Mardi 18 Décembre, 2018

Le tout-puissant patron Carlos Ghosn arrêté au Japon et lâché par Nissan

Carlos Ghosn, PDG de Renault et un des plus grands patrons d'industrie au monde - ici le 1er octobre 2018 à Paris - a été arrêté lundi à Tokyo sur des soupçons de malversations et s'apprête à être limogé par Nissan

Carlos Ghosn, PDG de Renault et un des plus grands patrons d'industrie au monde - ici le 1er octobre 2018 à Paris - a été arrêté lundi à Tokyo sur des soupçons de malversations et s'apprête à être limogé par Nissan

Carlos Ghosn, PDG de Renault et un des plus grands patrons d'industrie au monde, a connu lundi une chute brutale: il été arrêté à Tokyo sur des soupçons de malversations et s'apprête à être limogé par Nissan, qui a dénoncé son "côté obscur".

"C'est un problème que tant d'autorité ait été accordée à une seule personne", a déclaré Hiroto Saikawa lors d'une conférence de presse au siège du groupe à Yokohama, en banlieue de Tokyo.

Se départissant de la prudence adoptée en pareil cas, et sans même attendre les conclusions de l'enquête, Nissan a annoncé la tenue d'un conseil d'administration dès ce jeudi pour démettre M. Ghosn de son poste de président de cette instance.

Carlos Ghosn, qui dirige en outre le conseil d'administration de Mitsubishi Motors, "a pendant de nombreuses années déclaré des revenus inférieurs au montant réel", selon les résultats d'une enquête interne de Nissan menée sur la base du rapport d'un lanceur d'alerte.

Un autre responsable du groupe, Greg Kelly, est également mis en cause.

Si M. Saikawa s'est dit "extrêmement choqué" par ces révélations, il a tout de même reconnu que M. Ghosn avait "réalisé d'importantes réformes et que ce qu'il avait accompli ne pouvait être nié".

- "Chambouler l'alliance" -

Surnommé "cost killer" ("tueur de coûts"), il avait transformé un groupe en pleine débâcle en une société très rentable au chiffre d'affaires annuel de près de 100 milliards d'euros, ce qui lui vaut une certaine vénération dans l'archipel.

En tant que PDG de Nissan, il avait touché pour la période d'avril 2016 à mars 2017 quasiment 1,1 milliard de yens (8,8 millions d'euros au cours de l'époque). Il gagne en outre plus de 7 millions d'euros par an au titre de PDG de Renault, qu'il dirige depuis 2009 (il en était directeur général depuis 2005), des revenus qui ont souvent fait grincer des dents.

Carlos Ghosn a sauvé fin 2016 le constructeur Mitsubishi Motors en prenant, via Nissan, une participation de 34% dans le groupe alors empêtré dans un scandale de falsification de données.

Renault détient 43% de Nissan, qui possède 15% du groupe au losange, tandis que Nissan possède 34% de son compatriote Mitsubishi Motors. De récentes rumeurs de fusion avaient filtré récemment.

En fin de matinée, le président français, Emmanuel Macron, avait déclaré que l'Etat français serait "extrêmement vigilant à la stabilité" de Renault et de l'alliance avec Nissan.

Selon les experts du secteur, les accusations portées contre Carlos Ghosn portent un rude coup au trio franco-japonais qui revendique le titre de premier ensemble automobile mondial, avec 10,6 millions de voitures vendues l'an dernier, dépassant ses rivaux Toyota ou Volkswagen.

A la Bourse de Paris, le titre de Renault s'effondrait de plus de 10% en séance. La place tokyoïte était, elle, fermée quand les premières informations sont apparues.

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