La prostitution sur Instagram en Haïti

De jeunes femmes prennent d’assaut les réseaux sociaux dans une tentative de modernisation du plus vieux métier du monde.

Elles s’appellent « Caliente », Pretty ou Sexy... Le profil en général privé, elles sont le nouveau visage de la prostitution 2.0 en Haïti. Sur le réseau à 500 millions d’utilisateurs actifs, ces « travailleuses du sexe » ont chacune leur méthode. Quand certaines font dans la discrétion, maquillent leurs comptes de publications aguicheuses, d’autres sont d’une agressivité ostentatoire, ce qui conduit le réseau à bannir celles qui publient des photos à la suggestivité indéniable et scandaleuse.

Cette nouvelle forme de prostitution n’est pourtant pas réservée à Instagram, elle s’observe aussi sur Facebook. Et là, la méthode est quelque peu différente. Les principes de Facebook étant très rigides en matière de publications photo, c’est surtout par la messagerie que ça se passe. Loin de se laisser contacter, fort souvent ce sont elles qui font le premier pas. Un peu comme un client se ferait aborder au détour d’un carrefour à Petion-Ville.

En plus d’une prostitution chic, sans les inconvénients du trottoir et des nuits blanches, les réseaux sociaux donnent par ailleurs la possibilité à une autre forme de marchandage sexuel qui tait son nom. Il s’agit, de l’avis de Jean Pierre qui s’y est déjà essayé, « de jeunes femmes qui maquillent une relation d’échange de prestation de service sexuel contre rémunération en amourette ». L’exercice, selon ce dernier, « apaise la conscience de certains hommes, parfois mariés, qui rejettent l’idée de passer par le réseau traditionnel des bars ou des trottoirs ».

Alors que l’accès à internet et aux smartphones s’en ira grandissant, ce réseau, dont personne n’en connait l’ampleur, tendra à se développer. Souvent isolées, beaucoup de ces jeunes femmes ne sont pas à l’abri d’abus et d’injustices de toute sorte à l’heure où plus personne ne débat sur une « règlementation de la prostitution » en Haïti.

* Le nom est un emprunt pour protéger l’anonymat de l’intervenant.

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