Lundi 16 Septembre, 2019

La star Haitiano-Américaine Leyla McCalla dénonce l’impunité en Haïti

Burlington Discover Jazz Festival/ Facebook

Burlington Discover Jazz Festival/ Facebook

Tout ce qu’on dit relève de la politique, argue la chanteuse américaine d’origine haïtienne Leyla McCalla, parce que c’est le principe qui régit notre vie. Elle a fait cette déclaration, 5 juin dernier, au cœur de Burlington Discover Jazz Festival 2019, un évènement urbain qui réunit tous les ans des centaines de milliers de gens à Burlington, la plus grande ville de l'État du Vermont, aux États-Unis. Dans l’entre deux performances, Leyla McCalla a eu le temps d’accorder une courte interview à Loop Haïti.

Jadis, la musique jazz pouvait servir de tremplin aux revendications de masses qui sévissaient dans le monde, particulièrement dans l’Amérique noire. Cette frange minoritaire, subissant les tracasseries d’une époque marquée par le racisme et le piétinement des droits civiques, s’est vue auréolée de gloire lorsque John Coltrane enregistra « Alabama », ou un Charlie « Bird » Parker joua « Now’s the Time. » Ce temps est révolu.

Depuis quelque temps, un vent froid a balayé l’univers du jazz ; rares sont les interprètes qui ne s’imprègnent pas du statu quo. Leyla McCalla fait partie de cette catégorie-là. « Les gens disent qu’il lui [l’artiste, NDLR] faut mettre la politique de côté. Cependant, ils ont oublié que tout ce qu’on dit relève de la politique parce que c’est le principe qui régit notre vie, » rétorque-t-elle.

A trente-trois ans, McCalla dit tout haut ce qu’elle pense des politiques en Haïti ou des gouvernements qui se sont succédé depuis le régime des Duvalier, du nébuleux Donald Trump ou de ses propres parents- longtemps avocats des droits de l’homme en Haïti mais qui n’ont jamais eu le courage d’apprendre à leur progéniture même les rudiments du Créole Haïtien. « J’ai appris à parler Créole dans la Nouvelle-Orléans, » lâche éperdument la newyorkaise comme si elle avait conquis la plus belle des victoires qui est celle de la langue Créole qui est, selon ses dires, une langue de résistance.  

« En dépit de leur position sociale et politique en Haïti, mes parents ne m’ont pas transmis le germe de cet engagement, » regrette-t-elle, « Je l’ai acquis de mes propres efforts. » Même à propos de l’Histoire d’Haïti, elle a du se démener toute seule pour grappiller les faits les plus marquants ou les hommes qui ont jalonné l’histoire du pays. Ceci dit, sans l’assistance de ses parents.  

Selon Wikipédia, le père de Leyla McCalla, Jocelyn McCalla a été directeur exécutif de la Coalition nationale pour les droits, basée à New York, de 1988 à 2006. Sa mère, Régine Dupuy, est la fille de Ben Dupuy qui dirigeait Haïti Progrès, un journal socialiste haïtien basé à New York. Elle a ensuite fondé Dwa Fanm, une organisation de défense des droits humains axée sur la lutte contre la violence domestique.

McCalla plonge initialement les racines de sa musique dans les travaux d’un Langston Hughes, fabuleux poète américain qui a visité Haïti au début de 1932. La petite histoire raconte que ses rencontres prévues avec les nantis haïtiens de l’époque ont été avortées parce qu’il s’est vite rendu compte qu’ils sont des vipères qui sucent les pauvres jusqu'à la moelle des os. Cet à cet homme que McCalla a dédicacé son premier disque Vari-Colored Songs : A Tribute to Langston Hughes (2013), suivi de A Day for the Hunter, A Day for the Prey (2016) et Capitalist Blues (2019).

Sa musique est une ballade inachevée dans le répertoire du chant traditionnel haïtien et dans les contrées les plus lointaines de la Nouvelle-Orléans. Sur scène, au Vermont, elle s’était flanqué d’un trio pendant qu’elle coordonnait avec grande dextérité une guitare, un banjo et un violoncelle. Elle a interprété, simultanément, plus d’une vingtaine de musiques au bout de deux spectacles d’une heure et demie chacune.

Cerise sur le gâteau. En collaboration avec Duke University, Leyla McCalla travaille actuellement sur une performance multimédia autour du célèbre journaliste haïtien Jean L. Dominique, lâchement assassiné le 3 avril 2000 aux portes de la station de Radio Haïti-Inter. Le projet prend corps dans les annales-même de la station. La première représentation est prévue du 4 au 6 mars 2020 à Rubenstein Arts Center (Duke), et l’artiste s’est déjà fait montre d’une grande satisfaction sur sa page Facebook, 13 juin dernier. « Je suis tout émue de partager ce lien [celui de l’évènement, NDLR] », écrit-elle.

Durant l’interview avec nous, McCalla a ouvertement critiqué le système de l’impunité qui s’est installé en Haïti depuis des lustres et qui en a fait tellement de victimes, dont Jean Dominique. « L’impunité est le plus grand problème d’Haïti, » clame-t-elle, avant d’ajouter que nous [Haïti] n’avons pas un système de justice fiable qui pourra faire un procès équitable.

« Même cas de figure pour les Etats-Unis qui refuse actuellement de destituer Donald Trump parce qu’une pareille décision serait mauvaise pour la bonne marche du pays. Et pourquoi serait-elle mauvaise pour le pays ?, » se questionne-t-elle avec perplexité.     

De la lecture à la musique, en passant par le théâtre, Leyla McCalla fait vibrer lorsqu’elle parle. Elle aurait pu être une enseignante tant qu’elle est passionnée de livres, ou peut-être une militante active si ses parents lui avaient injecté le virus dès son plus jeune âge, mais elle a préféré tirer les cordes d’une guitare parce que, dit-elle, la musique est la plus belle façon d’apprendre à dire le monde dans lequel nous vivons.

 

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