Jeudi 22 Août, 2019

Le Festival Nouvelles Vues Haiti est une fête!

De gauche à droite: Laila Petrone Peynado, Jean Jean, Johanné Gómez Terrero. Crédit Photo: Féguenson Hermogène

De gauche à droite: Laila Petrone Peynado, Jean Jean, Johanné Gómez Terrero. Crédit Photo: Féguenson Hermogène

Ça tourne. Ça grouille à Port-au-Prince. Le Festival Nouvelles Vues Haiti fait battre intensément, du 22 au 26 mai, le cœur d’une ville aux ressources pillées, d’une capitale sans salles, sans espace de création et d’expression. Ciné Triomphe, salle rénovée en 2015, a accueilli le mercredi 22 mai, le lancement de la 3e édition de cet évènement devenu désormais un rendez-vous annuel. 

Au moment où tous les yeux sont fixés sur le très prestigieux Festival de Cannes,  ici en Haïti, la salle Lumane Casimir était le théâtre d’un lancement en grande pompe qui a drainé une foule de jeunes en quête de divertissement. Soirée de retrouvailles pour les aficionados du cinéma. C’est à croire que les festivaliers veulent renouer avec cette vieille habitude, perdue au fil des années de turbulences, d’émeutes, de catastrophes naturelles et humaines, de calamités programmées. 

« Le cheminement est long et difficile, nous l’avions su dès le départ : s’investir dans l’évènementiel dans cette conjoncture difficile n’est pas du tout rose. Redonner goût et l’envie d’aller voir des films à un public désabusé par tant d’années d’incertitudes et de galères est un dur combat, un énorme poids sur nos frêles épaules », a relaté Wendy Désert, fondatrice de l’événement, dans son allocution de circonstance. 

Le documentaire de Marie Claude Fournier sur la vie de feu Vivianne Gauthier, éminente danseuse dont le savoir-faire et le talent n’ont cessé de hanter la mémoire de tous les passionnés de la danse, a été projeté. Cette projection était suivie de « Carpinteros » de la dominicaine José Maria Cabral, en présence de Jean Jean invité spécial et acteur principal du film. Déjà, l’assistance s’est montrée très satisfaite. Un bon départ pour ces jeunes qui croient, mordicus, que le cinéma est une de ces armes qui peut sauver Haïti.  Au même titre que son artisanat, sa musique, sa littérature.  

Une trentaine de film au menu, une soirée festive avec le disc joker haïtien Gardy Girault, au Yanvalou, ce vendredi 24 mai. Le cinéma va flirter avec la musique électronique. Mais un festival c’est aussi un canal de transmission de savoirs, de partages de connaissances et de compétences. Les organisateurs avaient donc pensé à organiser des ateliers de formation, à créer des espaces de rencontres et de réseautage entre les artistes et tous ceux intéressés au métier.

 

Festival Nouvelles Vues, initié par l’association SineNouvèl, structure  composée majoritairement de jeunes issus de Ciné Institute, veut laisser une empreinte indélébile dans le paysage cinématographique haïtien. Jeunes, rêveurs, ils sont déterminés à revendiquer  une place de choix pour cette discipline qui secoue le monde depuis le siècle dernier. Croisement culturel, carrefour de toutes les émotions, voilà  un bon prétexte pour fêter le cinéma sur une île laminée, sur un coin de terre où les histoires pullulent à la minute.

Le cinéma porte-voix d’une nouvelle génération

Ce festival a le mérite d’avoir dans sa programmation des films d’auteurs qui sont très peu connus et très peu diffusés. Un carrefour ouvert sur le reste du monde. Cette année, le festival garde son œil grand ouvert sur la République dominicaine, pays à l’honneur.  C’est un dialogue que le comité organisateur installe avec le pays : ces deux territoires doivent se parler à travers l’art, au-delà des clichés politiques et historiques qui les divisent. 

Le cinéma fait rêver. Pour Henry Agel, c’est ce qui dématérialise le monde et il n’a pas tort. Même s’il n’existe pas de ciné-club, de cinémathèque, la passion pour le septième art reste, ici, intact. Il y a un vide chez nous, la quantité de productions chute depuis quelques années, le pays n’arrive pas à produire 5 films par an. Changer le paysage audiovisuel, c’est le pari de SineNouvèl. Mais ces jeunes ne sont pas seuls. Les aînés, Rachelle Magloire, Richard Senecal, Arnold Antonin, sont tous aussi des figures qui prêtent main forte à cette initiative on ne peut plus louable. Ce festival est une lutte pour le triomphe du cinéma.

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