Vendredi 19 Juillet, 2019

Gourgueder encourage la poursuite de la lutte pour la réforme de l'UEH

Un graffiti réalisé au local de la Faculté d'Ethnologie en hommage à l'incident de John Rock Gourgueder

Un graffiti réalisé au local de la Faculté d'Ethnologie en hommage à l'incident de John Rock Gourgueder

La journée du 12 juin a marqué les deux ans de commémoration d’un incident majeur dans le cadre de la lutte opposant certains étudiants de l'Université d'Etat d'Haïti (UEH) à l'ancien doyen de la Faculté d’Ethnologie, Jean Yves Blot: ce dernier avait roulé un minibus sur le corps allongé de l’étudiant John Rock Gourgueder, le lundi 12 juin 2017. Deux ans plus tard, la victime encourage la poursuite de cette lutte devant mener à la libération de l'UEH.

24 mois depuis que le dossier reste pendant, sans décision judiciaire finale ni mesure administrative. L’affaire Gougueder-Blot semble être noyée dans un lot d'enquêtes interminables. On se souvient, un 12 juin 2017, l’Université d’Etat, notamment la faculté d’ethnologie était en feu sous la colère des étudiants de plusieurs entités. Dans les faits, il est retracé qu’un étudiant, en l’occurrence John Rock Gourgueder qui exigeait la réforme de l’université avait été sévèrement endommagé après qu’un véhicule à bord duquel se trouvait le doyen Jean Yves Blot a roulé sur son corps. Un premier fait qui a entrainé un autre jusqu'à l'incendie par des étudiants en colère de 4 voitures du personnel administratif de la faculté.

« Cet incident a paralysé mon fonctionnement, réduit ma capacité physique à réaliser certaines tâches que j’exécutais auparavant », déplore encore la victime contactée par la rédaction. En thérapie dans un pays étranger, John Rock Gourgueder dit considérer cet incident dans lequel il a survécu comme une "tentative d’assassinat" du doyen Jean Yves Blot contre sa personne.

Affaire "classée sans suite"

Une enquête avait été ouverte en vue de faire la lumière sur cette affaire. Pendant ce temps, les étudiants ont continué les protestations pour réclamer justice pour leur camarade. En novembre 2017, le vice doyen aux affaires académiques, Robert Moise et le vice doyen à la recherche Claude Mane Das ont été invités à comparaitre au palais de justice en vue de donner leur version des faits. L'affaire a été saisie par le juge Chavannes Etienne. Comme la majorité des enquêtes de la police judiciaire, elle est "classée sans suite".

D’un autre côté, une commission d’enquête s’était engagée pendant plus de deux mois, mandatée par le rectorat de l’université en vue de faire la lumière et apporter des résultats à la communauté estudiantine sur ce qui s'est passé. Plusieurs personnes ont été convoquées dont des étudiants, des membres du personnel administratif, des agents de sécurité et des témoins oculaires. Il se trouve que parmi toutes les personnes interrogées à propos de cet incident, la victime, étant la principale concernée, n'a pas été invitée. Par la suite, la commission a délivré son rapport et conclu à un accident suite à "une tentative d’agrippement acrobatique de l’étudiant Gourgueder sur le minibus".

Pour Gourgueder, "ce rapport n’était qu’une manœuvre du conseil pour blanchir l’ancien doyen de son acte odieux". Des étudiants qui étaient sur place le 12 juin 2017, mentionnés par les membres de la commission n’ont pas été entendus. "C’était une commission qui avait pour objectif de blanchir l’ancien doyen Blot. La preuve, après un tel acte, le doyen n'a pas même eu le courage de démissionner et le rectorat n’a exercé aucune pression pour le forcer à le faire », témoigne-t-il.

 

Plus motivés "contre l'impunité" et "pour la réforme de l'université"

Pancartes en main, délivrant des messages à chaque carrefour, des étudiants de différentes facultés ont gagné les rues de la capitale le mardi 12 juin, date marquant le deuxième anniversaire de ce drame, pour exiger le départ du président Jovenel Moïse, indexé dans le rapport du CS/CCA et pour réclamer justice pour leur camarade, John Rock Gourgueder. Pour marquer cette journée, l’artiste Burgy Baka a gravé un portrait-graffiti de Gourgueder sur les murs de la faculté d’ethnologie. Un geste salué par de nombreux internautes.

À cet égard, les étudiants continuent de dénoncer ce "système" qui pour eux est le moteur de l’impunité. Ils continuent en même temps d'exiger la reforme de l’Université d’Etat Haïti (UEH). Ce qui, deux ans plus tôt a failli couter la vie au jeune anthropo-sociologue. « Mes souhaits sont toujours les mêmes, qu’on arrive vraiment à une réforme universitaire dans le pays. Tant qu’il y aura les mêmes problèmes au sein de l’UEH, les étudiants continueront d’exiger la reforme, de meilleures conditions d’études », bondit-il.

"Nous sommes plus motivés. Il faut que l'impunité disparaisse dans le pays [...] Il faut que la réforme de l'université devienne une réalité: pour que l'université cesse de former des petits colons, des gens qui vont détourner l'argent du développement du pays, comme c'est le cas pour Wilson Laleau indexé dans l'affaire Petrocaribe", lâche Gourgueder dans une vidéo enregistrée pour notre rédaction.

La rédaction, avec Marc Evens Lebrun

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