Jeudi 18 Juillet, 2019

Le chemin de croix des usagers de la route de Martissant

Crédit Photo: Georges Maurice Saintilaire

Crédit Photo: Georges Maurice Saintilaire

Depuis plus d'une semaine, la situation sécuritaire se dégrade dans la zone de Martissant. Tirs à l'arme automatique, décès par balles, cadavres calcinés... des gangs rivaux s'affrontent dans le sud de Port-au-Prince, créant ainsi une psychose chez les usagers de cette voie. Ajoutés à cela, l'embouteillage et l'insalubrité qui bloquent davantage la circulation.

9 heures du matin. Bizoton, route de Carrefour. Plusieurs longues files de véhicule restent figés. Les chauffeurs de taxi moto, eux aussi circulent difficilement. L'embouteillage est monstre et retarde tout le monde. « Que se passe-t-il exactement ? », s'interroge perplexe Max, qui est obligé de subir cette situation depuis plusieurs jours. 

Tout comme Roger, dans la cinquantaine, qui doit faire le plein de son véhicule, deux fois plus souvent que d’habitude. De Carrefour, il met environ 5 heures pour arriver à son travail, au Parquet de Port-au-Prince. « C'est révoltant ! Cette situation n'est pas nouveau, et les autorités ne font rien pour pallier ce problème », s'indigne ce citoyen.

Coulées de boues, tonnes d'immondices... le transport en commun est lourdement affectés. « Les recettes ont complètement diminué. Je ne peux plus faire le même nombre de course par jour », explique un chauffeur de mini bus, assurant le trajet Carrefour/Centre-Ville. En colère, certains passagers s’impatientent. 

De Carrefour jusqu'à Martissant, la longue file d'attente se renforce. Entre les véhicules, Flore, une jeune demoiselle qui fulmine. Elle est en retard à son rendez-vous. Flore va prendre une moto, à ses risques et périls mais surtout, à des frais très élevés. « C’est toujours mieux que de rester bloquée des heures dans une voiture », affirme-t-elle.

Sur le trottoir, quelques dizaines de citoyens font le trajet à pieds. « J'étais à bord d'un minibus. Au bout de 2 heures, je suis obligée continuer à pied », informe Annette, une sexagénaire qui ne veut pas risquer sa vie sur une motocyclette. 

De l'embouteillage, l'insalubrité, s'ajoutent les conflits armés entre les gangs rivaux de Martissant et Village de Dieu. Les tirs sporadiques retentissent quotidiennement, provoquant la peur chez les usagers de cette route donnant accès à au moins 5 départements. « A pied ou en voiture, on est exposé partout », se plaint un passager, à bord d'un tap tap. Les automobilistes prennent leur mal en patience et ne peuvent pas prendre de raccourci. Le seul accessible est jugé trop dangereux.

Les risques de braquage sont élevés. Au niveau du bicentenaire, où les bouchons sont très denses, les bandits armés s'affrontent et rançonnent en toute quiétude. « Lorsque je fréquente la route de Martissant, j'ai toujours mon chapelet avec moi. Je prie constamment pour que les bandits ne viennent pas m'attaquer », explique ce passager, craignant pour sa vie.

La situation est encore plus stressante dans la soirée. « On entend des tirs, mais on ignore leur provenance. Impossible d'accélérer à cause des bouchons », explique Carla qui habite Fontamara. Refusant de s'exposer trop souvent, cette jeune Comptable préfère passer la semaine à Delmas, chez une collègue de travail.

Inquiétés, frustrés et désespérés, les citoyens appellent les autorités à prendre les mesures nécessaires, afin de stopper l'action des bandits qui ne cessent d'imposer leur loi dans la 3e circonscription de Port-au-Prince.

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