Dimanche 18 Novembre, 2018

Le mandat d'arrêt contre Assange toujours valide, selon la justice

 La justice britannique a décidé mardi que le mandat d'arrêt visant le fondateur de WikiLeaks Julian Assange, réfugié à l'ambassade d'Equateur de Londres depuis près de six ans, était valide.

"Je ne suis pas convaincue que le mandat doive être levé", a déclaré mardi à l'audience la juge du tribunal londonien de Westminster, Emma Arbuthnot.

Dans sa décision, la magistrate a indiqué qu'elle allait désormais examiner si le maintien de ce mandat d'arrêt était dans l'intérêt public, une question soulevée par la défense.

L'Australien de 46 ans avait trouvé asile en juin 2012 à l'ambassade d'Equateur, un immeuble de briques rouges situé dans le quartier chic de Knightsbridge, à un jet de pierre du magasin de luxe Harrods, alors qu'il était recherché par la justice suédoise pour des accusations de viol qu'il niait.

Mais après moult rebondissements, le parquet suédois a fini par classer l'affaire en mai 2017. Pour ses avocats, le mandat d'arrêt britannique émis à son encontre avait donc "perdu son objectif et sa fonction".

Sa défense invoquait également les problèmes de santé de Julian Assange qui, selon elle, n'a pas accès aux soins médicaux, et souffrirait de problèmes aux dents, à l'épaule et de dépression.

Dans l'espoir de trouver une solution au casse-tête judiciaro-diplomatique, Quito lui a accordé en décembre la nationalité équatorienne, demandant à Londres de lui reconnaître un statut diplomatique, ce qui aurait permis à Assange de quitter l'ambassade sans être arrêté par la police britannique.

Mais le Royaume-Uni a refusé de lui accorder ce statut.

Lors d'une première audience fin janvier, le parquet britannique maintenait que le mandat d'arrêt britannique était toujours valide car Julian Assange n'avait pas respecté les conditions de la liberté sous caution qui lui avait été octroyée.

Le procureur Aaron Watkins avait même qualifié d'"absurdes" les arguments présentés par les avocats d'Assange, la police britannique signifiant de son côté qu'elle interpellerait l'Australien s'il s'aventurait hors de l'ambassade.

En cas d'arrestation, le fondateur de WikiLeaks craint d'être ensuite extradé et jugé aux États-Unis pour la publication par WikiLeaks en 2010 de nombreux secrets militaires et documents diplomatiques américains.

Le ministre américain de la Justice Jeff Sessions avait assuré en avril dernier que l'arrestation de Julian Assange était une "priorité" pour l'administration Trump.

Le règlement du dossier est pressant pour le président équatorien Lenin Moreno, qui a reconnu que la présence continue d'Assange à l'ambassade constituait un "problème", hérité de son prédécesseur Rafael Correa, grande figure de la gauche sud-américaine, qui avait nargué Washington en donnant l'asile au fondateur de WikiLeaks.

Agacé, l'Équateur avait demandé en novembre à Julian Assange, qui s'était prononcé en faveur de l'indépendance de la Catalogne, d'éviter de faire des déclarations susceptibles "d'affecter" les relations internationales de Quito.

Depuis 2012, Julian Assange n'a fait que de rares apparitions publiques au balcon de l'ambassade, où il vit dans un petit appartement, avec un chat pour seule compagnie. Un four à micro-ondes, un tapis de course et une lampe à UV améliorent l'ordinaire, mais ceux qui lui ont rendu visite décrivent des conditions éprouvantes.

S'il était amené à quitter l'ambassade, l'Australien n'aurait plus forcément l'image du défenseur des libertés qu'il avait pu avoir au moment où il y avait trouvé refuge.

Personnage désormais controversé, Julian Assange a été accusé récemment d'être un valet de la Russie en raison de son influence sur l'élection du républicain Donald Trump à la Maison Blanche.

En juillet 2016, WikiLeaks avait publié 20.000 courriels piratés du Parti démocrate, dont certains très préjudiciables à la campagne de Hillary Clinton. En octobre, un mois avant le scrutin, ce sont des milliers d'emails du président de l'équipe de campagne de la démocrate, John Podesta, qui étaient publiés par WikiLeaks, suscitant des éloges appuyés du candidat Donald Trump.

Face aux accusations, Julian Assange a nié que la Russie ou tout autre État était derrière ces fuites.