Samedi 20 Octobre, 2018

La Francophonie couronne la Rwandaise Louise Mushikiwabo, en dépit des critiques

La Rwandaise Louise Mushikiwabo, secrétaire générale de l'Organisation internationale de la Francophonie

La Rwandaise Louise Mushikiwabo, secrétaire générale de l'Organisation internationale de la Francophonie

La Francophonie a couronné vendredi la Rwandaise Louise Mushikiwabo face à la sortante canadienne Michaëlle Jean, consacrant ainsi la victoire de l'Afrique et de la France, malgré les critiques qui pointent du doigt le peu de cas que le Rwanda ferait de la défense des droits fondamentaux et du français.

Sa nomination ne faisait plus aucun doute depuis que sa rivale, la sortante canadienne Michaëlle Jean, avait perdu ses deux plus importants soutiens: le Canada et le Québec. Ces deux piliers de la francophonie, qui en sont, à eux deux, le deuxième bailleur de fonds, ont été contraints de renoncer face à la multiplication des pays se ralliant au Rwanda.

Cette offensive diplomatique a eu raison des sévères critiques que la candidature du Rwanda avait suscitées, d'abord sur les droits de l'Homme. Paul Kagame, qui en est déjà à son troisième mandat, remporté avec un score mobutesque de 98%, a fait changer la Constitution pour rester au pouvoir jusqu'en 2034.

Le Rwanda "mène depuis des années une politique hostile à la langue française", accuse auprès de l'AFP Pierre-André Wiltzer, ancien ministre français de la Coopération et de la Francophonie (2002-2004). "Proposer maintenant une ministre du Rwanda pour diriger l'Organisation de la Francophonie est un message très négatif pour tous les francophones de la planète", ajoute-t-il, insistant: "Le Rwanda est loin d'avoir un régime politique respectueux des libertés individuelles et politiques, alors que la Charte de la Francophonie place ces principes en tête de ses valeurs fondamentales".

Dans un discours qui sonnait comme un baroud d'honneur, prononcé jeudi au premier jour du sommet, Michaëlle Jean a ainsi dénoncé "les petits arrangements entre États", sans citer l'OIF. "Sommes-nous prêts à accepter que les organisations internationales soient utilisées à des fins partisanes?", s'est-elle interrogée dans une allusion à peine voilée.

L'intronisation de Mme Mushikiwabo consacre le "retour" de l'Afrique à la tête de l'OIF, qui avait toujours été dirigée par des Africains avant Mme Jean, et sa consécration en tant que locomotive de la francophonie.

"L'épicentre de la langue française, de nos langues françaises, est sans doute dans le bassin du fleuve Congo ou quelque part dans la région", a ainsi répété Emmanuel Macron, fidèle à ce qui est devenu un mantra chez lui.

La victoire du Rwanda, pays plurilingue, consacre la stratégie inclusive d'Emmanuel Macron, qui entend défendre le français sans l'opposer aux autres langues. Le "combat fondamental pour notre langue est un combat pour le plurilinguisme (...) Le français est devenu une langue monde, il n'écrase pas les autres langues mais s'en nourrit", a-t-il répété dans son discours au sommet jeudi.