Dimanche 8 Décembre, 2019

La Saline: un an après le ‘’massacre d’État’’, les victimes demandent justice et réparation

Ce 13 novembre fait un an depuis que des individus armés à la solde du pouvoir ont envahi le quartier La Saline faisant plus de 50 morts, des blessés et des violées, selon une enquête du RNDDH. Jusqu’à présent le gouvernement en place nie encore ce massacre sur lequel l’ONU a publié une enquête quelques jours après celle du Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH).

À l’occasion du premier anniversaire du drame, les parents des victimes ont reçu la visite de plusieurs structures de la société civile dont le RNDDH et l’organisation de PetroChallengers Nou Pap Dòmi qui réclament justice et réparation pour les victimes de ce massacre qu’ils qualifient d’’’acte odieux’’.

Il est midi 30, ce mercredi. À quelques mètres du Lycée National de La Saline, des volontaires sont à pied d'œuvre pour les préparatifs de la commémoration du premier anniversaire du massacre. À côté du stand en construction, des jeunes du quartier sirotaient leur bière et passaient quelques cigarettes tout en conversant. Des enfants portant des habits délavés déambulaient. "La Saline mande jistis ak reparasyon" pouvait-on lire sur la scène attendant des spectacles.

‘’Depuis le massacre, nous n’avons trouvé aucun encadrement auprès des autorités.’’ a dénoncé une victime dans la vingtaine. "Les bandits m'ont emmenée dans une maison où cinq d'entre eux m'ont violée", témoigne-t-elle, l'air dévastée.

Plusieurs victimes ont pointé du doigt Jimmy Cherizier, plus connu sous le nom de Barbecue, ex policier révoqué devenu chef de gang. Son nom a été cité avec d'autres seigneurs de la terreur dans le carnage de La Saline.

"J'ai perdu mon enfant dans ce massacre" regrette une femme âgée qui se dit proche du parti politique Fanmi Lavalas. "Jovenel Moïse ne réussira pas à nous faire taire" jure la femme qui dit que ces gangs armés proches du pouvoir ne veulent pas entendre parler des mouvements demandent des comptes sur l'argent de PetroCaribe.

Marie Rosie Auguste Ducena du RNDDH promet d'accompagner les victimes jusqu'à ce qu'elles trouvent justice. La défenseure des droits humains regrette que personne n'a été arrêté dans le cadre de ce dossier.

Pour sa part, Gilbert Mirambeau Jr du collectif de PetroChallengers Nou Pap Dòmi dénonce le silence complice du président Moïse sur cette affaire. Pascales Solage et Emmanuela Douyon du même collectif ont abondé dans le même sens, dénonçant le système d'impunité qui, selon elles, sévit depuis trop longtemps dans le pays.

À La Saline, un an après la tuerie, la vie tarde encore à reprendre. Des maisons ont été observées désertes. Certains habitants fuient encore la zone par peur de représailles. D'autres n'ayant pas les moyens financiers adéquats pour louer une maison dans un autre quartier sont obligés d'y rester. En face du Lycée National de La Saline, les immondices battent leur plein. Les rues sont boueuses. Absence totale de policiers, commissariat fermé pour cause d'insécurité, les riverains sont livrés à eux-mêmes.

Dans un communiqué de presse du Collectif des défenseurs des victimes de La Saline en date du 13 novembre dont la rédaction a eu copie, les signataires s'accordent pour dire que "ces massacres opérés au grand jour [...] nient fondamentalement les droits de milliers de personnes et mettent en péril la nation toute entière."

À rappeler que le  nom de l'ancien directeur général du ministère de l'intérieur et des Collectivités territoriales, Fednel Monchery, et celui de l'ancien représentant du président Jovenel Moïse dans l'Ouest, Pierre Richard Duplan ont été cités dans ce massacre. C'est pourquoi certains parlent sans difficulté de "massacre d'État".

Depuis quelques temps les poches de gangs multiplient massacres et fusillades dans certains quartiers pauvres considérés comme zone de non-droit. Nous pouvons citer la fusillade de Carrefour Feuille, la tuerie de Tokyo, le massacre de La Saline et le dernier en date, celui du Bel-Air qui a fait au moins 15 morts, selon un rapport du Réseau National de Défense des Droits Humains.

Joubert Joseph

 

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