Jeudi 9 Juillet, 2020

Le premier millionnaire noir aux États-Unis fût un Haïtien

À 20 ans, Jeremiah G. Hamilton a échappé belle à une tentative d’exécution par les autorités haïtiennes pour une liasse de « faux billets » qu’il s’apprêtait à distribuer dans l’économie haïtienne sous l’obédience d’un groupe de commerçants newyorkais.

C’est une histoire méconnue par plus d’un. En Haïti, là où il fût né entre 1806 et 1808, de même qu’à New York aux États-Unis, là où il a bâti sa fortune estimée à 2 millions de dollars américains à sa mort en 1875, l’équivalent de plus de 250 millions en 2018.

« Il n'y a aucune image connue de Hamilton. Pas une peinture à l'huile, un croquis, pas même une photographie […] », se plaint son biographe Shane White*, professeur d’histoire américaine à l’Université de Sydney (Australie).

Plus de deux cents ans plus tard, des doutes émergent sur le lieu de naissance de Hamilton, mais nombreux chercheurs se sont mis d’accord qu’il a vu le jour en Haïti, entre 1806 et 1808. Mais tout le monde ignore quand et comment il s’est rendu pour la première fois aux États-Unis.

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White, son biographe, rapporte que le 27 février 1828 Hamilton arriva secrètement à la rade de Port-au-Prince à bord du vaisseau Ann Eliza Jane. Avant de jeter l’ancre en Haïti, il a fait une escale au Canada.

Dans son périple, Hamilton transportait une liasse de « faux billets », à l’initiative de quelques éminents hommes d’affaires américains, qu’il entendait distribuer sur tout le territoire national. Les raisons de cette initiative ne sont pas toutefois élucidées.

Informées à temps, les autorités haïtiennes ont lancé un guet-apens dans le but de mettre la main au collet du jeune homme de 20 ans qui a eu le temps de s’échapper au bord d’un navire pour New York.

Il a, par la suite, été condamné à la peine de mort par contumace avec une charge de 300 dollars américains. Jusqu’à sa mort il a juré fidélité à ces hommes d’affaires qui l’avaient poussé à entreprendre cette expédition.

« Une honte pour la race noire »

Lorsque la nouvelle de l’expédition a défrayé la chronique, le Freedom’s Journal, un papier qui défendait la cause des afro descendants à l’époque, l’avait qualifié de « disgrâce » pour la race noire.

A sa mort survenue en 1875, le journal a récidivé en le qualifiant de « traître ».

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Sa fortune

Les origines de l’enrichissement de ce dernier apparaissent opaques pour plus d’un. Il a été affublé du pseudonyme « Prince des ténèbres » par les médias en raison de cet étourdissement que provoque sa richesse. On le traitait avec dédain dans certains milieux, et l’on croyait qu’il s’enrichissait illicitement.

Cinq ans après son arrivée à New York, d’après The Atlantic, très prestigieux hebdomadaire américain, « Hamilton s’est taillé une réputation de pirate, ce qui révélé assez lucratif […] En 1835, toutes les compagnies d'assurance maritime de New York ne cachèrent pas qu'elles avaient collectivement accepté de ne garantir aucun voyage impliquant Hamilton ».

Seul Noir à Wall Street au milieu de la ségrégation, Hamilton a su compter sur la protection de quelques collègues hommes d’affaires blancs. Certains l’accusent même de blancophile parce qu’il ne fréquentait que des blancs à l’époque.

Sa femme Eliza qui l’a aidé à s’évader d’une tentative d’assassinat pendant les émeutes à New York en 1863, était blanche.

Nous sommes en pleine guerre de Sécession. Des Blancs débarquaient à la maison pour le lyncher, et les malfrats ont dû rebrousser chemin avec liqueurs, cigarettes et vêtements usagés après qu’ils ont été dissuadés par Eliza.

Hamilton a succombé le 19 mars 1875 à une pneumonie. Même notoire homme d’affaires, son décès n’a pas gagné une si grande attention dans les cercles qu’il a fréquentés à New York.

* Auteur du livre Prince of Darkness: The Untold Story of Jeremiah G. Hamilton, Wall Street’s First Black Millionaire (St. Martin’s Press, 2015)

 

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