Jeudi 21 Novembre, 2019

Le frère du président hondurien reconnu coupable de trafic de drogue

Le président hondurien Juan Orlando Hernandez lors d'une conférence de prese à Tegucigalpa le 3 octobre, lors de laquelle il a balayé les accusations de pots-de-vin émises lors du procès féédral new-yorkais
afp.com - Orlando SIERRA

Le président hondurien Juan Orlando Hernandez lors d'une conférence de prese à Tegucigalpa le 3 octobre, lors de laquelle il a balayé les accusations de pots-de-vin émises lors du procès féédral new-yorkais afp.com - Orlando SIERRA

Le frère du président hondurien Juan Orlando Hernandez a été reconnu coupable de trafic de cocaïne par un jury new-yorkais vendredi, une décision immédiatement dénoncée par le dirigeant hondurien alors que l'opposition appelait à des manifestations pour réclamer sa démission.

Après deux semaines d'un procès où le gouvernement hondurien a été accusé d'avoir touché des millions de dollars de pots-de-vin des narcotrafiquants, les 12 jurés du tribunal fédéral de Manhattan ont reconnu Tony Hernandez coupable des quatre chefs d'accusation contre lui, dont trafic de drogue, faux témoignage et possession d'armes à feu.

Le frère du président hondurien, un ex-député de 41 ans, devrait connaître sa peine lors d'une audience fixée au 17 janvier 2020.

Emprisonné aux Etats-Unis depuis son arrestation à l'aéroport de Miami en novembre 2018, il risque désormais la prison à perpétuité.

Le président Juan Orlando Hernandez, ou "JOH", a immédiatement dénoncé ce verdict.

"J'ai appris avec une grande tristesse la nouvelle du jugement new-yorkais", a réagi sur Twitter ce dirigeant qui s'est montré un partenaire privilégié de Donald Trump dans ses efforts pour réduire le flot de migrants d'Amérique centrale à destination des Etats-Unis. "Que peut-on dire d'une condamnation basée sur des témoignages d'assassins reconnus?"

"Nous rejetons les versions fausses et irresponsables qui cherchent à salir le nom du Honduras à l'origine de ce jugement", a-t-il ajouté.

Mais l'opposant et ex-président de gauche Manuel Zelaya, renversé par un coup d'Etat en 2009, s'est lui félicité sur Twitter que "la justice nord-américaine ait révélé le réseau de trafic de drogue et de corruption dirigé par l'Etat du Honduras".

Il a appelé les habitants de ce petit pays d'Amérique centrale, miné par la pauvreté, l'instabilité politique et la criminalité, à manifester pour réclamer la démission du président.

- "Impunité totale" -

Lors du procès, le procureur fédéral de Manhattan avait affirmé, témoignages d'ex-trafiquants à l'appui, que Tony Hernandez était impliqué dans le trafic de quelque 200 tonnes de cocaïne depuis 2004 au moins, opérant "avec une impunité totale" grâce à la protection de son frère, contribuant à "pourrir les institutions du Honduras".

"L'accusé était protégé par l'actuel président (du Honduras), qui a reçu des millions de dollars de pots-de-vin de narcotrafiquants, dont (Joaquin) Guzman +El Chapo+", avait déclaré le procureur dès l'ouverture du procès le 2 octobre.

Quelques jours plus tard, Alexander Ardon, ex-narcotrafiquant et ex-maire hondurien, avait notamment témoigné à la barre avoir assisté en 2013 à une réunion lors de laquelle le puissant co-dirigeant du cartel de Sinaloa aurait remis un million de dollars en espèces à Tony Hernandez, une somme destinée à la campagne électorale de son frère.

Le président hondurien avait immédiatement qualifié ces accusations de "fausses à 100%, absurdes et ridicules", mais elles avaient suscité des appels à sa démission et des manifestations au Honduras.

L'avocat de la défense, Omar Malone, avait lui mis en doute la crédibilité des principaux témoins à l'origine de ces accusations, des ex-narcotrafiquants parfois reconnus coupables d'assassinats.

Mais ces arguments n'ont visiblement pas ébranlé les jurés, qui ont rendu leur verdict de culpabilité vendredi après moins de deux jours de délibérations.

Dans un communiqué, le procureur Geoffrey Berman s'est réjoui d'un verdict qui présage d'une "lourde peine" pour Tony Hernandez, et un responsable de la DEA a assuré que l'agence anti-drogue américaine allait "continuer à travailler avec ses partenaires pour obtenir justice, quel que soit le rang social" des suspects.

L'avocat du condamné, Tony Hernandez, a lui annoncé son intention de faire appel. "La bataille juridique continue", a-t-il déclaré à la sortie du tribunal.

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