque auxiliaire Emmanuel Gobilliard relève que "c'est la première fois qu'un tribunal déclare Bernard Preynat coupable sur les faits". Celui-ci n'a pas encore été renvoyé devant la justice correctionnelle.

"Le tribunal a certainement pris en compte les circonstances aggravantes de Preynat, mettant en lumière le fait que son statut de prêtre participe à la manipulation des victimes, et que ce statut a un impact dans les corps, les cœurs et l'esprit des victimes de ces faits", a-t-il ajouté.

Le religieux avait été interdit de tout ministère pastoral après sa mise en cause il y a quatre ans mais il a pu célébrer des messes en privé jusqu'en mars 2018. Son cas a été un révélateur des silences de l'Église de France sur les affaires de pédophilie et a contraint cette dernière à adopter de nouvelles mesures.

- Quid de l'indemnisation des victimes ? -

Tout a commencé fin 2015 avec des plaintes déposées par d'anciens scouts contre Bernard Preynat. Rapidement, des victimes se regroupent en association, La Parole Libérée, pour "briser l'omerta".

Début 2016, Bernard Preynat, qui reconnaît les faits, est mis en examen pour des agressions sexuelles sur plusieurs jeunes scouts, de nombreux autres cas étant prescrits.

Très vite, l'affaire Preynat est devenue l'affaire Barbarin. Fragilisé pour ne pas avoir informé la justice et maintenu le prêtre au sein du diocèse de Lyon jusqu'en 2015, l'emblématique cardinal de Lyon a été condamné en mars dernier à six mois de prison avec sursis.

AFP/Archives / JEFF PACHOUDLe cardinal Philippe Barbarin lors de son procès, le 7 janvier 2019 à Lyon

Tout en clamant son innocence, le Primat des Gaules a présenté sa démission au pape, qui l'a refusée en attendant son procès en appel, prévu le 28 novembre.

La Parole Libérée a réclamé également un procès religieux contre le cardinal, essuyant une fin de non-recevoir.

Interrogé par l'AFP, M. Gonçalves a répondu jeudi qu'une telle procédure supposait que les faits reprochés à l'archevêque "correspondent à un délit sanctionné par le code de droit canonique". En outre, les évêques relèvent des tribunaux du Saint Siège, a-t-il précisé.

La culpabilité du père Preynat étant reconnue, le tribunal ecclésiastique a indiqué qu'il pourrait "désormais se consacrer plus entièrement à l'étude de chacune des demandes de réparation financière" déjà émises par une vingtaine de victimes.

En s'appuyant sur des précédents en Suisse, François Devaux estime qu'elles pourraient tourner "autour de 20.000 euros" en moyenne.

Reste à savoir qui paiera si le prêtre, qui "touche normalement déjà une modeste pension de la Cavimac (caisse de retraite des cultes, ndlr) depuis l'âge de 65 ans" selon M. Gonçalves, s'avère insolvable.

L'archevêché sera-t-il solidaire financièrement du condamné ? A la tête du diocèse, personne n'était en mesure de répondre jeudi soir.

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