Mardi 11 Août, 2020

Le bicolore haïtien entre à la Saïd Business School d'Oxford. Interview avec Florian Alvarez

Florian Alvarez, étudiant en MBA à la Saïd Business School (SBS) de l’Université d’Oxford au Royaume-Uni / A gauche, le drapeau haïtien accroché dans l’espace communal dédié aux étudiants de la SBS.

Florian Alvarez, étudiant en MBA à la Saïd Business School (SBS) de l’Université d’Oxford au Royaume-Uni / A gauche, le drapeau haïtien accroché dans l’espace communal dédié aux étudiants de la SBS.

"Avoir le drapeau haïtien affiché dans notre salle commune est un rappel que je suis là au même titre que les autres et cet emblème lance le message que les Haïtiens ont la capacité d’accomplir de grandes réalisations" | Florian Alvarez

Diplômé en Administration des affaires à l'Ecole nationale supérieure de Technologie (ENST), Florian Alvarez, 26 ans, poursuit actuellement des études de master en Administration des affaires (MBA) à la Saïd Business School (SBS) de l’Université d’Oxford, institution vielle de 900 ans. Au Royaume-Uni, le jeune entrepreneur embrasse intensément ce chapitre qu'il considère comme un rêve qui se réalise. Passionné de la photographie, il capture tout sur son passage et partage ses prises avec sa communauté via son compte Instagram, notamment. Récemment, celui qui se dit "très fier d’être Haïtien" jubilait d'avoir fait entrer le drapeau de son pays dans la fameuse salle commune dédiée aux étudiants de la SBS. Plus que pour le symbole, par ce simple acte, il a surtout voulu envoyer un message fort à ses jeunes compatriotes. Interview.

Photo: Instagram @florian_ave

Parlez-nous du contexte de votre présence au Royaume-Uni :

F.A : Depuis septembre 2019, je poursuis un programme de maîtrise en administration des affaires (MBA) à la Saïd Business School (SBS) de l’Université d’Oxford au Royaume-Uni. Ce programme dure une année et est très sélectif. J’ai toujours rêvé de réaliser des études supérieures dans une université de classe mondiale. Donc, après une longue et intense période de préparation pour les tests standardisés comme le GMAT et le TOEFL, j’ai décidé de focaliser mon attention sur une demande d’admission à l’Université d’Oxford. Cependant, le programme MBA étant assez onéreux, j’ai dû aussi me concentrer sur la recherche de sources de financement. C’est ainsi que j’ai découvert la bourse Chevening octroyée par le gouvernement britannique pour laquelle j’ai postulé et que j’ai eu le privilège d’obtenir en 2019.

Comment se déroule l'expérience jusqu'ici ? Des découvertes, des passions ?

Mon expérience à l’Université d’Oxford est extraordinaire. Dès le premier jour de mon arrivée, j’ai été fasciné par la richesse de l’histoire de cette université qui existe depuis plus de 900 ans.

Sur le plan académique, les premiers mois m’ont servi à m’adapter au système éducatif britannique. Bien que plusieurs cours comme la comptabilité et la finance me paraissaient familiers compte tenu de mon expérience professionnelle, j’ai dû redoubler d’efforts pour produire des dissertations sur des sujets beaucoup plus complexes comme le comportement organisationnel. La majorité de mes cours s’appuient sur des études de cas, ce qui facilite beaucoup l’apprentissage. En outre, un autre aspect important est le niveau élevé et la diversité des échanges que nous avons en classe dû au fait que mes camarades sont des professionnels expérimentés qui viennent de plus de 60 pays.

L'un des aspects fondamentaux du MBA de Saïd Business School qui a orienté mon choix est son emphase sur l'entrepreneuriat et l’impact social, lesquels donnent accès à de nombreux programmes parascolaires. Étant donné mon intérêt pour l'entrepreneuriat, j'ai rejoint le « Ideation Lab » pour stimuler davantage mon esprit entrepreneurial. Récemment, j'ai également rejoint le programme « Lead for Impact » pour renforcer mon sens de leadership avec un accent sur l'impact social et environnemental.

