Dimanche 15 Septembre, 2019

La subvention du gaz, une patate chaude entre les mains du pouvoir

La rareté artificielle de carburant observée depuis plusieurs jours dans le pays vient relancer le débat sur la nécessité pour l’Etat haïtien de trouver une formule lui permettant de mettre fin à la subvention des produits pétroliers sans pénaliser les plus faibles.

La dette du gouvernement envers les compagnies pétrolières est à la base de cette panique créée depuis le début de la semaine. Mais qui va le faire? Entre la nécessité d’ajuster le prix de l’essence et l’obligation de maintenir le calme dans le pays, le pouvoir en place est face à un dilemme cornélien...

Les autorités auront beau vouloir rassurer sur la disponibilité des produits pétroliers mais la réalité est dans les stations à essence; certaines peuvent encore servir du diesel, d’autres ont simplement passé les cadenas. Les quelques rares qui peuvent encore distribuer de la gazoline sont comme prises d’assaut. C’est l’aspect visible du problème. Mais qu’est ce qui se cache derrière ?

Depuis quelques temps, on ne se tourne plus vers le BMPAD quand l’or noir n’est pas disponible dans les pompes, les compagnies placent elles-mêmes leurs commandes. Mais cette décision semble ne pas avoir résolu le problème. En effet, les DInassa, Total, DNC, Cap Invest et consorts font face depuis plusieurs mois à un problème de trésorerie dû à la dette de l’Etat haïtien vis-à-vis d’elles. Aujourd’hui, le gouvernement devrait près de 100 millions de dollars à ces compagnies à cause de la subvention des prix à la pompe.

Sans argent, ces entreprises ne peuvent pas commander de façon régulière sur un marché instable mais aussi avec le taux de change qui a explosé. A plusieurs reprises, les responsables des compagnies pétrolières ont invité l’Etat haïtien à mettre fin à la subvention qui est intenable après près de 10 ans. Mais quelle souris sera assez forte ou audacieuse pour venir mettre la cloche au cou du chat ?

Le gouvernement de Jacques Guy Lafontant a payé au prix fort la dernière tentative d’augmenter le prix de l’essence, mais qui pis est, les conséquences de cette décision pourrissent encore le mandat de Jovenel Moïse. S’il est presqu’évident pour tout le monde que la subvention plombe le trésor public, y mettre fin n’est pas aussi facile à envisager. Avec un président qui souffre depuis peu d’un déficit de confiance, ne comptez pas sur le Palais national pour prendre cette décision.

Quant à la Primature, on ne sait plus trop si elle dirigée. Jean Michel Lapin n’était plus Premier ministre a.i 30 jours après sa nomination et parce qu’il n’a jamais été béni par le Parlement, il n’a pas pu siéger à la Villa d’accueil même avant sa démission. Si Fritz William Michel a été dument nommé, il ne peut pas prétendre pouvoir agir au nom du pays, son énoncé de politique générale n’a pas encore été ratifié. En clair, il n’y a personne pour prendre cette décision.

Depuis quelques temps, pour s’adresser sournoisement à la nation, le président se contente d’intervenir uniquement dans des cérémonies officielles, ses déplacements sont limités, ses actions encore plus. On ne peut pas dire qu’il fait grand-chose pour regagner la confiance de ses mandants, ce n’est donc pas lui qui va libérer le trésor public de ce fardeau. Après tout, il prend un fin stratège pour concevoir ce plan, car couper la subvention ne devrait pas pénaliser les plus faibles quand on sait déjà qu’ils font face à toutes sortes de difficultés parce que le pays souffre d’une terrible absence de politique publique en matière d’assistance sociale.

Cette patate n’est pas seulement chaude, elle est brûlante… ! Ah René Préval, notre fameux Ti René doit se marrer là où il est en réalisant combien son héritage peut être lourd pour ses successeurs. C’est justement dans ces moments-là qu’il leur dirait : « Naje Poun sòti !»

Luckner GARRAUD

Journaliste

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