Jeudi 29 Octobre, 2020

Le concours « Mare tèt »: pour soulever le débat sur l’identité

Lancé en juin, le concours « Mare tèt ou pou w demare lespri w » est une initiative de l’association Bote Kreyòl Ayiti, pour rappeler au public que malgré la Covid-19, elle est encore opérationnelle, mais surtout pour poursuivre la campagne entamée depuis 2016 sur la tendance « Mare tèt ».

« Mare tèt » une tendance qui se répand actuellement en Haïti. Pour ajouter une dernière touche à leur look, des femmes utilisent un mouchoir, et se font un noeud autour de la tête, allant de pair avec leur allure. Une marque d’esthétisme, diront certaines. Mais plus que cela, répondra Bote Kreyòl Ayiti .

En effet, loin d’être une pratique liée totalement au look, au besoin de compléter sa parure, le « mare tèt » s’inscrit dans un processus de « réappropriation ». « Se servir d'un handicap, travailler une faiblesse jusqu'à ce qu'elle devienne une force. Il s'agissait d'une imposition du colon qui devient un trait culturel », fait savoir Marie Murielle Morné, présidente de l’association Bote Kreyòl Ayiti.

Son affirmation nous ramène au temps de la colonie où les Blancs forçaient les femmes esclaves à cacher leurs cheveux crépus sous des mouchoirs, considérant qu’elles rivalisaient avec leurs femmes blanches et libres. A présent, point n’est besoin d’user de la force, le « mare tèt » vient volontairement et naturellement.

 

En outre, il n’y a pas que les femmes qui s’ornent la tête avec les mouchoirs. Les hommes aussi se mettent de la partie. La preuve, pour la première phase finale concours déroulée du 29 juin au 11 juillet, deux hommes figureraient parmi les 35 candidats.

Une pratique ancestrale selon Murielle, le « mare tèt » permettrait à ceux et celles qui s’y adonnent de s’extérioriser. « Se on mwayen ekspresyon ki diferan de on lòt » nous dit-elle.

L’association B-KA, à travers ses différents ateliers, insère de temps en temps des causeries se portant sur le sens de cette pratique, ce qu’il représente pour les Haïtiens, la valeur identitaire qu’elle charrie et qui doit être appropriée. Ces causeries permettent aussi de se défaire des fausses idées autour de cette habitude.

Comme dit tantôt, le concours est à sa 2e phase. Celle-ci consiste pour les candidates de soumettre une photo dans laquelle elles portent un "mare tèt". La première phase était quasiment pareille, sauf qu’ils étaient libres d’opter pour le « mare tèt » qui leur convient. La 2e phase pend fin le samedi 18 juillet, et les votes ont lieu sur le compte IG de Bote Kreyòl Ayiti.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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La troisième et dernière phase, quant à elle, aura lieu en présence d’un jury où les finalistes subiront maintes épreuves afin que cinq d’entre elles soient retenues. (Elles sont 10 jeunes femmes pour le moment).

Le concours couronnera trois gagnantes et les deux autres auront des primes de consolation. Les primes à gagner sont des séances de maquillage, de l'argent, des cartes de recharge, des bijoux, des accessoires décoratifs, livres, pour ne citer que ceux-là.

« Mare tèt », plus que du fashion, une appropriation identitaire.

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