Samedi 28 Mars, 2020

Le Nobel de la paix à deux héros de la lutte contre les violences sexuelles

Montage photos du 5 octobre 2018 du médecin congolais Denis Mukwege et de la Yazidie Nadia Murad, prix Nobel de la Paix 2018

Montage photos du 5 octobre 2018 du médecin congolais Denis Mukwege et de la Yazidie Nadia Murad, prix Nobel de la Paix 2018

Le prix Nobel de la paix a été attribué vendredi au médecin congolais Denis Mukwege et à la Yazidie Nadia Murad, ex-esclave du groupe Etat islamique, deux champions de la lutte contre les violences sexuelles employées comme "armes de guerre" dans les conflits.

Ils ont été récompensés "pour leurs efforts pour mettre fin à l'emploi des violences sexuelles en tant qu'arme de guerre", a déclaré la présidente du comité Nobel norvégien, Berit Reiss-Andersen.

- "On ne s'habitue jamais"

"L'homme qui répare les femmes" –-titre d'un documentaire qui lui a été consacré-- dit voir en ces violences sexuelles des "armes de destruction massive".

Sa co-lauréate irakienne Nadia Murad, issue de la minorité yazidie, a elle-même vécu de telles horreurs.

"La première chose qu'ils ont faite, c'est de nous forcer à nous convertir à l'Islam", confiait-elle à l'AFP il y a deux ans. "Après, ils ont fait ce qu'ils ont voulu".

"On ne s'habitue jamais à raconter son histoire. On la revit chaque fois", confie-t-elle dans son livre "Pour que je sois la dernière". Mais "mon histoire, relatée honnêtement et prosaïquement, est l'arme la plus efficace dont je dispose pour lutter contre le terrorisme, et j'ai bien l'intention de m'en servir jusqu'à ce que ces criminels soient traduits en justice".

Sur tous les continents, le viol fait des centaines de milliers de victimes dans les conflits ou les campagnes d'oppression de minorités.

"Les victimes sont condamnées à perpétuité mais leurs bourreaux?", s'indigne-t-il.

Adoptée en 2008 par le Conseil de sécurité de l'ONU, la résolution 1820 stipule que les violences sexuelles en temps de conflit "peuvent constituer un crime de guerre, un crime contre l'humanité ou un élément constitutif du crime de génocide".

"#MeToo et les crimes de guerre, ce n'est pas la même chose", a commenté Mme Reiss-Andersen. "Mais ils ont en revanche un point commun: c'est qu'il est important de voir la souffrance des femmes, de voir les abus et de faire en sorte que les femmes renoncent à la honte et osent parler".

L'onde de choc s'est propagée jusqu'à l'institution Nobel puisqu'un scandale de viol a poussé l'Académie suédoise à reporter d'un an le Nobel de littérature 2018.

Il leur sera remis à Oslo le 10 décembre, date-anniversaire de la mort de son fondateur, l'industriel et philanthrope suédois Alfred Nobel (1833-1896).

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