Dès que j’ai eu la mesure du programme, je me suis focalisé pour profiter de l’expérience Oxonienne.

En dehors des études, je vais de temps en temps à la légendaire Société de débat de l’Oxford Union où j’ai eu l’opportunité d'assister à des présentations intéressantes délivrées par des personnalités remarquables telles que le designer Calvin Klein et le footballeur Petr Čech. J’essaie d’assister au moins à un dîner formel toutes les deux semaines dans l’un des 38 collèges de l’université.

Sur cette photo: Marc Alain Boucicault, PDG de Banj, Molaine Louis, responsable financière et Florian Alvarez, directeur de Banj Labs

Avant votre départ pour Oxford vous avez été très engagé en Haïti (Elan, Banj etc). Avez-vous d'autres engagements actuellement au Royaume-Uni à part les études ?

Il faut dire qu’un programme de MBA d’une année est très intense et demande un certain niveau de concentration. Malheureusement, cela ne me laisse pas autant de temps que j’aurais voulu pour m’engager socialement comme c’était le cas en Haïti. Cette année, l’un de mes objectifs est d’agrandir mon réseau pour amplifier les initiatives futures que je compte entreprendre une fois revenu au pays.

Quels sont vos projets après cette maîtrise à Oxford ?

D’une part, après avoir obtenu mon diplôme, je compte certainement revenir en Haïti pour apporter mes compétences et ma contribution au secteur privé. Je veux aussi être un catalyseur pour le développement de relations commerciales entre Haïti et le Royaume-Uni.

D’autre part, je suis aussi intéressé au mentorat et à l’expansion des opportunités de développement personnel aux jeunes haïtiens. Je souhaite promouvoir le programme de bourse Chevening auprès de potentiels partenaires afin qu’il y ait davantage de bourses Chevening alloués aux ressortissants d’Haïti. Je compte également mentorer les futurs leaders désireux de poursuivre des études supérieures au Royaume-Uni, notamment à l’Université d’Oxford.

 

Vous célébriez récemment l'entrée du bicolore haïtien à la SBS. Qu'est-ce que cela représente concrètement pour vous et quel rôle avez-vous joué dans cette réalisation ? 

A la Saïd Business School (SBS), toutes les nations qui y ont été représentées depuis sa création ont leur drapeau affiché dans l’espace communal dédié aux étudiants. A peine arrivé, j’ai remarqué que le drapeau haïtien y manquait. Étant vraisemblablement l’un des rares - sinon l’unique - étudiants originaires d’Haïti à SBS, j’ai rapidement fait les suivis avec l’administration pour qu’il y soit ajouté.

Je suis très fier d’être haïtien ! Partout où je suis, je m’évertue de représenter dignement le pays et de montrer qu’on a beaucoup plus à offrir que l’image de bénéficiaire de l’aide humanitaire qui est fréquemment associé au pays. Dans mes discussions en classe ou avec mes camarades, je partage des perspectives différentes d’Haïti, en me focalisant sur les initiatives extraordinaires comme Banj qui se développent dans le pays. Avoir le drapeau haïtien affiché dans notre salle commune est un rappel que je suis là au même titre que les autres et cet emblème lance le message que les haïtiens ont la capacité d’accomplir de grandes réalisations.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes haïtiens intéressés par des études à l'étranger ?

Il y a plusieurs éléments qui ont fait la différence pour moi et qui peuvent aussi servir à des étudiants intéressés à poursuivre des études à l’étranger. Ces éléments consistent en l’information, la préparation, le mentorat ainsi que la confiance en soi et l’ouverture d’esprit. Les cinq conseils de Florian Alvarez ont fait l'objet d'un autre article disponible sur ce LIEN

Propos recueillis par Raoul Junior Lorfils 

Twitter : @lorfilsraouljr

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