Le système financier haïtien en état d’alerte, selon les autorités monétaires et juridiques

Ces autorités se sont rencontrées autour de la menace qui pèse sur le secteur financier haïtien.

Une importante rencontre-débat organisée par le Ministère de la justice et la Banque de la République d’Haïti (BRH), a eu lieu le vendredi 26 août dernier au Centre de conventions de la Banque centrale, réunissant des membres de l’Exécutif, du Parlement, de la Cour supérieure des comptes, de la Police nationale d’Haïti, du secteur financier et du secteur des affaires. Le Gouverneur de la Banque centrale, Jean Baden Dubois et le Ministre de la Justice, Camille Junior Edouard, ont voulu attirer l’attention des différents acteurs sur le danger qui menace le secteur financier local à la veille d’une importante réunion qui se tiendra en novembre prochain sur la problématique du blanchiment de capitaux et du financement du terrorisme.

À la veille de cette réunion du Groupe d’action financière de la Caraïbe (GAFIC), les leaders financiers et juridiques haïtiens veulent adopter un ensemble de mesures pour éviter que le pays ne soit pointé du doigt par les responsables de l’organisation internationale. Une telle situation pourrait donner lieu à l’isolement des banques évoluant en Haïti au cas où les banques correspondantes dans les pays les plus avancés décideraient de ne plus les représenter au niveau international.

Il importe de rappeler que le GAFIC avait émis, en juin 2016, une déclaration publique indiquant des déficiences dont souffre le système financier haïtien dans le cadre de la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Un second avertissement de cette organisation en moins de six mois, pourrait encourager des responsables de banques internationales à mettre fin à leurs relations avec des banques se retrouvant dans le système financier haïtien.

Le numéro un de la Banque centrale prévoit des conséquences négatives au cas où une nouvelle déclaration publique serait émise sur Haïti. Il faudrait, selon lui, s’attendre à un net ralentissement des transactions financières internationales (transfert, lettre de crédit, …) En raison des risques de cessation des relations de correspondances bancaires, encore appelé le phénomène du «  de-risking » et pourrait éventuellement déboucher sur l’isolement financier du pays.

Le Gouverneur de la BRH a précisé que, dans le cas de la cessation des relations entre les banques locales et internationales, 93 % des exportations haïtiennes, 75 % des transferts reçus de l’extérieur, 72 % des transferts vers l’étranger seraient affectés de manière significative. Il craint aussi pour les 2 milliards de dollars USD de transferts de la diaspora haïtienne qui représentent plus de 20 % du Produit intérieur brut (PIB).

Les différents acteurs présents à la rencontre-débat se sont engagés à travailler conjointement, au cours des prochains mois, pour renforcer l’écosystème financier haïtien et le rendre ainsi moins vulnérable. Parmi les mesures urgentes à adopter, on peut citer : l’amendement de la loi anti-blanchiment de 2013, l’adoption d’une loi organique pour l’UCREF et l’adoption du nouveau code pénal.

     

0 comments