Mercredi 13 Novembre, 2019

La rue de plus en plus forte, Jovenel Moïse de plus en plus seul

Photo: Carvens Adelson/ Loop Haiti

Photo: Carvens Adelson/ Loop Haiti

Des milliers d'Haïtiens ont manifesté ce dimanche à travers tout le pays pour exiger le départ du président de la République, Jovenel Moïse, et la tenue du procès Petrocaribe.

L'appel à la mobilisation des Petrochallengers appuyé par l'opposition, suite à la publication de la deuxième partie du rapport d'audit de la Cour des comptes sur la gestion des fonds Petrocaribe, a connu un succès fou auprès d'une population en colère contre les dirigeants qu'elle accuse d'être responsables de la dégradation des conditions de vie des couches défavorisées au bénéfice d'un petit groupe de partisans.

Ce dimanche 9 juin, le jour-j, sans surprise, des milliers de manifestants ont marché à travers les rues de la capitale haïtienne et d'autres villes de province en vue d'exiger la démission immédiate du président de la République, accusé dans le document de la CSC/CA d'avoir les mains trempées dans la dilapidation de ces fonds destinés, initialement, à favoriser l'exécution de projets de développement en faveur du pays tout entier. 

 

Cette manifestation du 9 juin a été, pour certains, une démonstration de la force qu'a gagnée la rue en raison notamment de l'inflation galopante que connaît le pays (plus de 17%), la hausse du dollar par rapport à la monnaie locale (plus de 90 gourdes pour un dollar) et l'insécurité... A Port-au-Prince, ils étaient nombreux, Petrochallengers et membres de l'opposition politique, à exprimer leur ras-le-bol face à "ce système corrompu, pourri" en général et le pouvoir en place en particulier dont le chef, Jovenel Moïse, est lâché par l'église catholique et le secteur privé.

Cette semaine, le puissant homme d'affaires Réginald Boulos qui avait soutenu la candidature de Nèg Bannann nan en 2015, a avoué son "amertume" et sa "déception". "Le moment est venu pour moi de reconnaître que j’ai été dans l’erreur pour avoir autant cru en vos potentiels et votre bonne volonté", a soutenu Boulos dans une correspondance adressée au leader du PHTK.

Le Parlement haïtien non plus n'est pas épargné par les critiques acerbes des protestataires qui exigent pour la plupart une taboula rasa, le corps législatif étant vu comme, ni plus ni moins, un élément entier du problème. « Jovenel Moïse ainsi que le Parlement ont contribué à enfoncer le pays dans la crise et ont prouvé qu’ils font partie du problème et non de la solution », a affirmé le Forum Économique du Secteur Privé dans une note de presse en date du 8 juin transmise à notre rédaction.

Parallèlement à la marche dans la capitale, d'autres villes du pays -dont le cas du Cap-Haïtien, les ville de Saint-Marc, de Jacmel et des Cayes - se sont mises debout ce matin, pour les mêmes raisons: le départ du président qui, recommandent les protestataires, doit se mettre à disposition de la justice pour la tenue du procès Petrocaribe devant aboutir à la condamnation des coupables de la dilapidation de ces milliards de dollars.

 

Pendant dix ans, soit entre 2008 et 2018, la République d'Haïti a pu bénéficier du programme Petrocaribe qui est une initiative de l'ancien président du Venezuela Hugo Chavez, via lequel il a permis à plusieurs pays d'Amérique latine et des Caraïbes (dont Haïti et la République Dominicaine) d'acquérir des produits pétroliers à un prix avantageux.

Dès le départ, ce programme a été vu comme une source de gaspillage et de corruption, raison pour laquelle ce fonds a déjà donné naissance, en 2016 et 2017, à deux enquêtes sénatoriales. Depuis mi 2018, le mouvement « Petrocaribe Challenge » a multiplié les manifestations à travers tout le pays et même au niveau de la diaspora, poussant la Cour supérieure des comptes à lancer son audit.

Le rapport complémentaire de la Cour, publié le 31 avril 2019, fait état d'une vaste opération de corruption dans le cadre de la gestion de cet argent. Même le chef de l'Etat qui faisait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille, y est accusé d'avoir été, à l'époque où il dirigeait son entreprise Agritrans, "au coeur d'un stratagème de détournement des fonds" Petrocaribe.

L'homme du PHTK n'a pas pipé mot depuis la sortie du document de plus 600 pages. Mais plusieurs de ses proches sont déjà montés au créneau pour dénoncer le rapport de la Cour des comptes et du contentieux administratif (CSC/CA) dont il rejette d'un revers de main le contenu.

Raoul Junior Lorfils

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